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  • LA POÉSIE FRANCOPHONE : ESSAI DE DÉFINITION Adou BOUATENIN Doctorant Option : Poésie francophone Université Félix Houphouët Boigny La poésie francophone fait partie d’un ensemble de littérature(s) qu’on appelle littérature (s) francophone(s), qui sont un objet problématique . Pourquoi la littérature francophone est-elle un objet problématique ? Avant d’y répondre, rappelons de façon succincte la genèse de cette littérature sans oublier de dire ce qu’elle implique ou signifie au juste. La littérature francophone a manifesté son existence et sa vitalité en même temps que s’affirmait la Francophonie dans les années 1960. C’est le moment où l’on a pris conscience du fait que la langue française n’était plus la propriété exclusive des seuls Français et qu’elle pouvait dire les valeurs et les rêves des peuples les plus divers. En réalité, l’on a commencé à s’intéresser à cette littérature à partir de 1558 sous l’initiative de Raymond Queneau . En effet, c’est à son initiative que le troisième volume de l’Histoire des littératures publiée en 1958 s’intéresse aux Littératures françaises, connexes et marginales, avec la contribution d’Auguste Viatte, sur « Littérature d’expression française dans la France d’Outre-mer et à l’étranger ». Cependant, Claire Riffard estime que le terme francophonie littéraire est apparu en 1973 dans l’ouvrage de Gérard Tougas, Les écrivains d’expression française et la France, et depuis lors il est réutilisé avec succès que l’on sait, notamment par Michel Beniamino avec son essai de 1999, La Francophonie littéraire. Essai pour une théorie . Selon Michel Beniamino, la littérature francophone existait bien avant les décolonisations, car le premier roman francophone en Afrique est de Félix Couchoro en 1920 ; pour Haïti, il date de 1904 ; pour la Belgique, dès les débuts des années 20 ; pour ce qui est de la littérature antillaise, elle est étudiée dès 1913 . Cela sous-entend que la littérature francophone est définie comme « faite hors de la France, le plus souvent par des auteurs originaires d’anciennes colonies françaises » . En réalité, la littérature francophone a commencé d’exister à partir de 1935, c’est-à-dire l’on a pris effectivement conscience de l’existence d’une littérature francophone avec la naissance du mouvement de la Négritude. Paul Drezet nous apporte plus de précision en disant que La littérature francophone, qui avait, dès 1926, pris conscience de sa vitalité et de sa richesse en créant l’Association des écrivains de langue française, s’écrit sur tous les continents : elle est riche et multiple […]. Cette littérature francophone s’est développée sur le continent africain et la langue française s’y enrichit d’un phrasé, d’un rythme et de sources d’inspiration typiquement africaines, traduisant par là une revendication culturelle : cela avait débuté, notamment, avec une revue prémonitoire, « Présence Africaine », créée en 1947 par M. DIOP. À l’origine donc de la littérature francophone étaient des écrivains non Français qui utilisaient la langue française pour écrire. La dénomination « Littérature francophone » désigne l’ensemble des créations littéraires en français, autres que celles de la région hexagonale, et réunit les manifestations littéraires du Québec, de l’Afrique, et de l’Europe-belge francophone, Luxembourgeoise ou romande. Ces propos seront renforcés par Charles Bonn et Xavier Garnier en ces termes : Si nous partons d’une définition en extension de cette littérature nous rencontrerons deux critères. Un critère linguistique (usage de la langue française) et un critère territorial (auteurs non français) […]. La définition la plus courante de la littérature spécifie en effet « littérature de langue française écrite par des écrivains non français » . On peut aussi comprendre par littérature francophone l’ensemble des œuvres écrites en français, dans ce cas, elle s’écrirait au singulier. Au pluriel, elle renverrait aux œuvres écrites en français par des auteurs non Français. Il y a dans tous les cas, en fait, une hésitation pour désigner la littérature francophone regroupant toutes les œuvres en français sans exception. Hésitation compréhensible devant l’objet dont les contours ne sont pas encore nettement définis, à supposer qu’ils puissent l’être un jour. Hésitation qui nous mène en tout cas à commencer par nous interroger sur les limites d’une définition de l’objet : littérature, ou littératures francophone(s). Il y a également hésitation à nommer cette littérature. On l’a d’abord nommée littérature régionale, littérature périphérique, littérature d’Outre-mer, littérature d’expression française, littérature de langue française, puis littérature francophone pour aboutir finalement à d’autres nominations. Le discours critique sur la francophonie littéraire éprouve quelque embarras à définir son objet. Tout comme le cadre académique de l’université à le nommer, puisqu’on change régulièrement d’appellation : « littérature d’expression française », « littératures francophones », actuellement « littératures du sud, émergentes, nouveaux espaces littéraires . Mieux, La marginalisation de la francophonie littéraire s’accroît encore du fait de son indéfinition même. L’univers des littératures francophones, on l’a dit, est assurément disparate. Dans son acceptation originelle, il comprend les littératures d’expression française sur des territoires où la langue française a été importée par