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                Cela m'écoeure, moi, la plume offusquée, de vous écrire ces lignes et vous présenter le tableau obscure de la Côte d'Ivoire face à la France. La Côte d'Ivoire, ancienne colonie de la France doit devoir toute son existence une révérence à la France. 1960, une soi-disant indépendance, Félix Houphouët Boigny la proclama. Les Ivoiriens ont applaudi, mais il a dit qu'il y aura une autre lutte à mener pour la future génération. Cinquante ans après la lutte est entamée par Gbagbo Laurent, mais Bédié, Francis Wodié, Anaky Kobena, N'Gnamien Konan, Mabri Toikeuse et Alassane Ouattara furent l'obstacle de cette lutte. Des marionnettes de la France pour que la Côte d'Ivoire demeure toujours l'esclave de la France.

                Encore une fois, la plume offusquée  montre au créneau pour interpeller l'intellect de ces dirigeants sur le vœu cher des Ivoiriens. Bien qu'ils aient l'ardent désir de travailler mais veulent tous leur liberté économique, une liberté totale ; ne plus être sous la tutelle de la France. Voici le vœu de tous les Ivoiriens. Au lieu de faire un rassemblement pour vous donner un ennemi commun : Gbagbo Laurent ; vous devrez plutôt faire un front avec lui pour dire à la France que la Côte d'Ivoire peut voler de ses propres ailes.

    Lisez ce poème ci-dessus :

                                       « Dites lui toute la vérité

                            Lorsque vous irez là-bas

                            Ne lui cachez aucune vérité

                            Dites lui tout ce que vous savez

                            Parlez lui de notre lien et de notre unité

                            Dites lui que nous nous aimons

                            Que ma vie et mon histoire sont en elle

                            Et que les siennes sont en moi

                            Qu'elle m'a vu naître et grandir

                            Et moi, je l'ai vue pleurer pour notre liberté.

                            Dites lui que c'est ma mère patrie

                            Et moi, son unique et cher fils

                            Et qu'elle a besoin de mes bras

                            Pour être à la hauteur comme elle.

                            Dites lui, ses richesses, je n'en veux pas

                            Ma mère patrie a des trésors pour moi

                            Dites lui d'arrêter de me séduire

                            J'ai horreur lorsqu'elle me dit « frère noir »

                            Vous pouvez rire car c'est absurde

                            Elle, blanche et moi, noir

                            Comment pouvons nous être des frères ?

                            Ma mère patrie s'est-elle trompée de mari ?

                            Non ! elle veut que je partage mes biens

                            Avec ses nombreux enfants affamés.

                            Dites lui qu'elle peut garder ses bonnes mœurs

                            Ses dons de charité car elle est aussi pauvre

                            Et d'arrêter de semer la guerre entre ma mère et moi

                            Dites lui que nous ne sommes plus à l'ère coloniale

                            Mais à une ère de liberté. Et qu'un nouveau jour s'est levé

                            Depuis l'indépendance vous êtes ici

                            Aujourd'hui nous pouvons nous défendre

                            Allez et dites lui le pourquoi de mon refus

                            Je ne veux point abandonner ma mère patrie

                            Loin d'elle, j'aurai des remords

                            Lorsque vous serez là-bas

                            N'oubliez pas de lui dire toute la vérité.

                                       Dider Placidus, Mes premiers pas, inédit »

     

    A travers ce poème, le poète demande à la France de laisser la Côte d'Ivoire en Paix afin qu'elle soit libre et souveraine. Elle n'a pas besoin de la France pour se réaliser. Elle compte sur ses propres fils pour relever sa dignité.

                La plume offusquée est consciente que un pays n'est jamais en autarcie, elle a même souvent critiqué la politique de Gbagbo Laurent, mais lorsque la vérité est mise en cause, elle se lève pour la défendre. Lisez le poème qui suit et vous verrez qu'elle n'est jamais, toujours, d'accord avec la politique de Gbagbo Laurent.

                                       « Déception d'un patriote

                            Les larmes aux yeux, je regrette David Diop

                            et son poème Le Peuple

                            La tragédie politicienne a été jouée pour une époque

                            et le dénouement est pour mon Afrique

                            d'aujourd'hui et des temps à venir.

                            J'ai suivi les politiques.

                            J'ai donné mon corps aux balles des soldates

                            pour que ma chère Côte d'Ivoire

                            soit sur la marche des vainqueurs.

                            Je suis appelé Martyr

                            et ils m'ont bâti un monument aux morts.

                            Je suis appelé Patriote

                            et m'ont mis les fers du bandit

                            pour ne pas que je sois Révolutionnaire.

                            Dans la prison, mon peuple souffre, pleure

                            je le vois sans rien faire.

                            Assis dans l'oubli des politiques

                            j'implore Dieu pour qu'il dise un seul mot

                            pour soulager les maux de mon peuple.

                            Les larmes, ma lutte est superfétatoire

                            pareille à celle de Lumumba, de Kwamé,

                            de Sankara...de mes Héros Africains.

                            Martyr, Patriote, Révolutionnaire, Brigand,

                            je le suis... La voix déchire le silence.

                            De la prison, de mes illusions perdues

                            je ne serai plus ce peuple jeté

                            dans les champs avides de sang

                            sur l'autel du sacrifice électoral

                            pour les hommes politiques

                            qui ne se soucient pas de leurs jeunesses

                            qui transforment le pays en bergerie ouverte

                            pour l'hyène galeuse de la politique et de la religion

                            dont le sort a été dit par Jean de la Fontaine.

                            Je vois encore moi, moi, moi...tombés sur les deux ponts,

                            J'entends encore le sifflement des chars bombardiers,

                            L'Abidjanaise, les pleurs du peuple en mouvement...

                            Dans la nuit étoilée, je me confie à mon Eternel, mon Berger...

