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    L’ivoirité, le bouc-émissaire de la crise ivoirienne de 2000 à 2010.

     

     

    Adou BOUATENIN

    Maître ès Lettres Modernes

    Université Félix Houphouët Boigny

    Côte d’Ivoire

    diderplacidus@hotmail.fr

     

    Introduction

     Être fiers ivoiriens , consommer ce qui est ivoirien, dire ou exprimer la manière d’être ivoirien, décrire la volonté du peuple ivoirien d’être et de vivre, exprimer une Côte d’Ivoire où l’Ivoirien se sent aise chez lui et l’étranger se sent ivoirien par sa manière d’être ; c’est cette idée que véhicule le concept ivoirité. Ce concept, qui semble, peut-on dire, une autre Négritude à l’ivoirien, est pris du revers de la main par les politiciens, les politiques et les politologues d’horizons divers, relayé par les médias (pro-)partisans comme une sorte d’arme, de bombe de discrimination, d’exclusion, d’xénophobie déversée sur le sol ivoirien. Une bombe déclenchée dont les initiateurs, paniqués, ne savent plus comment la désamorcer. Ils se lancent la pierre. Les plus futés se sont donc saisis de cette arme pour fonder le soubassement de leur idéologie politicienne afin de gagner la faveur des occidentaux et des américains, ceux qui hier ont brandi la carte de séjour . Ceux qui se disent socio-nationalistes, et qui voulaient redonner le blason de l’ivoirité, ont été vus d’un mauvais œil, et traités de xénophobes et dictateurs, parfois emprisonnés ou assassinés. Rappelons la situation socio-politique de la Côte d’Ivoire de 1999 à aujourd’hui. En effet, le 24 décembre 1999, le coup d’état contre Bédié est « intervenu dans une crise identitaire profonde au concept d’ivoirité ». Par ce coup d’état, le général Robert Gueï arriva au pouvoir suprême. En 2000, il organisa un référendum relatif à la modification de la constitution. Ce référendum eut lieu le 23 juillet 2000, et promulgué le 07 août 2000. Ce fut la rage lutte autour des conjonctions de coordination et /ou pour savoir si le candidat à la présidentielle devrait être Ivoirien de père et de mère Ivoiriens ou l’un des parents doit être Ivoirien. Tous les politiciens se sont accordés et ont appelé les militants à voter pour la conjonction de coordination et. Tous et sans exception, même ceux à qui, semblait-il, que ce concept est destiné. Dans la même année, Laurent Gbagbo est élu au suffrage universel aux élections présidentielles qui l’opposait au général Robert Gueï, parce qu’Alassane Ouattara et Bédié ont respectivement une nationalité douteuse et un long exil. À peine installé, « le 19 septembre 2002, une partie de l’armée s’est à nouveau rebellée, prenant le contrôle de la moitié du pays »  avec les mêmes raisons qui ont évincé Henri Konan Bédié du pouvoir. Laurent Gbagbo joue le jeu, négociation, dialogue par là et par ici, et se maintient au pouvoir jusqu’en 2010 où la constitution (voix du peuple) lui donne le pouvoir à nouveau qui est arraché par la communauté internationale, à sa tête la France et les États-Unis d’Amérique (version internationale de la voix du peuple) pour le remettre à Alassane Ouattara. Ce dernier, auparavant avait dit « lui-même justifié son éviction devant les parlementaire français par son appartenance à la religion musulmane.»  Devant cet agissement du mentor du Rdr (Rassemblement Des Républicains), Mamadou Ben Soumahoro a demandé « le départ d’Alassane Dramane Ouattara [du Rdr] et [a dénoncé] l’amalgame entre politique, religion et ethnie. »  Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo arrêté par la licorne de la France est remis aux Forces Nouvelles d’Alassane Ouattara, et quelques jours à la Cour Pénale Internationale laissant seul maître du navire ivoire Alassane Ouattara. Ainsi pris fin la soi-disant crise identitaire. Cependant à peine installé par la communauté internationale, Alassane Ouattara baptisa sa politique de « rattrapage ethnique », qui semble le nouveau visage de l’ivoirité politisée avec ses corollaires adoption du code foncier, de nationalité, etc. par le parlement ivoirien. Ce contexte socio-politique en Côte d’Ivoire nous fait dire que le concept de l’ivoirité est un bouc-émissaire de la crise identitaire en Côte d’Ivoire. Au-delà de tout ce qui précède ou ce que nous avons dit nous pensons que l’ivoirité, quel que soit ce qu’on dira exprime la quête perpétuelle d’identité du peuple ivoirien. Cela nous amène à poser cette problématique : l’ivoirité n’est-il pas une expression du nationalisme ? Existe-il une différence entre l’ivoirité et le nationalisme ou y’a-t-il une convergence entre les deux ?

     

    1- L’ivoirité, l’expression du nationalisme

     Considéré l’ivoirité comme l’expression du nationalisme revient à remonter la pente des origines de concept et montrer qu’il s’agit d’un sentiment exprimé dans l’exaltation d’une doctrine politique nationale. Félix Houphouët Boigny voulut que tous les ressortissants ivoiriens se sentent chez eux sur l’ensemble du territoire national, et que les étrangers puissent être intégrés à la nation, et pourtant certains groupes ethnies étaient quant eux « laissés pour compte ». En 19780, les bétés, peuple de l’ouest de la Côte d’Ivoire, proclamèrent la République d’Eburnie qui regroupait toutes les populations de l’ouest sous leur tutelle. Pour désamorcer ces revendications, en 1978, Félix Houphouët Boigny créa le ministère du travail et de l’ivoirisation. Ce ministère a favorisé l’ivoirisation des emplois dans la fonction publique et dans les entreprises privés en coordonnant cette politique de préférence nationale au discours d’intégration des étrangers. C’est-à-dire seuls les Ivoiriens ont droit aux emplois dans la fonction publique et dans les entreprises privées. Voyant dessiner à l’horizon l’ivoirisation des emplois en Côte d’Ivoire, Dieudonné Niangoran Porquet, en 1974 dans le journal Fraternité Matin utilise pour la première fois dans un article intitulé Ivoirité et authencité pour parler du caractère ivoirien des emplois, l’authencité de l’Ivoirien ou ce qui est authentique chez l’Ivoirien . La mort du père de l’indépendance marqua l’abandon de la politique de l’ouverture et d’intégration. Henri Konan Bédié  qui arriva au pouvoir, en tant que le dauphin de la constitution ivoirienne activa la rhétorique ivoiritaire. Selon Henri Konan Bédié, « la conception de l’ivoirité veille à se présenter comme une réflexion sur l’identité ivoirienne, détachée de toute considérations discriminatoires, comme instrument d’harmonisation de la diversité culturelle ivoirienne, sans rejet ni exclusion. » Il dit en substance que « quel que soit notre ethnie, notre religion, notre région, notre race, est promise à tous, même aux étrangers pour autant qu’ils embrassent la culture ivoirienne. » L’ivoirité est donc la valorisation de la culture ivoirienne, donc nationale.