la colonisation, auquel on intègre avec mille précautions les écrivains des départements d’Outre-Mer. Le problème ne réside pas seulement au niveau de la définition ou de l’appellation, mais également au niveau de la théorie, de la politique et du centre-périphérie. C’est parce que la Francophonie manque d’une théorie, d’une véritable théorie, que les débats sont récurrents, qui, sans doute, sont liés aux origines politiques de la Francophonie d’après les indépendances des ex-colonies françaises. Et cela incombe Léopold Sédar Senghor qui avait promis de consacrer un essai théorique à la Francophonie face à la Négritude. Pourquoi Francophonie ? C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai donné ma démission de Président de la république. Je veux écrire deux livres avant mourir et je veux m’occuper en particulier de la Civilisation de l’Universel en commençant par la Francophonie. Le manque de théorie, selon nous, ne devrait en aucun cas être sujet à caution dans l’appréhension de la littérature francophone si elle est en corrélation avec le concept de Francophonie, qui englobe tous les parlants français du monde. Cependant, va s’immiscer la politique, car « […] l’enjeu de ce débat est tout autant, sinon plus, politique que culturel » . Ce débat politique autour de la littérature francophone a pour corollaire l’identité nationale de la France. La France qui veut préserver sa langue et son identité nationale, et sa littérature authentiques, perpétue l’approche coloniale reclusienne de la Francophonie et s’exclut de la communauté dont parlait Onésime Reclus avec son concept de Francophonie. Pour elle, « la francophonie littéraire représente un ensemble flou à l’intérieur de la République mondiale des Lettres » qui n’est que la France. Ce qui signifie que pour les Français, la littérature francophone est une littérature mineure, et elle est la littérature des autres qui utilisent leur langue pour écrire. Cette présomption de la France implique alors le problème de centre et de périphérie. La France et sa capitale Paris seront le centre (littérature française, dite littérature majeure) et les autres pays qui utilisent le français en seront les périphéries (littérature francophone, dite littérature mineure). Face à cette attitude, des écrivains de nationalités diverses vont s’inviter dans le débat pour dire que la littérature française est avant tout une littérature francophone, comme l’a envisagé Senghor avec sa conception de la Francophonie en intégrant la France. Lorsqu’on parle de littérature francophone, il nous vient naturellement à l’esprit l’idée d’une littérature faite hors de la France le plus souvent par des auteurs originaires d’anciennes colonies françaises […] La littérature francophone est un grand ensemble dont les tentacules enlacent plusieurs continents. […] La littérature française est une littérature nationale. C’est à elle d’entrer dans ce grand ensemble francophone. Ce n’est qu’à ce prix que nous bâtirons une tour de contrôle afin de mieux préserver notre langue, lui redonner son prestige et sa place d’antan . C’est la raison pour laquelle François Cyrille dira que le problème réside dans l’emploi de l’épithète « francophone ». L’épithète « francophone » est comme un tissu malmené que l’on déchire, distend, rétrécit. Ce n’est pas une querelle d’érudits pointilleux : les écrivains s’y mêlent régulièrement avec un ton plus assuré et à grand renfort de propos généraux . Pour Christian Vandendorpe, « l’étiquette ‘’ francophone’’ serait acceptable si elle désignait effectivement l’ensemble des littératures d’expression française, comme ce devrait être le cas en théorie » , pour cela « Paris doit modifier son appareil éditorial et critique » et accepter d’entrer dans ce grand ensemble francophone, dont parle Alain Mabanckou, et qui est la littérature francophone. Même si, on réservait les vocables « francophonie » et de « francophone » à la sphère diplomatique et géopolitique en prenant l’habitude de dire « écrivains de langue française », en évitant de fouiller leurs papiers, leurs bagages, leurs prénoms ou leur peau, comme le recommande Amin Maalouf , il y aura toujours cette distinction entre écrivain de langue française et écrivain français. D’ailleurs, nous avons encore une périphrase avec « écrivains de langue française ». Pour éviter toute confusion et abolir les frontières entre la littérature française et les autres littératures d’expression française, des écrivains rassemblés autour de Michel Le Bris et Jean Rouaud pour annoncer la mort de la littérature francophone pour la littérature-monde en français. À y voir de près, la littérature-monde n’est qu’une périphrase de la littérature francophone car « cette dernière a elle-aussi pour dénominateur commun, pour élément de cohésion, le français. » C’est un fait bien connu, la littérature francophone est difficile à définir et à délimiter. Cependant, il n’en demeure pas moins que la langue française est en soi un facteur commun et un élément essentiel dans la définition de la littérature francophone : Protection et affirmation d’une culture de langue française forte et rayonnante. La particularité de ce français, c’est qu’il est évidé de ses connotations hexagonales et chargé de connotations nouvelles et propres au milieu d’implantation, nous disent Charles Bonn et Xavier Garnier . Les fondements idéologiques et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir divergent fondamentalement, comme