                            Plus jamais cet horrible cauchemar...

                            Mais ma chère Côte d'Ivoire, innocente sois-tu,

                            je vais par ma lutte à travers les vers te mettre

                            sur la plus haute marche des vainqueurs.

                            Je pleure mes Martyrs, mes Patriotes,

                            je pleure les Sacrifice de la méchanceté des politiques politiciennes,

                            devant leur soi-disant monuments aux morts.

                            Mes pleurs, signe d'hommage à ces patriotes déçus, à ces morts...

                                                               Dider Placidus, Mes premiers pas, inédit »

     

                Vous le savez, la plume offusquée prend partie du peuple souffrant, et dénoncé les injustices. Aujourd'hui, elle voit une faute que la Côte d'Ivoire a commise, celle de laisser la France, la Communauté Internationale, l'ONU s'immiscer dans la lutte que le RHDP a livré à LMP. C'est vrai que tous, nous avons critiqué la politique de Gbagbo Laurent, pour la jeunesse, pour les travailleurs,...mais, tous, nous reconnaissons que sa lutte est noble, celle de l'indépendance totale de la Côte d'Ivoire, celle d'un demain radieux pour la future génération, celle de mettre la Côte d'ivoire sur la plus haute marche des vainqueurs, celle de faire de la Côte d'Ivoire une grande et forte nation. Voici le rêve brisé, toute une génération sacrifiée.

                Criez de joie, jubilez, sautez ; frémissez... car vous pouvez le dire : c'est une nouvelle ère pour la Côte d'Ivoire avec Alassane Ouattara. Mais après un an passé, vous verrez que nous sommes toujours à la case du départ, lorsque nous étions avec Houphouët Boigny avec le parti unique. La plume offusquée s'offusque de voir la Côte d'Ivoire sombrée dans le chaos parce qu'on a l'habitude de dire Ivoirien ne voit rien, qu'il s'est abruti de ne pas voir la réalité et le chaos qui se pointent à l'horizon. Plus d'opposants, le pillage est justifié, la Côte d'Ivoire demeurera toujours esclave de la France. Et nos petits enfants doivent devoir plier l'échine devant la France parce qu'elle dira à nos enfants sans elle, le dictateur Gbagbo Laurent allait occasionner un génocide et diviser la Côte d'Ivoire en deux ; il allait provoquer une guerre civile... Mensonge ! Par notre faute, on va précipiter un digne fils de la Côte d'Ivoire au pays du silence. Houphouët Boigny ne disait-il pas « le vrai bonheur, on l'apprécie lorsqu'on l'a perdu ». Nous avons perdu Houphouët Boigny, on a regretté ; on a fait coup d'état sur Bédié, on a regretté ; on a tué Gueï Robert, on a regretté...aujourd'hui, nous crions, tous, « assassin Gbagbo Laurent », « Gbagbo Laurent idjiou, supporteurs nounou djiou (Gbagbo Laurent ta mère con ; tes supporters leur mère con) » et nous voulons qu'il soit tué, et après nous allons le regretter. La frénésie de haine contre ce type nous aveugle ; nous intellectuels, nous soldats, nous jeunesse, nous ouvriers... trois fois nous avons regretté...aujourd'hui l'occasion nous est donnée d'apprécier notre bonheur avec Gbagbo Laurent, bien qu'on stipule qu'il ne respecte pas sa parole donnée.

                Assis sur le tabouret dans mon entrer coucher et écoutant les chaînes de télévision et de radio du RHDP, le beau discours haineux d'Achi Patrick, d'Ahmed Bakayoko, d'Adjoumani, d'Alassane Ouattara,..., mes larmes coulent car je me vois être moi façonné par la France, et dans l'obligation de me rabaisser devant la France. Car, c'est elle qui me dictera ce que je dois faire ou ce que je ne dois pas faire. Mon sort sera désormais lié à l'humeur de la France de Sarkozy, de l'ONU de l'USA d'Obama et de la Communauté internationale. Mon devenir dépendra de la France.

                Ceci « Côte d'Ivoire-France : l'esclave au maître, la révérence perpétuelle » hante mes nuits. Parti unique ; la Côte d'Ivoire, une préfecture de la France ; Côte d'Ivoire sous tutelle de la France ; la Côte d'Ivoire, recolonisée de la France...parce que nous, Ivoiriens, avons (voulons) donné notre bonheur à une marionnette de la France : l'imposture d'Alassane Ouattara. « Mentir pour son avantage à soi-même est imposture » (Rousseau), et Alassane Ouattara le sais très bien comme ses maîtres.  La plume offusquée, pour la première fois, verse des larmes d'amertume et déchéance totale... Le rêve d'une génération sacrifiée vient de tomber à l'eau parce que nous, Ivoiriens, voulons la facilité et la charité ; parce que nous voulons rester des éternels mendiants en faisant fi de notre devise : Union discipline travail. Si demain, mon fils ou mon petit fils me demande : « Père ou grand-père, pourquoi la Côte d'Ivoire est très pauvre et sa richesse est gérée par la France ? », je répondrai « mon enfant, la Côte d'Ivoire n'a pas compris l'histoire ».

    Un silence de première pour Kwamé, pour Lumumba, pour Sankara...pour Gbagbo Laurent. Mon Woodi, je m'incline... ta lutte sera ma lutte et celle de mes enfants et de tous mes arrières petits enfants...voire de tous les Ivoiriens désirant la liberté. Fiers Ivoiriens le pays nous appelle, si nous avons dans la Paix ramenée la Liberté.