     L’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en octobre 2000 marqua une nouvelle étape du concept d’ivoirité. Ce concept sera politisé : la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens. Il dira que la Côte d’Ivoire n’est pas la sous-préfecture de la France ou qu’il n’est pas le sous-préfet d’un pays quelconque. Car « tout compte fait, c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui veut l’ivoirité », se justifie-t-il. Aujourd’hui, (à partir de 2010), Alassane Ouattara , semble la victime de l’ivoirité, étant donc le seul maître du navire, accentue le concept et le rebaptise. Selon lui l’ivoirité est dénudée de sens et de signification, ce qui va mieux avec sa politique, c’est le rattrapage ethnique, car les gens du nord ont été biaisés et vus comme des étrangers. Quels que soient les sens qu’on aura à donner au concept ivoirité, quels que soient les sentiments prouvés au concept, l’ivoirité est ce sentiment national d’appartenance culturelle de la Côte d’Ivoire que l’on ne peut extirper des entrailles des Ivoiriens. C’est donc l’identité culturelle des Ivoiriens intègres d’où découlent les valeurs d’un peuple empreintes d’hospitalité, de tolérance et d’ouverture sur les autres, à telle enseigne que Léopold Sédar Senghor l’employa en 1971 à l’amphithéâtre Léon Robert de l’Université d’Abidjan, actuelle Université Félix Houphouët Boigny pour louer le brassage culturelle en Côte d’Ivoire . Les ivoiriens sont toujours en quête d’une identité nationale, et l’outil trouvé fut l’ivoirité. Les hommes de mauvaises intentions l’ont réduit en un outil de destruction condamnant ainsi Bédié, Gueï, Gbagbo et les Ivoiriens au silence tombal. La politique a enlevé aux Ivoiriens l’idée nationaliste et consciente d’appartenir à une communauté d’idéal, d’intérêt et de travail, de se sentir Ivoirien, la fierté d’être Ivoirien. Assimiler l’ivoirité, une manière d’être à l’exclusion, à la xénophobie, c’est refuser d’être Ivoirien ; c’est refuser l’identité propre aux Ivoiriens et à la Côte d’Ivoire, c’est avoir la mauvaise foi, et la communauté internationale et certains hommes politiques ne l’ont pas compris. L’ivoirité est mal comprise. Pourquoi avoir donc honte de vivre son ivoirité, sa façon de se présenter au monde, et de se distinguer des autres citoyens du monde ? Ce n’est pas la manière d’être de tout un chacun qui fait la beauté de la diversité culturelle ? Pouvons-nous entendre dire les sympathisants de l’ivoirité.

     Nous concluons en disant que l’ivoirité est la fierté légitime que les Ivoiriens éprouvent d’être citoyens d’un pays qui s’appelle la Côte d’Ivoire ; le comportement, la façon des Ivoiriens de s’habiller, de manger, de danser, de vivre… l’étranger qui se sent dans cette manière exprime son ivoirité. C’est l’expression du nationalisme ivoirien, peut-on dire. Cependant, il semblerait que l’ivoirité et le nationalisme sont des termes très différents vus leur appréhension.

     

    2- L’ivoirité et le nationalisme : divergente ou convergente ?

     

     L’ivoirité est née dans le souci de donner une identité culturelle aux Ivoiriens or si nous nous attardons sur le sens du nationalisme, nous verrons qu’entre l’ivoirité et le nationalisme, il n’existe à vraiment dire pas de divergence. En effet, le nationalisme s’attache à défendre l’héritage intellectuel, moral, politique, religieux, culturel et artistique, qui définit le génie national et fait qu’une nation est différente de tout autre, de même qu’un individu est différent de tout autre, avec sa personnalité propre. Par exemple un Ivoirien n’est pas un Ghanéen, parce que tous deux ont de cultures différentes. Le nationalisme, de façon générale, prône l’unité de la communauté nationale en fonction d’un ou plusieurs critères objectifs (ethniques, culturels, linguistiques et/ou religieux) et de critères subjectifs (le sentiment national d’être unique…), construite au fil du temps ; c’est-à-dire le nationalisme valorise l’appartenance communautaire souvent pour se distinguer d’un autre ensemble, parfois pour s’y opposer. Quant à l’ivoirité, elle était ce sentiment national des Ivoiriens de se distinguer des autres groupes de la sous-région africaine. Dans sa conception première, elle défendait une identité nationale face à une agression extérieure (La Côte d’Ivoire est le pays de la sous-région où le taux des étrangers est élevé que le taux des autochtones). C’est donc la volonté du peuple ivoirien d’avoir une identité commune, d’être authentique, pas de sangs mêlés qui a engendré l’ivoirité. Car « tout compte fait, c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui veut l’ivoirité ». Là nous pouvons dire que l’ivoirité est une sorte de nationalisme en Côte d’Ivoire. Le dire et le faire sont deux choses difficiles à concilier. Henri Konan Bédié fera de l’ivoirité une sorte d’ethnocentrisme. En effet, l’ethnocentrisme est une tendance, plus ou moins consciente, à privilégier les valeurs et les formes culturelles du groupe auquel l’on appartient. Dans Les chemins de ma vie, Bédié affirme que le groupe habilité à gouverner est le groupe Akan, groupe dont il est issu, et que dans ce groupe c’est le peuple Baoulé qui a droit à la gouvernance, le groupe ethnique dont il est. L’on comprend dès lors qu’en Côte d’Ivoire, c’est le peuple Baoulé qui est habilité à gouverner. Bédié fera une politique de préférence, et les autres sont exclus. L’ivoirité, sous ère Bédié, n’a rien avoir avec le nationalisme mais l’ethnocentrisme, plus dangereux que le nationalisme. Avec Laurent Gbagbo, l’ivoirité semble disparue. L’on ne parle plus d’ivoirité mais de patriotisme. Quant au patriotisme, elle est la tendance qui s’attache à défendre l’intégrité du sol national en cas d’invasion lors d’une guerre. En effet en 2002, deux ans après son arrivée à la magistrature suprême, une partie de la Côte d’Ivoire est occupée par un groupe armé (la rébellion au Nord, Ouest et Centre). Alors de part et d’autre, on a assisté à la formation des groupes de jeunes : Forces nouvelles d’un côté, désignant les rebelles dont le porte-parole est Kigbafori Guillaume Soro (actuel président de l’Assemblée Nationale ivoirienne), et les loyalistes et la Galaxie patriotique de l’autre côté, partie sous contrôle de l’État ivoirien. La Galaxie patriotique avec Charles Blé Goudé prétendait défendre la partie agressée par les rebelles venus des pays voisins, le Burkina Faso, le Mali, la Guinée (Conakry) le Libéria, avec les mains nues. Les jeunes endoctrinés par les idéaux de liberté, d’émancipation politique et économique, de nationalisme, étaient montés contre les étrangers en particulier, et la France en général. Laurent Gbagbo se disait un nationaliste engagé et avait une haine contre la France pour ses ingérences politiques et économiques. En ce temps-là le slogan patriotique était « La Côte d’Ivoire aux Ivoiriens. » Voyant donc la popularité de Laurent Gbagbo (aimé par la jeunesse ivoirienne), son image sera ternie par la politique chiraquienne  et sarkozienne sur le plan international. S’ils le laissent, leur candidat ne sera jamais président. Alors toutes les vives coupées, embargos sur embargos le forçant à démissionner. Il va tenir bon jusqu’en 2010, à telle enseigne qu’on dira qu’il a une armée fidèle, une jeunesse fanatique…Mais où était cette armée fidèle le 11 avril 2010 ? Où était cette jeunesse fanatique le 11 avril 2010 ? Nulle part ! Il sera accusé de dictateur et de réveilleur de l’ivoirité. Alassane Ouattara est enfin au pouvoir, lui qui se disait être victime de l’ivoirité. Doit-on rappeler les conditions dans lesquelles il est arrivé à la magistrature suprême, et dans lesquelles Laurent Gbagbo s’est retrouvé à la Cour Pénal International à la Haye ? Non ! Car le peuple ivoirien sait que c’est la Communauté Internationale qui l’a investi (la cour constitutionnelle l’a investi sous la contrainte de la communauté internationale). À peine installé, sur une chaine étrangère (France 24), il affirme faire de sa politique une politique de rattrapage ethnique. Soyons sincères ! Tous les directeurs des institutions étatiques de la Côte d’Ivoire ont des noms à connotation nordiques. Pour dire que rattrapage ethnique c’est une politique de préférence au même titre que celui de l’ivoirité de Bédié. Comment peut-on appeler cela ? De l’ethnocentrisme ? De la discrimination ? À vous d’y répondre. En tout cas avec Alassane Ouattara, l’on ne parlera plus d’ivoirité ni de patriotisme. La notion d’ivoirité a disparue laissant place au rattrapage ethnique et à l’émergence républicaine. À y voir de près, l’ivoirité de Bédié et le rattrapage d’Alassane Ouattara se ressemblent et s’assemblent, ne dit-on pas qui s’assemble se ressemble. Entre l’idéologie d’ivoirité et la quête identitaire nationale, l’agissement des politiciens ivoiriens confirme la thèse que l’ivoirité n’est une sorte de nationalisme, mais un stratagème pour se faire applaudir par le peuple et par la Communauté Internationale, et surtout pour son propre compte. Comment peut-on comprendre qu’à une époque en France, on demandait aux Français de consommer français, c’est-à-dire les produits français (cela est très normal), et en Côte d’Ivoire, demander aux Ivoiriens de consommer ivoiriens, qu’on trouve cela anormal ? Doit-on changer l’hymne de la Côte d’Ivoire (Fiers Ivoiriens le pays nous appelle) ? N’est-ce pas cette fierté qui fait l’ivoirité ?