l’affirme également Véronique Porra . Aujourd’hui, nous pouvons dire que les contours de la littérature francophone sont les véritables problèmes que l’on rencontre dans l’appréhension de cette littérature. Elle n’a pas de contours. Elle ne peut pas être délimitée. En effet, elle est une littérature de carrefour où des langues et des cultures se rencontrent en une symbiose harmonieuse entre le français et les autres langues pour les réalités sociopolitiques et le vécu quotidien de l’écrivain et de ses lecteurs. Cette littérature brise les frontières, efface les races, se moque des nationalités des écrivains, amoindrit la distance des continents pour ne plus établir que la fraternité par la langue qui nécessite pour être comprise un lecteur capable de s’ouvrir sur la culture de l’autre et de se voir lui-même avec les yeux de l’autre. Elle est l’expression de la Civilisation de l’Universel qui prend en compte la tradition littéraire française qui viendra enrichir les autres traditions littéraires, et vice-versa. Elle prend également en compte les nouveaux changements perpétuels de la vie des langues et des humains, de la vie des valeurs et des patrimoines où la place de la culture et le devenir de l’homme demeurent la seule préoccupation des écrivains. Comme tous les outils, un concept doit être manié à bon escient, sinon il endommage plus qu’il ne répare, et peut se révéler dangereux . Pour cette raison, puisque la Francophonie d’aujourd’hui n’est plus celle d’Onésime Reclus, ni de l’époque coloniale, ni celle de la revue Esprit, ni celle des fondateurs de la Francophonie moderne, nous devons nous accorder pour cheminer ensemble vers le même but celui de la culture de la langue française jalonnée d’histoires rayonnantes pour les uns, douloureuses pour les autres. C’est à nous universitaires, c’est à nous critiques, c’est à nous hommes de lettres de dire ce que c’est effectivement la littérature francophone. Nous croyons, pour mieux cerner la littérature francophone, qu’il serait intéressant et souhaitable d’étudier séparément les composants de cette littérature, c’est-à-dire les différents genres littéraires qui la constituent : la poésie, le roman et le théâtre francophones . Chaque genre littéraire a ses propres particularités, ses propres spécifiques et caractéristiques. Notre étude s’inscrit dans cette logique. Nous voudrons appréhender la poésie francophone à partir de Léopold Sédar Senghor. Notre étude se veut donc une tentative définitionnelle de la poésie francophone. Mieux nous essayerons de saisir la conception senghorienne de cette poésie dont il se réclame être un précurseur. Nous savons que la poésie s’est constamment renouvelée au cours des siècles avec des orientations différentes selon les époques, les civilisations et les individus. Les sempiternelles réponses rattachent la poésie à la rime, à la versification, voire au rythme. Ce qui semble obsolète de nos jours, puisque d’autres éléments rentrent en compte dans la définition de la poésie. Nous avons également qu’elle se définit pas seulement par des thèmes, mais aussi par le soin majeur apporté au signifiant pour qu’il démultiplie le signifié. Autrement dit, la poésie dit les sentiments, les choses de tous les jours avec des mots imagés, eux-mêmes déroutés de leurs sens. Ce qui signifie que la poésie réinvente la langue quotidienne. Elle est dans ce sens un artisanat du langage, dont la réalisation nécessite des techniques précises, concrètes, descriptibles et une maîtrise parfaite des ressources langagières. Au fait ce n’est pas le langage qui fait la poésie, c’est plutôt la poésie qui fait le langage, la langue. Nous savons aussi que définir la poésie n’est pas une entreprise aisée. Chaque auteur, chaque poète a sa propre conception de la poésie . Pour définir donc la poésie, il faut partir du regard d’un poète-cible, car la poésie est régie par les valeurs esthétiques d’une personne, d’une tradition poétique et d’une culture . Notre poète-cible est Léopold Sédar Senghor. La poésie, pour lui, est une relation du sujet à l’objet. Qu’est-ce que la poésie ? C’est un sujet de dissertation que j’avais donné autrefois à mes élèves du lycée. La plupart y répondaient par une définition subjective, qui ne pouvait s’appliquer qu’au lyrisme. La poésie, répondaient-ils en substance, est l’expression d’un sentiment personnel. Je rétorquais que la définition n’était pas complète, que la poésie était sujet et objet à la fois, objet plus que sujet, qu’elle était la relation du sujet à l’objet . Cette conception de la poésie est-elle applicable à la poésie francophone ? Qu’est-ce que la poésie francophone ? Qu’en sont ses contours et ses caractéristiques ? Comment Senghor appréhende-t-il cette poésie ? S’interroger sur la poésie francophone, c’est chercher à savoir ce qu’elle signifie et implique, à comprendre son fonctionnement et à déceler ses caractéristiques. D’où pour nous de réunir les éléments d’une définition possible de la poésie francophone. Après avoir réuni les éléments définitionnels de cette poésie, nous passerons en revue ses composantes sans occulter ses origines pour aboutir enfin à la caractérisation (les contours et les caractéristiques) de la poésie francophone. Tel sera notre démarche pour comprendre et appréhender la/les spécificité(s) de la poésie francophone.

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  • La poétique de la Francophonie


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