     

     

    CÔTE D'IVOIRE-FRANCE : L'esclave au maître ; une révérence perpétuelle.... Ça doit hanter l'esprit de tout un Ivoirien

    Tous pour la victoire de la Côte d'Ivoire avec Gbagbo Laurent, sans lui ou avec lui, montrons que sa lutte est noble et que nous continuerons sa lutte. Mon cher Gbagbo Laurent, la plume offusquée est avec toi et continuera ta lutte par ses écrits et à interpeller l'intellect des Ivoiriens. Crions VICTOIRE, VICTOIRE, VICTOIRE...car Dieu nous a écoutés.

     


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    CONTRIBUTION DE PARULIES REBELLES AU REGLEMENT DE LA CRISE IVOIRIENNE DU 19 SEPTEMBRE 2002

     

    Par Séverin GOHOREBI

     

     

     

     

     

     

    Conférence prononcée le Vendredi 03 Octobre 2008 au G .R.T.O ( Groupe de recherche sur la tradition orale) à ABIDJAN-Cocody Danga.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Selon la philosophie esthétique négro-africaine, la Littérature a une fonction sociale. En Afrique, en effet, il n'y a point de place pour l'art pour l'art, ainsi que l'enseigne Théophile Gauthier. La Littérature, parce qu'elle est l'expression des joies et des peines de la communauté, tient ainsi un rôle social qui, du reste, la distingue de toute autre production à teneur placide. On dit que l'esthétique négro-africaine, ou l'œuvre sortie du moule des Négro-Africains est utile.

    Sur la foi de cette vérité, nous interrogerons les Parulies Rebelles, œuvre poétique du jeune poète ivoirien Emmanuel Toh-Bi pour appréhender sa place dans le règlement de la crise ivoirienne du 19 septembre 2002.

    La guerre crapuleuse livrée à la Côte d'Ivoire par les Rebelles (ainsi qu'il est convenu de les désigner), a pris fin, dit-on. Les Parulies, censées en faire l'écho dans leur langage, l'ont-elles fait ? L'œuvre enseigne-t-elle les quatre vérités essentielles de fin de conflit armé que sont le dépôt des armes, la réconciliation, l'enracinement culturel et l'espoir d'un futur radieux ?

    *       *

    *

    1

    La Fin de la guerre, le dépôt des armes se trouve annoncé par des images multiples. D'abord le poète l'exprime par l'éloignement des coups de feu, le caractère sporadique de leurs détonations. Il les distingue, même à présent,  comme prêts à s'estomper et s'arrêter définitivement :

                       « Des échos étouffés d'armes lourdes

                       « S'échappent du timo

                       » Détonations de charme

                       »  Supplantent  

    » Détonations de frayeur »

                  (p. 40).

    Puis Toh-Bi se sert d'images de victoires remportées, à connotations précises : victoire du Timo sur le Serpent. C'est la fin ultime des combats

             « Le spectacle du timo

                       » Pèse le globe

                       »  Sur la tête du Serpent

    » Il ploie...

    » Il ploie...

    » Le serpent succombe » (pp. 41-42).

    Ou encore victoire de  ce Timo des Ancêtres sur la Harpe du psalmiste juif :

                       « Timo et Harpe se rivalisent David

                       » Le timo a le vent en poupe

                                » Se fait hêtre dans le cœur de David

                       » Le timo pousse pousse pousse...

                       » En impose à la harpe. » (p. 43).

    Enfin, le terme final à la guerre trouve son enseignement dans le cérémonial qui réunit tous et toutes en fin de récit. La parade des vainqueurs, des émules des Sankos, des Bokarys, des Savimbis, des Baldés, des Garangs, est une arnaque, la fin logique de ce grand rêve tumultueux  du poète. Mais pour la symbolique, pour l'interprêtabilité de fond, c'est l'expression ritualisée de l'abandon des armes, premier pas vers la Paix :

                       » Ce matin-là

                       » L'Université est courtisée

                       » Par un soleil lénifiant - frugal

                       » L'Université est drapée d'habits de lustre romancés à parfumer même un cœur de pierre !!!

                       » Des roses flamboyantes dans les laboratoires

     

    » Des colombes dorées dans les salles de travaux dirigés

    » Des morceaux de lune sur les dalles de la présidence »

    2

                                                                         (pp. 55-56).

    Concernant la question de la Réconciliation, deux images fortes la plantent dans les esprits et en font une des préoccupations majeures de l'œuvre. La première est l'hymne que donne la fin des Parulies en organisant une fête de fin de partition. La guerre est finie, il se faut rassembler, se parler pour que soit relancée toujours la dynamique de vie. Le suggère adroitement et délicatement la structure cylique de l'œuvre : les Parulies créant l'enfer à l'entame de l'œuvre, et paradant toujours à sa fin, figurent un recommencement perpétuel et propulsent la vie, par le fait même de ce retour enrichi de réalités nouvelles. 

    C'est probablement ce qu'évoque la prosopopée, l'étonnante réapparition à la vie, des Sankos, des Savimbis, des Garangs (...) « Et bien d'autres énergies, dit le poète, / D'une Afrique en feu / Ovationnés par un amphithéâtre détonnant. »

    Mais c'est l'allégorie du Timo et le Serpent qui constitue le meilleur enseignement de la Réconciliation. Le Serpent, vaincu dans le combat mythique avec le Timo ancestral, se liquéfie et se fond dans le spectacle endiablé de la Place du Village.

    Le Timo est un instrument de musique simple, fait d'une caisse de bois avec une petite ouverture, au bord de laquelle se trouvent alignées et attachées deux ou trois lamelles de fer souples que le joueur peut faire résonner à l'aide du pouce de la main, tandis que de l'autre main, il rythme les sonorités en frappant sur la caisse creuse. La voix est caverneuse, grondante et, surtout, envoûtante. On comprend dès lors l'allégorie :

                       » Le serpent succombe

    » Il casse son dos

    »Il se fond au gala » (p. 42).

    On ne peut mieux exprimer l'idée de faire l'Unité.