     En Côte d’Ivoire, dire à un étranger qu’il est étranger, c’est un crime. C’est un constat général, surtout aux Maliens, aux Guinéens, aux Burkinabès… À ceux ne dit jamais qu’ils sont étrangers. Or en Côte d’Ivoire pour être Ivoirien c’est très simple. L’étranger qui veut être Ivoirien doit épouser les valeurs culturelles de la Côte d’Ivoire et demander la nationalité. Comme il est difficile pour eux de s’adapter aux réalités de la Côte d’Ivoire, de s’intégrer dans le tissu social ivoirien, à la culture ivoirienne, alors ils vont brandir l’ivoirité comme un objet d’exclusion, de xénophobie… En Côte d’Ivoire, les Ivoiriens demandent aux étrangers de reconnaître qu’ils sont étrangers et qu’ils se tiennent hors de la politique de Côte d’Ivoire, ou dans le cas contraire qu’ils demandent la nationalité en se soumettant aux lois du pays. La volonté d’être ivoirien qu’affichent les étrangers, et la volonté des Ivoiriens d’être eux-mêmes en adoptant les étrangers qui veulent être ivoiriens par la législation, c’est ce que l’on appelle ivoirité .

    De ce qui précède, à bien y voir de près, nous comprenons dès lors que l’ivoirité est un bouc-émissaire, parce qu’incomprise de tous et par tous, et utilisée au bon vouloir des politiciens.

     

    Conclusion

     « Un peuple sans histoire est un peuple sans identité », pour dire que ce sont les hommes, parce que partageant la même histoire, les mêmes intérêts,… ont décidé de s’unir pour former ce qu’on appelle nation (Groupe d’homme caractérise par la conscience de son unité [historique, sociale, culturelle] et la volonté de vivre en commun). Une nation a une identité définie sur des valeurs spécifiques, et l’identité de la nation ivoirienne est l’ivoirité. Nier une identité à tout un peuple, c’est considérer ce peuple comme un sous-peuple sans histoire, sans humanité. Et c’est ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire avec la politique en faisant de l’ivoirité un instrument d’exclusion, de xénophobie. Nous pouvons dire pour conclure que l’ivoirité a été, est et continue d’être le bouc-émissaire dans les rapports entre les Ivoiriens et les étrangers dû à la mauvaise politique d’intégration et de nationalisation. Il est temps que la Côte d’Ivoire songe à cohabiter la nationalité de sang à la nationalité de sol (est Ivoirien tous ceux qui sont nés sur le sol ivoirien ayant au moins un parent ivoirien) afin de pérenniser l’ivoirité (l’identité nationale de la Côte d’Ivoire).

     

     

     

     

     

     

     

     

    Bibliographie

     

    BÉDIÉ (Henri Konan), Les chemins de ma vie, Paris, Plon, 1999

    CURDIPHE, «L’ivoirité, ou l’esprit du nouveau contrat social du Président H. K. Bédié », Ethnics, n°1, 1996

    DELANNOI (Gil) Destin commun et destin communautaire, de l'utilité de distinguer et de définir nation et nationalisme, Fondation Nationale des Sciences Politiques, Working Paper n.111, Barcelona 1995, p.16

    Du concept d’« ivoirité » d’Houphouët à sa succession, disponible sur http://vuesdumonde.forumatif.com/t353-du-concept-d-ivoirite-3-dhoupouet-a-sa-succsssion

    Du concept d’ «ivoirité », disponible sur http://unevingtaine.wordpress.com/2004/12/13/du-concept-d%E2%80%99%C2%ABivoirite%C2%BB/

    « Ivoirité » et « rattrapage » quel concept préférez-vous ?, disponible sur http:/news.abidjan.net/h/451987.html

    Du concept d’Ivoirité - Un concept français ? http://congovox.blogspot.com/2010/12/du-concept-d-ivoirite-1-un-concept.html

    ELEN (Jolivet), l’ivoirité. De la conceptualisation à la manipulation de l’identité ivoirienne, s/d de Dominique Maliesky, 2002-2003

    FRANCESCA (Poglia Mileti), Construction sociale des catégories d’altérité et identités des populations migrantes. Réflexion théorique et étude de cas, Université de Neuchâtel, 2001, Version électronique (pp. 152-164)

    GOUDÉ (Charles Blé), D’un stade à un autre

    Henri Konan Bédié : « Je ne suis pas l’inventeur de l’ivoirité », disponible sur http://www.africalog.com/news/henri-konan-bedie-%C2%AB-je-ne-suis-pas l%E2%80%99inventeur-de-l%E2%80%99ivoirite-%C2%BB

    L’ivoirité est mal compris, disponible sur http:// www.cooperation.net/jeanmoro/l-ivoirite-est-mal-compris

    L’identité nationale et ivoirité, même combat ? disponible sur http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/12/27/1859459_l-identite-nationale-et-ivoirite-meme-combat.html

    Le concept d’ivoirité et son application politique, disponible sur http://tpiot.com/demo_clients/reconcilation/?page_id=21

    Le concept d’ivoirité ou la fonction sélective d’une idéologie, disponible sur http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2007.camara_m&part=128099

    L'ivoirité, ce vieux démon ressuscité, disponible sur http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2562p034-036.xml0/manifestation-laurent-gbagbo-guillaume-soro-ceil-ivoirite-ce-vieux-demon-ressuscite.html

    RFI-Côte d’Ivoire-Ivoirité : un concept devenu une mine flottante, disponible sur http ://www.rfi.fr/actufr/articles/037/article_19288.asp

    SMITH (Stephen), L'«ivoirité», concept à double tranchant. Il permet de se débarrasser des opposants politiques et des immigrés, disponible sur http://www.liberation.fr/monde/0101301253-l-ivoirite-concept-a-double-tranchant-il-permet-de-se-debarrasser-des-opposants-politiques-et-des-immigres

    SORO (Guillaume), Pourquoi je suis devenu rebelle, la Côte d’Ivoire au bord du gouffre 

     

     


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  • À partir de la théorie de Michael Riffaterre, montrez le processus de la construction de la signifiance dans « Djerbiennes » de Léopold Sédar Senghor 

     

     

                Léopold Sedar Senghor est à la fois un grammairien et un poète. En d’autres mots, Senghor est un homme de lettre, et chaque mot pour lui est significatif. Rien ne se fait au hasard chez lui, lorsqu’il s’agit des mots pour dire son poème : « les mots du français rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit. »[1]

    On voit que les mots français tiennent une place importante dans les poèmes de Senghor, et parfois ils (les mots) leur donnent la quintessence de leur signification. À cet effet, Frantz Fanon a vu juste lorsqu’il dit « les mots ont pour moi une charge. Je me sens incapable d’échapper à la morsure d’un mot, au vertige d’un point d’interrogation. »[2] De ce fait, pour mieux appréhender les textes poétiques de Senghor, il est préférable de prendre les mots dans leur emploi dénoté et connoté dans le texte car, « la langue de la poésie diffère de celle de la l’usage courant (…) Un poème nous dit une chose et en signifie une autre. »[3] La langue de la poésie peut être désignée par le langage poétique, lequel langage poétique exige une lecture pour appréhender la signifiance. Pour dire que la poésie se veut un système cohérent de significations ou de signifiances. La lecture que nous proposons est une lecture herméneutique. Il s’agit donc pour nous de montrer la signifiance dans la poésie à partir de la théorie de Michael Riffaterre. Ce travail proposé a pour corpus « LES DJERBIENNES »[4] , un poème de Léopold Sédar Senghor, extrait de Poèmes divers. De ce fait, il est donc question de faire ressortir la signifiance de ce’ poème à partir de la théorie riffaterrienne. Ce qui nous amène à nous demander comment se construire la signifiance dans ce poème ; quels procédés sont-ils convoqués pour mettre en évidence cette signifiance. Pour y répondre, un seul point de la théorie riffaterrienne sera convoqué à savoir l’hypogramme.

     

     

    À partir d’un mot, il nous est possible de générer la signifiance d’un texte poétique.

    Pour cela, il nous faut nous référer à la structure du poème pour y repérer ce mot, appelé « mot noyau ». Les autres mots qui se grefferont au « mot noyau » constitueront avec lui l’hypnogramme. En d’autres termes, c’est lorsque les lexèmes sont mis ensemble établissent un hypogramme construit autour du « mot noyau » que la signifiance se lit. « Le mot noyau » ou le signe double est générateur de deux sens ; il génère un hypogramme et peut subsumer sa dualité pour donner la signifiance du texte poétique. Qu’est-ce qu’un hypogramme ?  Vahi Yagué dira « l’hypogramme-inspiré des anagrammes de Ferdinand de Saussure-construit un programme sémantique sur la base d’une co-présence dans laquelle deux figures d’un même lexème traduisent concomitamment un sens souterrain et manifeste ».[5] Aux dire de Vahi Yagué, l’hypogramme est le fait que deux sens se lisent ou se construisent à partir d’un même lexème (mot) en même temps pour générer la signifiance, et ses deux sens qui se lisent à partir du « mot noyau, l’un est caché, voilé (souterrain) et l’autre visible, lisible (manifeste).

    Pour étudier l’hypogramme dans « LES DJERBIENNES », comme l’avons-nous mentionné plus haut, nous devons nous référer au texte pour trouver le « mot noyau ». Ce mot peut être un simple syntagme nominal ou verbal, une idée, une phrase…, mais il doit avoir un caractère référentiel. L’appréciation de « LES DJERBIENNES » de notre part nous permet de dire que « Tendre » (v.1) est le « mot noyau ». L’hypogramme qui sera donc mis en évidence dans ce poème est construit du lexème « Tendre ». De ce lexème, deux sens se dégagent : un sens souterrain et un sens manifeste. Le sens souterrain se lit lorsque le lexème « Tendre » est pris pour verbe à l’infinitif. Quant au sens manifeste, lorsque « Tendre » est pris pour syntagme nominal, comme l’on le voit dans le texte « la Tendre » (v.1)

    Le sens souterrain qui se dégage donc de « Tendre » est lorsqu’en tant que verbe signifie tirer, étirer, allonger. Dans ce cas, nous voyons que « Tendre » met en évidence la grande taille des Djerbiennes. Elles sont, en effet, élancées, étirées ; elles ont une grande taille. Et pour le dire, Senghor emploie des adjectifs qualificatifs qui mettent en relief la forme élastique (élancée) et la taille étirée (grande de taille) des Djerbiennes : sveltes (v.4), longues (v.6), hauts (v.7), fine (v.10). Ces adjectifs mis en orbite autour du « mot noyau », et avec lui, cet ensemble donnera un sens au texte ; un sens dit sens souterrain car il n’est pas lisible à la première approche du texte. Nous comprenons dès lors que les Djerbiennes sont des femmes minces, de grande taille. Elles sont tend(ues), étirées, élancées. À travers ce sens, c’est la physionomie des Djerbiennes qui est mis en relief. Cependant, ce n’est pas seulement ce sens que le « mot noyau » met en évidence, mais elle met aussi le sens manifeste de «Tendre ».

    Le sens manifeste de « Tendre » s’appréhende à partir des adjectivèmes «  lisses » (v.6), « fine » (v.10), « soyeuse » (v.10), « souples » (v.11), « gracieuses » (v.12). Ces adjectivèmes autour du « mot noyau » « Tendre » montrent que les Djerbiennes sont affectueuses, douces et délicates ; d’où l’emploi dans le poème « la Tendre ». L’emploi donc de l’article défini n’est pas fortuit dans ce cas, il nous fait savoir que « Tendre » un syntagme nominal. Le sens de ce syntagme nominal est lisible, il n’est pas sous-entendu. C’est le sens manifeste. Les adjectifs employés dans le texte viennent renforcer ce sens et lui donne plus de crédibilité dans sa saisi/compréhension.

    Nous voyons que l’emploi de ces deux sens (souterrain et manifeste) n’altère pas la signifiance du poème. Au contraire, cette signifiance est donc à élucider. En effet, Senghor, par l’emploi de « Tendre », qui selon nous est le « mot noyau » donnant une signifiance à son texte, magnifie la beauté des Djerbiennes ; laquelle beauté s’appréhende par la taille, la forme et l’affection de ces dernières. En d’autres termes, les Djerbiennes sont très belles par la taille, par la forme, par l’affection. Et cette beauté suffit à elle seule à mouvoir le poète Senghor à les chanter (les Djerbiennes) : « Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-tams et tabalas. » (v.2et 3)

    À ce stade de l’analyse, nous apercevons que l’emploi du champ lexical de la musique n’est pas fortuit dans l’appréhension de la signifiance du texte poétique : « Inspire-moi » (v.1), « chante » (v.2), « au rythme des tam-tams et tabalas » (v.2 et 3), « la dance » (v.4), « pour rythmer leurs pas » (v.7), etc. La lecture devient alors une lecture herméneutique, c’est dire qu’au fur et à mesure que nous avançons dans l’analyse du poème, nous nous référons sans cesse aux éléments déjà vus/lus ; et cela modifie notre compréhension du texte. Chanter la beauté des Djerbiennes mérite une touche particulière, c’est pourquoi le poète demande à la déesse « Tanit la Tendre » de l’inspirer :

    Inspire-moi, Tanit la Tendre, Tanit la Tunisienne,

    Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-

    tams et tabalas

    Nous pouvons alors dire que l’hypogramme participe à la lecture herméneutique du texte poétique en occurrence le texte poétique « LES DJERBIENNES » de Léopold Sédar Senghor. Cette lecture produit donc la signifiance.