    3

    Le poème d'Emmanuel Toh-Bi enseigne également la nécessité de l'Enracinement culturel. C'est, en effet, par la Danse et le Timo ancestral qu'il effectue la cure psychanalytique salvatrice de son peuple. C'est une danse très enlevée (« Les spectateurs écument... écument ! dit le poète) ; il rassemble du monde et du monde, comme on en voit dans les rêves !

                       » Forte densité d'échos au km2 du village

    » Qui surplombe les esprits dévots

    » Qui interpelle le tout Bangofla » (p. 40).

               Et la gorge du Timo est ample, propice à l'envoûtement :

                                » Gou-goudou ! gou-goudou ! gou-goudou !

                                » Goudou ! goudou ! gougou !

                                » Goudougoudoudougou ! goudougoudougoudou !

                                » Goudougoudou ! (p. 40).

    C'est un spectacle du pays des Rêves où tout peut être au superlatif, une danse des Revenants, une danse de l'Au-delà. Et voilà qu'entre sur la scène une Divinité de la Danse.

             » Au milieu du cercle

             » Une séduction - virtuose

             » Largement plus placide que le rythme

                       » Courbée

                       » Percluse

                       » Sédentaire

                       » Taciturne

                       » Discrète

                       »... Guillerette

                       » Comme si elle le narguait...

                       » Séduction-au-dos-cassé-sans-vertèbre

                       » Nageoires dorsales sous-marines

                       » Dos-sans-poids-sinueux-d'ondulation

                       » Assorti de petits pas plombés-cadencés » (p. 41).

    Cette danse-là régénère. C'est un appel profond et myrifique de la Culture en direction de ses Enfants.

     4

    Enfin, le poème de Toh-Bi enseigne et annonce l'arrivée prochaine, très prochaine  d'un Monde gorgé de bonheur et de prospérité. Ce Futur radieux, c'est l'allégorie du Temps, le Temps qui vient,  qui l'exprime :

             » Je vois venir de loin

             » LE TEMPS, dit le poète,

             » A vive allure

             » A vitesse vertigineuse

             » Contenant des voyageurs tous

                       » Bien nourris

                       » De santé solide

                       » Stables

                       » Paisibles

                       » Consistants

                       » Propres

                       » Unifiés

                       » Intègres

                       » Travailleurs

    » Ordonnés

    » Réfléchis

                       » Légalistes

                       » Sensés

             » Démocrates

                       » Heureux

                       » Admirés

                       » ...

                       » ...            (pp. 36 - 37).

    Ce Temps, cette époque de nourriture abondante, de bonne santé, de parfaite unité, de travail pour tous est celle de la pleine Démocratie, dit le poète.

     

                                                      *

    En définitive, le poème au long cours d'Emmanuel Toh-Bi, en dépit de son caractère apparemment  abscons - c'est une immersion onirique, ainsi que le sont toutes grandes poésies, immersion où tout semble déréglé, sans logique - révèle  des repères secrets  à découvrir pour se laisser instruire des grands enseignements du poète que sont, aujourd'hui, la nécessité de déposer les armes et de se réconcilier ; tout autant que d'espérer en un lendemain meilleur, sur les fondements de notre Culture retrouvée.

    Et le préfacier, le Professeur Cissé Alhassane Daouda l'a fort bien compris qui écrit :

             « Mais face à cette situation délétère

             » le poète prend conscience de la

             » nécessité de faire retrouver à son

             » peuple ses racines ».

     

     

                                      Séverin GOHOREBI

                Maître-Assistant de Lettres Modernes

                                                             Université de Cocody


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    SUJET

     

    EN LISANT L'AVENIR DU MONDE SELON LES CONCEPTS D'HYPEREMPIRE, D'HYPERCONFLIT ET D'HYPERDEMOCRATIE, ON LE PARTAGE ENTRE LE PESSIMISME ET L'OPTIMISME MARXIENS.

     

    ANALYSEZ ET DISCUTEZ CETTE ASSERTION

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    CONNAISSANCE DU MONDE CONTEMPORAIN

     

    (EXERCICE DE MAITRISE)

     

    TD 04

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Présentée par                                                                                              Sous la direction de

     

    BOUATENI                                                                                     Dr. N'GORAN

    Adou Valery Didier Placide                                                               K. David

     

     

                L'avenir est un phénomène qui hante l'esprit des hommes. Ils ont peur du demain parce qu'ils ne savent pas ce qui en serait. Ce qui arrivera demain, l'avenir, est tout un mystère. Aujourd'hui, les conflits inter religions (L'islam et le christianisme), inter Etats (USA et Irak), et les guerres pour contrôler les ressources financières et minières plongent le monde dans un chaos qui s'avérait être la fin de l'humanité. Ce qui suscite un certain pessimisme chez les hommes. Car, ils croient que demain sera pire qu'aujourd'hui. Etre donc pessimistes en envisageant le pire est une manière de s'y préparer et d'y faire face. D'où l'optimisme.

    L'on voit donc, qu'  « en lisant l'avenir du monde, selon les concepts d'hyperempire, d'hyperconflit, et d'hyperdémocratie, on le partage entre pessimisme et optimisme marxiens » ; thème d'ailleurs du sujet proposé.

    Pour une telle vision, il faut d'abord élucider les concepts d'hyperempire, d'hyperconflit et d'hyperdémocratie, concepts propre à Jacques Attali, avant d'aborder le sujet à proprement parler. En effet, l'hyperempire est la première vague qui submergera l'avenir. Elle est la victoire du marché (ordre marchand) sur la démocratie (ordre impérial et ordre rituel). De cette vague, le monde s'unifiera autour d'un marché planétaire, sans Etats, sans frontière. Mais, la suprématie de cette vague va susciter des frustrés. D'une telle manière de vivre donnera l'hyperconflit. Il sera dû par la révolte de ceux dont l'hyperempire aura frustré, par l'avènement progressif de la violence du monde, par la colère des citoyens du monde (laïcs, croyants...) et par la sophistication des armes. Ce sera une guerre ouverte dans tous les secteurs ; une guerre idéologiques ou religieuse. Mais, une prise de conscience de la gravité de la situation va entraîner une dernière vague. C'est l'hyperdémocratie. Cette dernière vague sera l'ère de la gratuité, de la formation intellectuelle et de l'éducation. Ce sera le temps du rééquilibrage des ressources financières et des services. Ces différents concepts montrent que le monde connaîtra de grandes guerres avant de retrouver la paix définitive.