     

     

    Chez Michael Riffaterre, le processus de construction de la signfiance s’opère à plusieurs niveaux. En ce qui concerne l’analyse de « LES DJERBIENNES » de Léopold Sédar Senghor, nous avons opté pour l’hypogramme. Bâti autour d’un « mot noyau », l’hypogramme participe à la lecture herméneutique du texte poétique. Et avec elle, ils produisent la signifiance. Les Djerbiennes, nous sûmes par l’hypogramme bâti autour de « Tendre », qu’elles sont à la fois grandes de taille et affectueuses. Ces deux aspects ou descriptions (physique et moral) ont ému Senghor à telle enseigne qu’il décide de les chanter. Cette étude nous a révélé qu’à partir d’un seul mot l’on peut saisir la signifiance d’un poème.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LES DJERBIENNES

     

    Inspire-moi, Tanit la Tendre, Tanit la Tunisienne,

    Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-

    tams et tabalas

    Les voilà entrant dans la danse, vases sveltes, un vase

    sur la tête altière.

    Les voilà longues lisses, les Djerbiennes à la tête d’or

    Et les hauts dieux d’ébène pour rythmer leurs pas.

    Les tam-tams dansent et les tabalas, les tam-tams sous

    Les mains d’ébène dur.

    Les voici de soie fine, les Djerbiennes, soyeuses et

    souples

    Et déroulant rythmée leur fuite frissonnante, gracieuse.

    Et montent les hosannahs dans la nuit bleue étoilée.

     

     



    [1]Léopold Sedar SENGHOR, « comme les lamantins vont boire la source », Éthiopiques(poèmes), Paris, Édition du Seuil,1964 et 1973,p.165 

    [2] Frantz FANON, Peau noire, masques blancs

    [3] Michael RIFFATERRE, La sémiotique de la poésie, Paris, Seuil, 1978

    [4] Le texte « LES DJERBIENNES » sera donné en annexe.

    [5] Extrait du résumé de son article « Contribution à une étude sémiotique du discours poétique, l’exemple de Les voix de l’aube de BabacarSall »


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  • LES RAPPORTS INTIMES EN ASSOCIATION

    mai 25

    2014

     

    Les rapports intimes en association sont si fréquents que souvent ces relations ternissent l’image de l’association. Ne pouvant les empêcher ou les interdire, il est donc demander de les canaliser en suivant une démarche éthique.

    Les rapports intimes en ADJEDBHO

         

     

     

     

     

     

    AdouBOUATENIN

    Maître ès Lettres Modernes

    Critique Littéraire

    Animateur d’ateliers

    Étudiant en Année de Master II

    Jéciste et Coach en technique rédactionnelle,

    en résolution de conflits

    +225 06368133/+225 09274410

    diderplacidus@hotmail.fr/ahemfiekasa@gmail.com

     

     

    INTRODUCTION

     

     

     

                La vie communautaire implique des rapports sociaux, c’est-à-dire des relations humaines. Or la vie associative prend pour modèle la vie communautaire. Cependant, les personnes associées se rassemblent, s’assemblent dans un but, dans un intérêt commun, tel est le cas de l’Association des Jeunes Élèves et Étudiants de Deba, Bininbri et Houmankpin (AJEDBHO), dont l’intérêt commun, sans nous tromper, est la solidarité communautaire. Dans toute société humaine, quelle que soit la vie communautaire, religieuse, professionnelle ou associative, le facteur amical et fraternel est inhérent. On ne peut pas ne pas être ensemble sans avoir les mêmes objectifs, les mêmes intérêts. C’est inadmissible ! D’où le dicton « qui s’assemble se ressemble ». Pour dire que dans toute association, les rapports intimes existent. C’est la condition sine qua non de l’existence d’une association. En effet, en prenant le mot « intime » au sens figuré, cela est ce qui qualifie une amitié, un attachement réciproque, qui est spécialement proche, authentique et confiant. L’amitié, quant à elle, est le sentiment réciproque qui engage deux personnes l’une envers l’autre. C’est donc ce sentiment qui pousse les hommes à se mettre ensemble, en association voire autre chose. Lorsque l’on parle de rapports intimes, l’on a tendance à penser aux relations sexuelles. C’est bien vrai que les relations sexuelles impliquent les rapports intimes, mais elles ne sont que l’un des résultants des rapports intimes, c’est dire qu’il y a d’autres résultants, et que les rapports intimes ne sont forcément pas les relations  sexuelles.Vous avez deviné, il s’agit pour nous de parler des rapports intimes en associations. Il nous ait demandé de porter à la connaissance des membres de l’AJEDBHO les avantages et les inconvénients des rapports intimes, voire des relations sexuelles entre les membres d’une même association.

    Pour ce travail, nous avons choisi la méthode VOIR-JUGER-AGIR.

    -          VOIR pour recenser tous les résultants des rapports intimes, c’est-à-dire tout ce qui découle des rapports intimes. En d’autres termes, les différents types de rapports intimes.

    -          JUGER pour porter les critiques, les points de vue, les impressions sur chaque résultant. JUGER pour dresser la liste des avantages et des inconvénients.

    -          AGIR pour arrêter des résolutions en ce qui concerne la bonne marche et la bonne entente de l’AJEDBHO.

    Trêve de bavardage, allons à l’essentiel, c’est-à-dire rentrons dans le vif du sujet.

    I-                   LES DIFFÉRENTS TYPES DE RAPPORTS INTIMES

     

     

     

                Tout ce qui est tout à fait privé, et qu’on cache généralement aux autres, relève de l’intimité. L’intimité est donc le caractère de ce qui est intime, personnel. Joindre au mot « intime », « rapport » signifie une relation personnelle avec ou entre…

    Partant de ce postulat, nous avons à notre niveau recensé trois types de rapports intimes dans une association : les relations amicales, les relations amoureuses et les relations sexuelles

     

    1-      Les relations amicales.

     

                L’on a tendance à confondre deux termes qui apparemment signifieraient la même chose : Camarade et Ami(e), avec ses corollaires : copain/copine, petit copain/petit ami, petite copine/petite amie. Nous pouvons faire la taxinomie[1] de ces termes en deux groupes :

    -          Le premier groupe : camarade, ami(e), copain et copine

    -          Le deuxième groupe : petit ami, petit copain, petite amie et petite copine

    Le premier groupe est le ressort des relations amicales. Quant au deuxième groupe, il s’inscrit dans la logique des relations amoureuses et sexuelles. C’est dans le registre familier que l’on rencontre ces termes pour désigner mon ami(e) amoureux (se). En ce qui nous concerne, c’est de lever toute confusion faite entre camarade et ami.Camarade est un terme générique pour désigner la relation que l’on entretient avec autrui en partageant les mêmes occupations ou la relation que l’on contracte avec l’autre traduisant une sorte d’amitié et de communauté d’intérêt. Pour être plus précis, dirons-nous que le mot camarade désigne une relation de simple connaissance avec une personne due à une circonstance, à une chose commune, tels le sport, la musique, les femmes, les hommes, la mode, la boisson, la religion, le village, la pêche…, et qui ne suscite aucun sentiment d’amour ou de sexe.