    Pourquoi doit-on partager cette vision entre le pessimisme et l'optimisme ? Quelles raisons a-t-on d'être à la fois pessimiste et optimiste ? Etre pessimiste n'est-il pas une manière d'exprimer son optimisme ?

    Appréhender l'avenir du monde selon les concepts d'hyperempire, d'hyperconflit et d'hyperdémocratie, c'est chercher à comprendre la vaticination de Jacques Attali. Cependant, il convient de souligner les raisons qui amènent les individus à être autant pessimistes qu'optimistes.

     

     

               Notre monde va mal, le tableau s'assombrit chaque jour de catastrophes avérées ou imminentes. Ce flot de mauvaises nouvelles a quelque chose de sidérant et d'inquiétant. L'économie est le facteur funeste qu'il déclenchera ce chaos du monde. Des Nations se lèveront pour combattre telles Nations pour justifier leurs suprématies. La religion en tachera le bouleversement déjà annoncé. Ce flot destructeur ne suscite aucune réaction ; l'on voit les choses en noir et on imagine la vie de demain sera pire qu'aujourd'hui. Mais, on continue à vivre en ne changeant rien. Cette acception placide de faits et de chiffre, voire d'une fin annoncée, est tout à fait fascinante. On se contente de constater les dégâts et on continue comme avant. L'avenir du monde est donc partagé entre le pessimisme et l'optimisme [marxiens]. Et selon les concepts de Jacques Attali, l'avenir du monde traversera trois étapes : l'hyperempire, l'hyperconflit et l'hyperdémocratie. En effet, depuis que la démocratie et le marché sont apparus, l'ordre marchand évolue de siècle en siècle autour d'un lieu, d'une culture et de ressources financières : un centre unique, appelé « cœur » ou se rassemble une classe créative particulièrement dynamique et innovatrice capable de transformer une révolution technique en services marchands puis en produits industriels de masse. L'ordre marchand deviendra alors pendant un temps polycentrique avec une ou deux puissances majeurs sur chaque continent. Mais cet équilibre ne pourra perdurer. La cause fondamentale de cette évolution historique est sans doute économique, comme le soulignait Karl Marx. C'est l'hyperempire de Jacques Attali. Il n'y aura donc pas de contrat social. Ce sera un monde unifié autour d'un marché planétaire, sans Etat, sans frontière. L'Afrique de demain ne ressemblera donc pas à l'Occident d'aujourd'hui ; c'est bien plutôt l'Occident qui ressemblera à l'Afrique d'aujourd'hui. L'hyperempire sera l'ère des bouleversements, des mutations des idées, de la déconstruction des services publics, des Etats et des nations. En d'autres termes, avec l'hyperempire, la planète deviendra un monde sans Etat, un marché mondial inquiétant et chaotique, suivi par un conflit. Le marché étant par nature conquérant, les démocraties du marché et le marché mondial se livreront une incroyable bataille géopolitique pour la suprématie planétaire.

              D'une telle manière de vivre, surviendra l'hyperconflit. Voulant avoir accès aux mêmes richesses, des nations se doteront d'armes sophistiquées. Ce qui engendra l'avènement de nombreuses bandes armées et le mécontentement du peuple. Car l'ordre marchand serait une source d'inégalité, de précarité et d'injustice. La classe ouvrière se révoltera, et ce sera sa victoire. C'est donc la lutte des classes. Le désordre sera partout ; des religieux manifesteront leur désir de conquérir le monde. La vision du monde actuel et à venir est d'autant plus pessimiste et alarmante qu'elle semble reposer sur une logique aussi terrifiante qu'implacable. Pour qu'il ait véritablement progrès, il faut une lutte de classes, comme l'avait envisagé Karl Marx. Un tel conflit laisse sans doute avoir un sentiment pessimiste de l'avenir du monde. L'on doute du progrès de la civilisation et de la nature humaine, et d'un monde de paix, car selon les visons et les évènements actuels, le monde sera un champ de bataille et de chaos total.

             Mais, à la fin de cet hyperconflit, Attali, comme Karl Marx, prévoit un monde paisible, un monde de paix. Il annonce un monde de manière positive. C'est ce qu'il appelle hyperdémocratie. Le temps d'une nouvelle « classe créative » composée de « transhumains ». En effet, après que le monde n'ait pris l'allure d'un immense champ de bataille ; après que l'humanité n'ait mis ainsi fin à son histoire ; de nouvelles valeurs conduiront à un rééquilibrage entre démocratie et marché à l'échelle du monde. Ce sera l'ère de la gratuité. Une prise de conscience de la gravité de la situation entraînera donc un regain de force pour apaiser les mœurs, amener la paix et créer les conditions favorables à l'émergence d'une démocratie planétaire animée par des acteurs, tels que les financiers, les chercheurs, les enseignants appelés transhumains, qui auront pour finalité première d'améliorer le sort du monde. Cependant, le monde ne sera pas aussi parfait, mais il croit qu'il aura une nette amélioration de vie et de relation interhumaine. Pour y arriver, il faut que chacun sache que l'avenir ne s'écrit pas dans les richesses du sous sous-sol, mais dans les têtes ; la libération des énergies passe par une Révolution de l'intelligence, c'est-à-dire la formation et l'éducation. La seule vraie richesse sera la matière grise. D'où l'optimisme d'Attali, comme Karl Marx croyait à la suppression des classes sociales. La révolution prolétarienne, selon Karl Marx, permettra la dictature du prolétariat, qui aboutira au dépérissement de l'Etat et du droit, c'est à dire à l'instauration d'une société sans classes sociales, d'une libre association de personnes libres.

    En appréhendant l'avenir du monde, selon les concepts de Jacques Attali, on se trouve donc entre le pessimisme et l'optimisme de Karl Marx. Alors, pourquoi tant de pessimismes ?

     

     

                Les hommes sont pessimistes parce qu'il y a, en effet, un perpétuel conflit. Le cours de l'histoire démontre que le monde tant souhaité ou rêvé est un leurre, du fait des violences scrutées à l'horizon. En effet, ce sont de grands bouleversements qu'a connus le monde. Des conquêtes, en passant par les révolutions, aux deux guerres mondiales, le monde n'a cessé de traverser des tourments. Il a été fragilisé, et sombre aujourd'hui, peu à peu dans le chaos. Son avenir est effrayant, l'on voit les choses en noir et on imagine que la vie de demain sera pire qu'aujourd'hui. L'exemple de l'Organisation des Nations Unies (ONU) est révélateur. En effet, elle a été créée pour maintenir la paix, et prévenir le monde d'un éventuel conflit. Hélas, sous ses yeux, pour le contrôle du pétrole, les Etats-Unis d'Amérique attaque l'Irak. C'est une atteinte à la souveraineté irakienne. Mais, il ne s'agit pas uniquement d'une menace contre l'avenir du peuple Irakiens, mais contre l'avenir du monde tout entier. Faute des Nations puissantes qui usent de leur droit de veto à tort et de travers, l'ONU est incapable de réagir. Cet échec de cette organisation laisse les hommes perplexes. Le réseau Al Qaïda et Ben Laden s'insurgent aussi contre la politique américaine, et se constituent en de véritable terroristes troublant la quiétude du monde.

                Aussi, le monde d'aujourd'hui se trouve confronter aux mêmes problèmes qui ont dans le passé amené des millions de personnes à engager leurs vies dans la lutte pour la construction du futur socialiste de l'humanité. L'injustice dans les répartitions des biens publics, le favoritisme, la hégémonie sont autant des problèmes qui entachent le devenir du monde de demain, et qui suscitent un pessimisme marxien et de résignation. On se dit que la lutte est perdue d'avance. Face à cela, la science (médicale) et la technologie ne peuvent rien. Elles se trouvent désarmer et elle empirent la situation. Car, ce sont elles, surtout la technologie, qui fabrique des armes sophistiquées pour, on ne sait quoi, défendre le monde d'un ennemi invisible. La science médicale, quant à elle, se trouve confronter à un casse-tête chinois devant le SIDA. Un siècle s'est écoulé, et aucun vaccin n'a été découvert pour répondre à l'attente des malades.

                En plus, les catastrophes naturelles survenues dans l'histoire de l'humanité, et qui continuent à se produire laissent entretenir un sentiment de pessimisme. L'humanité est impuissante face aux catastrophes, aux guerres, à la misère et aux épidémies ; à telle enseigne d'aucuns affirment la fin du monde. En effet, la fin du monde est l'apanage des religieux. Pour ces derniers, les évènements, avant coureur, seront atroces, voire horrible. L'Evangile selon Matthieu aux chapitre 24, du verset 4 au verset 25, relate ces faits avec une certaines fermeté. L'humanité, une fois de plus, se retrouvera face aux changements climatiques, naturels, et aux guerres interminables. L'avenir du monde est donc perçu avec un air pessimisme, car ce sera la grande tribulation : le désordre, le chaos. « Il y aura alors en effet une grande détresse, telle qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant » (Matthieu 24,21) ; c'est le signe annonciateur de ce qui se passera dans l'avenir du monde. Tous ces évènements annoncés par la Bible montrent que la religion est impuissante face aux mutations qui adviendront. Et l'humanité se demande donc à quel saint se vouer.

    En scrutant le passé de l'humanité à aujourd'hui, il y a en de quoi à être pessimiste. Et pourtant l'optimisme semble prendre le dessus.

     

               

             Face aux dangers que l'horizon de l'avenir du monde affiche, l'on, sans doute, pense que tout ira pour le mieux. Car, selon Leibniz, « rien ne peut être parfait que Dieu donc le monde n'est pas parfait, or, comme Dieu est bon, le monde créé est forcement le meilleur possible ». Aussi, le poids de l'histoire (la traite négrière, les révolutions), les pandémies (SIDA, hépatite viral B), les mutations climatiques (les catastrophes naturelles...) n'ont point amené le monde à  son chaos total. D'ailleurs, l'homme s'est toujours en sortir. Il a toujours trouvé les voies et moyens pour faire face aux mutation. C'est donc au sortir des différents tourments, que l'homme s'est véritablement réalisé. Voici donc l'optimisme. Il guérit les blessures du passé, ouvre les perspectives nouvelles pour le présent et rassure pour l'avenir et permet d'espérer en toutes circonstances. Il est un regard sur la vie qui conditionne la perception de la réalité. En effet, l'évolution sociale de l'humanité, depuis les origines des hommes jusqu'aujourd'hui est les prémices de la grande confiance dans les aptitudes de l'être humain à faire son bonheur. C'est ainsi que le mot « progrès » est forgé par ceux qui croient qu'une évolution sociale est vraiment possible. Tout ceci fait dire que demain sera radieux, donc il faut y croire en avenir.