    Quant à ami, cela va au-delà de camarade ; c’est le degré second de camarade. En effet, ami est avec qui l’on se partage les choses, l’intimité ; avec qui l’on se dévoile, se confie, et qui suscite un sentiment d’amour, voire de sexe. Ami est l’expression de l’altérité, c’est-à-dire le reflet de ma personnalité. Alfred de Vigny nous dit que « Pythagore a dit le premier : Mon ami est un autre moi-même. N'est-ce pas dire : Aime ton prochain comme toi-même »[2]

     

    Ami désigne parfois l’amoureux ou l’amoureuse, et le compagnon ou la compagne de chemin avec qui je partage le pain et la peine (copain et copine). On adjoint « petit ou petite » à  ami(e) pour désigner l’amoureux ou l’amoureuse avec qui l’on partage ensemble le sexe (ce que l’on a le plus intime).

    Nous sommes parti de la confusion entre camarade et ami pour pouvoir insinuer que les relations amicales recouvrent deux réalités : la camaraderie et l’amitié. Dans la vie associative, nous trouvons ces deux réalités des relations amicales, car l’on verra un groupuscule dans l’association parlant de tout, de rien sauf l’essentiel : (commérage et compérage) ; ceci relève de la camaraderie. L’amitié, on s’attache plus à une personne que telle personne, et on va à l’essentiel; c’est une sorte de complicité : (des amis inséparables)

    L’amitié est ambivalente, soit elle désigne la relation amoureuse que l’on entretient avec autrui (expression de l’amour), soit la relation platonique[3] que l’on a avec autrui (expression d’ami-frère/ amie-sœur), comme le dit Victor Hugo :

    (L’amitié), c’est être frère et sœur,

    Deux âmes qui se touchent sans se confondre

    Les deux doigts de la main[4]

     

     

                Ou comme le dit Gabriel Legouvé « un frère est un ami donné par la nature »[5].

    C’est donc normal que les relations amicales existent en association ou dans une association car l’association est une miniature de la société. Cependant, ce type de relation peut avoir des incidents sur les rapports en association. Nous y reviendrons.

     

    2-      Les relations amoureuses

     

                Les relations amoureuses sont inhérentes aux relations amicales, c’est-à-dire que les relations amoureuses découlent des relations amicales, surtout de l’amitié : « s’attacher plus et intimement » à une personne de sexe opposé, [de nos jours, l’on peut parler aussi de même sexe]. Ce type de relation caractérise l’amour, comme l’a souligné Victor Hugo

    L’amour, c’est être deux et n’être qu’un.

    Un homme et une femme qui se fondent

    En un ange. C’est le ciel.[6]

     

    L’amour peut être platonique. C’est-à-dire être amoureux ou amoureuse sans avoir l’intention de concrétiser cet amour en acte par les rapports sexuels. Ce type de relations est sérieux et intime. Sérieux, parce que l’on se partage les choses avec un(e) seul(e) partenaire. Intime, parce que peu de personnes le savent. C’est une relation qui ne fait pas de bruit. L’on ne décide pas de tomber amoureux ou amoureuse de quelqu’un(e). C’est donc normal que ce type de relation existe dans une association. Il peut arriver que l’on épouse une personne-membre de la même association. Ce que nous savons c’est que dans ce type de relation, chaque partenaire se respecte, et respecte les engagements pris. Ce type de relation prône-t-elle l’abstinence, la fidélité, le respect, la complicité, la simplicité… Mais lorsqu’elle dégénère, bonjour les dégâts …l’image de l’association se ternie.

     

    3-      Les relations sexuelles

     

                Si dans une association, les relations amoureuses peuvent-elles exister, que cela ne nous étonne pas de voir aussi qu’en association les relations sexuelles existent bel et bien. C’est donc le summum des relations amoureuses ou la perversion des relations amoureuses. C’est le caractère épicurien[7] des relations amicales : jouissances, plaisir très exagérés du sexe.

    L’amour, c’est être deux et n’être qu’un.

    Un homme et une femme qui se fondent

    En un ange. C’est le ciel.[8]

    Voilà ce que dit Victor Hugo de l’amour qui sous-entend les relations sexuelles. Dans ce sens, l’amour consiste donc à avoir des rapports sexuels entre un homme et une femme. Il consiste aussi à confondre les deux corps pour n’être qu’un. C’est ce que l’on appelle relations sexuelles. Et comme nous l’avons dit, ce type de relations existe dans les associations. L’association ou le groupe devient donc le terreau de l’orgie où Cupidon[9] et Aphrodite[10]sèment la zizanie de la débandade sexuelle ; et à la vue de la Mater touffue, le Phallus en érection remue dans le pantalon comme un margouillat tête rouge sur le mur à midi. En un mot, c’est le bordel ! Parce qu’on ne pense qu’à avoir des rapports sexuels avec tous les garçons ou toutes les filles du groupe ou de l’association. L’on drague tout le monde. Ce type de relations intimes est très dangereux pour l’association.

     

     

    II-                LES CONSÉQUENCES

     

     

     

                Quels que soient les avantages ou les inconvénients, les rapports intimes sont à proscrire de l’association. Car ils ternissent l’image de ladite association. Les relations amoureuses et sexuelles sont malsaines ; les relations amicales sont tolérées si elles épousent les valeurs de la famille. De toutes les façons, les rapports intimes sont inacceptables dans le contexte d’une association, car loin de véhiculer la cohésion, ils engendrent la perte de confiance, la confusion, la culpabilité, l’incrédibilité, le désordre, l’irrespect et l’irresponsabilité… Cependant, dans une association quelconque, les relations les plus fréquentes sont celles des relations amicales et amoureuses. Il n’y a pas une association au monde, à notre connaissance, dans laquelle les membres ne tissent point des affinités. C’est dire quelle que soit l’association, il y aura toujours des petits groupes, appelé « groupe d’ami », mieux un groupe formé et qui se distingue des autres membres de l’association. Cela existe dans toutes les relations humaines. Ces rapports d’affinité constitue les rapports amicales et amoureuses, et aboutisse le plus souvent au mariage (image de l’association est rayonnante), et dans le cas contraire au vinaigre (image de l’association ternie). Face à ces rapports intimes, quelle arme avons-nous pour nous défendre et préserver l’image de l’association ?

     

     

     

     

     

    III-             PROPOSITION DE SOLUTIONS

     

     

     

                Avouons-le, on ne peut pas empêcher ou interdire les rapports intimes dans une association, parce que les membres ne sont pas les enfants d’une même famille biologique. Mais l’on peut canaliser ces rapports à cause de l’image positive de l’association. C’est donc la recherche d’une démarche éthique qui est nécessaire dans ce cas-là. Pourquoi « éthique » ? Parce qu’ensemble de principes de bonne conduite qui veut que l’on agisse à la fois selon sa conscience morale, sa conscience professionnelle et sa conscience religieuse.

    -          La conscience morale pour se demander si la relation que l’on tisse est bonne pour l’association.

    -          La conscience professionnelle pour voir si les statuts et règlements autorisent qu’on ait des rapports intimes avec les membres de la même association.

    -          La conscience religieuse pour savoir si les lois divines et religieuses de sa confession religieuse cautionnent d’avoir des rapports intimes avec les membres de la fraternité ou de l’association.