                En plus, les religions sont unanimes sur la question d'un monde radieux à venir. En effet, l'islam et le christianisme annoncent un monde où règnera la paix, la justice ; où l'on vivra heureux et éternellement. Pourquoi perdre le temps sur le sort macabre du monde à venir si demain on vivra heureux. Les évènements annoncés sont des farces, des pures imaginations pour tromper la vigilance des hommes. L'homme a l'aptitude de trouver des remèdes et des solutions pour relever la situation et rehausser le niveau de vie. C'est avec confiance inébranlable et une foi aveugle que les religieux affichent devant le monde à venir.

                La médecine vient à point nommé renforcer l'optimisme des hommes pour l'avenir. En effet, le progrès opéré par elle prouve que demain, les pandémies seront éradiquées totalement de la société. Avec la médecine, c'est un monde sans maladie qui naîtra. Depuis le Moyen-Âge  jusqu'aujourd'hui, la médecine a permis de réduire le taux de mortalité infantile. La technologie, quant à elle, a simplifié la communication, le transport ; et demain, l'on a la certitude qu'elle fera mieux qu'aujourd'hui. Face à la destruction de la couche d'ozone, elle propose des véhicules futuristes fonctionnant avec l'énergie solaire.

                Enfin, l'optimisme ne se limite pas seulement dans le fait d'afficher une confiance inébranlable en avenir, c'est aussi un mode de vie. Il faut faire preuve d'optimisme. Le secret pour y parvenir consiste à accorder plus d'attention aux aspects positifs de chaque situation plutôt qu'à ses aspects négatifs pour ainsi dire que les hommes savent très bien qu'il aura des changements brutaux dans l'avenir de l'humanité. Mais ceci ne doit pas être une préoccupation car rien ne s'est bâti sans douleur. C'est par des conflits que le monde est ce qu'il est aujourd'hui. Demain ne sera pas pire que dans le passé. Il y a de quoi à être optimiste.

     

     

                L'avenir du monde est effrayant et suscite assez de pessimisme car les évènements annoncés ou vaticinés semblent bouleverser l'ordre du monde et traduire un chaos total. C'est par l'analyse de ces évènements que Jacques Attali a pu définir ses concepts d'hyperempire, d'hyperconflit. Cependant, il s'avère que ces évènements doivent se produire pour faire place à un monde rééquilibré, l'hyperdémocratie, avec un air radieux.Si à la fin de ces évènements destructeurs, un monde radieux naîtra, il n'y a point de raison d'être pessimiste.Aussi, la marche de l'humanité vers son épanouissement s'est toujours fait par des conflits ; ce qui laisse donc dire que l'hyperdémocratie règnera  un certain temps pour d'éventuels conflits.


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    EUGENE DERVAIN : UN AFRICANISTE OU UN NEGRETUDIEN ?

    ETUDE DE « A MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965 » ET « DUEKOUE » DANS UNE VIE LISSE ET CRUELLE D'EUGENE DERVAIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Mini mémoire de Maîtrise

    Option : Poésie et quête de connaissance

     

     

     

     

     

     

    Présenté par :                                                                                                 Séminaire animé :

    Adou Valery Didier Placide                                                                            Dr. Hélène N'GBESSO

    BOUATENIN                                                                                               Maître assistante

     

     

     

     

     

     

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     2009-2010

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    EUGENE DERVAIN : UN AFRICANISTE OU UN NEGRETUDIEN ?

    ETUDE DE « A MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965 » ET « DUEKOUE » DANS UNE VIE LISSE ET CRUELLE D'EUGENE DERVAIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Option : Poésie et quête de connaissance

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Année universitaire

     2009-2010

     

     

    SOMMAIRE

     

     

     

    Introduction                                                                                                                            3-4

     

    Partie I : DERVAIN et l'Afrique                                                                                             5

     

    • I- L'image de soi de DERVAIN 6

     

    II-        La vision de l'Afrique par DERVAIN                                                             9

     

    Partie II : DERVAIN et la négritude                                                                                        13

     

    • I- DERVAIN: africaniste ou négritudien? 14

     

    II-        La négritude de DERVAIN                                                                                        18

     

     

     

    Conclusion                                                                                                                             21

     

    Bibliographie                                                                                                                          22

     

     

     

    Tables de matières                                                                                                                 23

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    ETUDE DE « A MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965 » ET « DUEKOUE » DANS UNE VIE LISSE ET CRUELLE D'EUGENE DERVAIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Adou Valery Didier Placide                                                                            Dr. Hélène N'GBESSO

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    EUGENE DERVAIN : UN AFRICANISTE OU UN NEGRETUDIEN ?

    ETUDE DE « A MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965 » ET « DUEKOUE » DANS UNE VIE LISSE ET CRUELLE D'EUGENE DERVAIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    SOMMAIRE

     

     

     

    Introduction                                                                                                                            3-4

     

    Partie I : DERVAIN et l'Afrique                                                                                             5

     

    • I- L'image de soi de DERVAIN 6

     

    II-        La vision de l'Afrique par DERVAIN                                                             9

     

    Partie II : DERVAIN et la négritude                                                                                        13

     

    • I- DERVAIN: africaniste ou négritudien? 14

     

    II-        La négritude de DERVAIN                                                                                        18

     

     

     

    Conclusion                                                                                                                             21

     

    Bibliographie                                                                                                                          22

     

     

     

    Tables de matières                                                                                                                 23

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION

     

     

     