    Lorsque ces trois types de consciences ne disent pas la même chose, c’est qu’il y a problème ; c’est que ce que l’on veut faire est condamnable, c’est-à-dire ce n’est pas bon, donc l’on se doit l’abandonner, se doit le renoncer et épouser la vision de l’ensemble, du groupe, de l’association.

     

     

     

     

     

    CONCLUSION

     

     

     

                Être en association signifie, analogiquement, être membre d’une même famille, parce que l’on a les mêmes intérêts que les autres membres de l’association, parce que l’on vient de la même région. C’est ce caractère éthique de l’association que l’on doit chercher et le faire véhiculer à l’ensemble des membres de ladite association. Avoir des rapports intimes, sexuellement, avec un membre de sa famille biologique, c’est commettre l’inceste ; pareil avec les membres de l’association, à notre avis. Nous voulons donc dire que l’association doit être vue autant comme une famille biologique dans laquelle des liens fraternels coexistent entre les membres. Pour l’image de l’association, l’harmonie entre les membres, l’entente, la cohésion sociale, et le respect mutuel, les rapports intimes dans l’/en association sont à proscrire. Dans le cas contraire, il faut les canaliser en sensibilisant les membres sur les valeurs éthiques.

     

     

     

    AdouBOUATENIN

    Maître ès Lettres Modernes

    Critique Littéraire

    Animateur d’ateliers

     

     

     



    [1] Classement, regroupement…

    [2]A. de Vigny,le Journal d'un poète, 1835, p. 1037.

    [3] Amour désintéressé, relation sans intérêt. La philosophie de Platon

    [4] Victor HUGO, cité par Ahmadou Koné dans les frasques d’Ébinto

    [5]G. Legouvé,la Mort d'Abel, iii, 3

    [6]Op. Cit.

    [7]L’on pense à satisfaire ses besoins sexuels, plaisir et jouissance exagérés. La philosophie d’Épicure

    [8]Victor HUGO, Op. Cit.

    [9]Nom du dieu de l'amour en Latin

    [10] Déesse grecque de la beauté et de l’amour


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  • Silences coupables…

                Voici une œuvre, celle de Moïse Karim.

                Moïse Karim, j’ai ri, et sur un ton de plaisanterie j’ai demandé si ce n’est pas le Moïse qui a conduit le peuple Hébreu de l’Égypte ; si ce n’est pas le sauveur du peuple Hébreu de la servitude égyptienne. Et nous avons ri. Et pourtant Moïse Karim est notre Moïse des temps modernes. Il nous libère de nos servitudes, de nos « silences » qui sont « coupables ». De son bâton « Silences coupables », il prend la tête du peuple en marche pour dire ce qu’il sait en invitant les autres à faire de même. Il guide le peuple Ivoirien, et à travers lui l’humanité. Pourquoi Silences coupables ?

    Composé d’un nom pluriel (Silences) et d’un adjectif qualificatif (coupables) et suivi de points de suspension, le titre de son œuvre nous a interpellés. C’est pourquoi nous avons décidé de partager ce que nous savons, car nous taire deviendra pour nous des « Silences coupables » interminables.

                Silence, c’est l’absence de bruit ; c’est aussi le fait de se taire, de ne pas parler (de ne pas s’exprimer). Nous pouvons dire que « silence », c’est garder ce qu’on sait dans le cœur et s’abstenir de le dire quel que soit le prix à payer. Mieux, c’est mettre une « croix » aux choses sues et ne plus en parler, mettre un terme définitif, réduire au néant… N’est-ce pas notre refus de dire ce que nous savons qui est coupable ?

    L’adjectif « coupable » désigne une personne qui a commis une faute, un crime…On dit aussi des sentiments, des pensées qu’ils sont coupables, parce que condamnables ; or on condamne celui ou celle qui a commis une faute. Le fait de ne point s’exprimer est considéré comme une faute, donc condamnable. Que dit le titre de l’œuvre de Moïse Karim ?

    Lorsque nous prenons l’écriture de « Silences », nous constatons qu’au lieu de « i » nous avons une croix. La croix est le symbole de l’affliction, du calvaire, de l’épreuve, du tourment. Si vous voulez la croix est le gibet fait d'un poteau coupé par une traverse et sur lequel on attachait des condamnés pour les faire mourir. Le titre de l’œuvre sous-entend que le fait de se taire est comme une sorte de fautes, de calvaire pour nous et pour les autres, que nous devons crucifier à la croix pour notre salut. Quant à l’écriture de « coupables », nous avons un cœur au lieu de « o » pour dire que les silences dont il est question sont les silences de notre cœur. Or le cœur est l’organe vital de l’homme, le siège des sentiments. C’est dans le cœur que tout homme prémédite et médite, enfouit ses peines, sa joie… Le fait de refuser le cœur d’exprimer ses sentiments est d’un lourd fardeau à supporter. Le refus de s’exprimer, de s’ouvrir (car silence, c’est aussi isolement, enfermement) est un crime condamnable, voire un péché. Et ce péché nous devons le porter à la croix, d’où la grande croix séparant « silences » et « coupables ». Nous taire, c’est donc mettre des obstacles à notre épanouissement, à notre éclosion intellectuelle et spirituelle. Insistons sur « l’éclosion spirituelle », car Moïse Karim est un prêtre.

                Il oriente ses nouvelles vers l’éclosion spirituelle des hommes, d’où les points de suspension, pour dire une continuité (vers). Ce n’est pas fortuit si nous avons employé « éclosion ». En effet, de la couleur dominante (marron) nous avons un jaune orangé comme le jaune d’œuf. Ce jaune orangé peut être interprété comme une lumière surgissant de l’obscurité pour éclairer (l’aurore) …Assez de symboles se dégageant de la première page de couverture. Ici retenons que le jaune orangé est le jaune d’œuf pour insister sur la re-naissance, l’éclosion. Car c’est le jaune d’œuf qui porte les germes de l’embryon du fœtus, de la naissance. En déposant nos « silences coupables » au pied de la croix « chrétienne » c’est accepter de ré-naitre, accepter l’éclosion spirituelle, car « la croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, en un mot le chemin du ciel; Jésus-Christ est mort à la croix, il a porté sa croix toute sa vie; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce prix (…) »[1]. Ne taisons pas nos sentiments devant la croix qui porte nos souffrances, car le faire c’est être donc des coupables.

    BONNE LECTURE !

     

    BOUATENIN Adou

    Un lecteur-critique



    [1] Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, ii, 19


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  • ANALYSE DU THÈME PASTORAL 2013-2014

     

     

    En cette année, des défis sacrificiels nous attendent.

     

                C’est le 22 juin 2013 en la paroisse Saint Esprit de Mockeyville, à Grand-Bassam que Monseigneur Raymond AHOUA a annoncé le thème de l’année pastorale 2013-2014 : « Dans l’unité et dans l’espérance, construisons notre Église. » C’est un thème riche de sens à telle enseigne que nous ne pouvons pas rester indifférents. Il nous faillait partager la signification de ce thème qui nous est un appel impératif, qui de la singularité, de l’individualité à la pluralité et à l’universalité, nous interpelle pour la construction de notre Église, en tant que communauté, en tant qu’édifice. Les lignes qui suivent essayeront de mettre en lumière les contours de ce thème pour nous orienter, et nous permettre de mieux le vivre enfin de relever les défis qui s’annoncent, et qui semblent être sacrificiels. Pour notre analyse, nous nous attarderons sur « l’unité », « l’espérance » et « construisons ». Ces mots seront le leitmotiv de notre analyse.

                 « Dans l’unité et l’espérance, construisons notre Église », de cette phrase bi-significative en découlent deux propositions. La première proposition : «  Dans l’unité, construisons notre Église », et la seconde : « Dans l’espérance, construisons notre Église ». Nous faisons ce découpage propositionnel dans le but d’« aiser » le cheminement de notre réflexion. En effet, nous avons une conjonction de coordination (et) reliant « l’unité » à « l’espérance », or ces deux mots renferment en eux deux idées différentes. C’est-à-dire que « l’unité » diffère de « l’espérance ». D’où les propositions susmentionnées. Ces deux idées coordonnées sont mises en apposé par l’emploi de la virgule (,), et influencent le verbe « construisons », conjugué à l’impératif présent de l’indicatif. Le tout est donc introduit par une préposition de lieu (dans). Cette préposition désigne ici, c’est-à-dire son emploi dans le thème, une situation, un état, une disposition où une personne quelconque occupe, est, se trouve….pour dire qu’en cette année, l’évêque et le diocèse veulent voir ses chrétiens unis et espérants. « L’unité » et « l’espérance » sont la situation, l’état, la disposition dans lequel/ laquelle doivent se trouver les chrétiens en cette année.

                 « L’unité » est le caractère de ce qui est un, singulier. Parler de l’unité revient à parler de la pluralité, de l’universalité en un, c’est-à-dire que plusieurs personnes venant d’origines différentes décident de mettre leurs capacités, leurs dons, leurs projets ensemble pour un seul but, un seul objectif, celui du groupe. L’unité, c’est « tous pour un ; un pour tous », pour reprendre le slogan de D’Artagnan et les trois Mousquetaires. L’unité implique alors que nous partons de la singularité, de l’individualité pour aboutir à la pluralité, à l’universalité en un. En d’autres mots, que l’individu singleton met au profit de la communauté ses capacités intellectuelles, physiques, morales, financières, etc.…. Pour qu’il y ait « unité », il faut plusieurs personnes et que les idéaux personnels convergent vers le même but, ou l’objectif doit être commun à ces plusieurs personnes décidées de s’unir. Être chrétien, c’est décider d’être avec d’autres personnes qui ont décidé de suivre le Christ. C’est dire que le Christ est ce que les chrétiens ont de commun. Pour le Christ, nous sommes un ; d’où l’unité (1 Corinthiens 12,12-27). L’unité de l’année pastorale 2013-2014 est un rappel du thème de l’année pastorale précédente. Nous devrons nous unir ; nous devrons être un. Cependant, l’objectif commun en cette année pastorale est la construction de « notre Église », notre maison. Notre maison, avons-nous dit ; et bien, parce qu’il s’agit de la maison de toi, de moi, de lui, d’elle, et de nous et de vous ; parce que c’est « notre maison ». Vous voyez que l’adjectif possessif « notre » n’est pas d’un emploi fortuit, car il implique la possession d’une chose, d’un être par plusieurs personnes. La chose possédée par l’ensemble des chrétiens de Grand-Bassam est bien sûr l’Église, surtout sa construction. Ce n’est plus l’affaire d’une seule personne mais de tous. Même si c’est l’affaire d’une seule personne, parce que c’est elle l’argentier ; elle a au moins besoin des apports des autres. Et lorsqu’il y a apports des autres, on ne parle plus de la singularité, de l’individualité mais de la pluralité, de l’universalité, de la communauté, en un mot de l’unité. Extirpons donc nos préjugés, de notre singularité pour nous mettre ensemble afin de construire « notre Église ».

                 « L’espérance » est le caractère de ce qui est « espérer » ou autrement est l’action d’espérer. Nous ne parlons pas d’espoir, car « l’espoir » s’inscrit dans le quotidien humain, matériel…, or l’espérance, c’est sa dimension eschatologique qui est mise en évidence ici. Certes, le diocèse a l’espoir en les apports de tout un chacun de nous pour la construction de notre Église ; mais ce que veut susciter l’évêque, c’est croire que l’Église est déjà construite même si ce n’est pas le cas au moment où nous analysons ce thème. Croire que notre 2glise est construite relève de l’espérance, et de l’espérance la foi (Hébreux 11). Notre 2glise, notre communauté, notre maison de prière n’est plus un mythe mais une réalité voire une espérance ; parce que les chrétiens de Grand-Bassam ont décidé de conjuguer l’effort individuel en un pour bâtir la maison commune, notre communauté visible. Croire que notre Église est construite relève de l’action, de la participation de tous car « la foi sans les œuvres est une foi morte » (Jacques 2,17). Espérer, c’est posséder, avoir déjà ce qu’on projette posséder ou avoir. Depuis des années, les chrétiens de Grand-Bassam ont voulu de tout leur cœur posséder une cathédrale digne de l’histoire de leur diocèse et à la statuaire de leur foi ; mais aujourd’hui nous avons cette Église non imaginaire, réelle qui sort de la terre à la place Saint Esprit de Mockeyville de Grand-Bassam. La Cathédrale est visible, palpable, et elle se construit devant nous, sous nos yeux grâce à l’unité de notre effort. Certains chrétiens ont voulu toute leur vie toucher  cette Église mais sont allés sans jamais la toucher ; mais ils avaient dans leur cœur la certitude qu’elle était là devant eux. Pour cela ils ont donné de tout d’eux pour la construction de l’Église. C’est cela l’espérance ; croire qu’on a déjà ce qu’on veut et se donner de tout pour ce qu’on veut. Croire que cela est possible et sans chercher à philosopher sur l’existence de Dieu, et se donner les moyens pour réaliser cela, relève de l’espérance. C’est donc de cette espérance que le diocèse attend des chrétiens en cette année.

                C’est avec « construisons » que nous parlerons de l’impératif. En effet, « construisons » est conjugué à l’impératif présent de l’indicatif impliquant non pas un ordre mais une obligation, un devoir. « Construisons notre Église » devient une obligation, un devoir pour nous. D’ailleurs « construire » est un verbe d’action demandant des efforts, que chacun se meut, bouge… Un ordre est discutable et refusable or une obligation implique une contrainte personnelle voire impersonnelle. Qu’il neige, qu’il vente, qu’il pleut, qu’il « soleille », il faut que « notre Église » soit construite en cette année. C’est un impératif, une nécessité obligatoire pour nous, et cela s’impose, quel que soit le cours des événements, nous devons construire notre Église. C’est pourquoi à l’entrée du jeu nous avons dit que les défis semblent être des défis sacrificiels. Chacun de nous doit se sacrifier, sacrifier sa singularité, son individualité pour l’ensemble, pour la pluralité, pour l’universalité afin de construire « notre Église » dans l’unité et l’espérance. Oui chacun doit se sacrifier, donner tout de lui, s’il veut voir construire « notre Église », la maison de tout un chacun. Et le diocèse demandera en cette année le sacrifice, le don total de tout un chacun car « la foi sans les œuvres est une foi morte ». Notre Église sera le témoignage de notre espérance, de notre foi et de l’ampleur notre unité, chrétiens de Grand-Bassam.

    Ceci est donc une analyse du thème pastorale 2013-2014, le samedi 28 septembre 2013 en la paroisse Saint Esprit de Mockeyville, l’évêque nous attend pour nous donner les orientations et les perspectives de ce thème. Soyons donc tous présents pour mieux appréhender ce thème, riche en signification.

     

    BOUATENIN Adou


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