                « La poésie, exploration du monde et de la vie, est comme la science, au cœur de la connaissance, [et] la connaissance est l'aboutissement provisoire d'un processus, celui de l'appropriation d'un objet, d'un fait, d'un phénomène, d'une manière de comprendre. Elle est médiatisée par un savoir antérieur qui s'incarne dans différents discours. Par eux transite l'intentionnalité de l'énonciateur, sa tentative de produire, de manipuler, d'organiser, de recevoir et de manifester un savoir »1. Tous les discours possèdent une dimension cognitive, régie selon Barthes par au moins trois forces : mathesis, mimesis, semiosis. C'est-à-dire le savoir, la représentation et la reproduction de sens. La poésie a ceci de particulier qu'elle exerce ces trois forces sur les matériaux discursifs eux-mêmes « parce qu'elle met en scène le langage [..] »2. Le langage, pour beaucoup de théoriciens, est le substitué du discours, et G.E Sarfati d'affirmer que « le discours est le langage mis en action ; la langue assumée par le sujet parlant »3 ou quand l'individu se l'approprie « [il] se tourne en instance de discours »4. Le discours pris comme texte sera l'objet de recherche de plusieurs théoriciens car l'analyse d'un texte, surtout de « la production poétique ne correspond pas forcement aux idées qu'on a sur elle [...]. Mise en scène discursive de l'expérience de la vie, la poésie est inséparable de la connaissance »5. Elle devient alors un outil de la quête de connaissance, le lieu même où se constitue peu à peu cette connaissance qui passe par la recréation du monde par le poète. La poésie, écrivit Novalis, «  met en mouvement le fond de l'âme »6 du poète.

    Acceptant que la connaissance de l'être et du monde peut passer par le faire, par l'acte de l'écriture, et que c'est dans le lyrisme qu'on exprime ses émotions et qu'on saisit l'homme comme l'affirme Hermann Broch: «  Il faut représenter l'homme dans toute sa gamme de

    ses expériences vécues, en allant de ses possibilités physiques et de ses sentiments au domaine moral et métaphysique, d'où un appel immédiat au lyrisme, seul capable d'en fournir l'expression ». Et  aussi parce qu'  « un poème est, à nos yeux, réalité vivante, et aucune entreprise ne se justifie, qui a pour résultat de désintégrer et de tuer la vie qui l'anime »8, nous avons jugé bon de montrer à travers deux poèmes de UNE VIE LISSE ET CRUELLE qu'Eugène DERVAIN, l'auteur de l'œuvre en question, est soit un africaniste soit un négritudien. UNE VIE LISSE ET CRUELLE9, d'où sont extraits nos deux poèmes intitulés À MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965 (pp.25-27) et DUEKOUE (pp.31-32), est un recueil de poèmes, édité en 1999 par EDILIS en Côte d'Ivoire, qui traduit la puissance de la parole libérée.

     

     

     

    1-                    Annie BRISSET, la poésie pense : une modalité assomptive de la connaissance.

    2-                    Roland BARTHES, Parole, pp 17,19-20

    3-                    G.E Sarfati, Précis de pragmatique, Paris, NATHAN,

    4-             Emile BENVENISTE

    5-             Cf. note 1

    6-             Idem, Novalis que cite Annie BRISSET

    7-             BROCH Hermann, Genèse du livre, les Irresponsables. Tr. A. Picard, Paris, Gallimard, p.290

    8-             Marcel TOWA, Leopold Sedar Senghor: Negritude ou Servitude? , Yaoundé (Cameroun), Edition CLE, p.9

    9-                    Eugène DERVAIN, UNE VIE LISSE ET CRUELLE, Abidjan, EDILIS, 1999 : œuvre d'où sont extraits nos textes supports (le corpus de notre mini mémoire).

    A chaque poème, le lyrisme des mots, dans leur reprise, leur répétition, leur opposition est tout un style à travers lequel le poète réveille les souvenirs de sa vie, depuis Aragon, Eluard, A. Spire, Césaire, Hampaté Bâ et bien d'autres, et exprime ses préoccupations profondes pour l'Afrique.

    Sans perdre «  la signification générale et l'articulation interne »10 des poèmes est la difficulté rencontrée lors de notre investigation car « l'étude d'une œuvre poétique peut être abordée de multiples façons, dont certaines semblent faites pour permettre d'en éluder la signification. [Et parce qu'aussi] Tout discours, et spécialement tout discours poétique s'offre comme une totalité organique et signifiante. C'est la totalité qui signifie et chacune de ses parties composantes ne tire son sens que de cette signification globale »11. Et enfin, parce que « L'exégète choisit le plus souvent ses outils en fonction de sa propre culture théorique qu'il adapte à son objet d'étude »12.

    Par quelle(s) méthode(s) pouvons-nous explorer le sujet que nous nous sommes proposé : « Eugène DERVAIN : un africaniste ou un négritudien ? » ?

    Comment les deux poèmes proposés peuvent-ils expliciter notre sujet ?

    Qu'est-ce qu'un africaniste ou un négritudien ?

    Eugène DERVAIN est-il un africaniste ou un négritudien au sens premier des termes ?

    Pour répondre aux différents problèmes spécifiques de notre sujet, nous nous sommes proposés de saisir le poète dans son propre discours à travers la théorie de l'énonciation, et sans oublier « la psychologie individuelle de l'auteur »13 à travers la psychocritique. Ces deux méthodes qui nous semblent fiables pour appréhender « la signification et l'articulation interne »14 des poèmes seront renforcées par une synthèse explicative. Pour mieux saisir donc ces méthodes à travers les deux poèmes susmentionnés nous verrons successivement l'image de soi de DERVAIN, la vision qu'a DERVAIN de l'Afrique, DERVAIN : un africaniste ou un négritudien ? Et la négritude de DERVAIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    10-                  Cf. note 8, p.3

    11             Idem

    12-            C..Andriot-Saillant, Lecture de la poésie sous forme d'esquisse

    12-                  Cf. note 8, p.3

    13-                  Idem

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PARTIE I : DERVAIN ET L'AFRIQUE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    •I-                 L'IMAGE DE SOI DE DERVAIN

     

     

     

    L'image de soi, c'est la projection que tout sujet parlant en situation de communication fait de lui dans son propre discours ; c'est une opinion qu'on bâtit sur soi- même dans son propre discours. Autrement dit, c'est l'inscription de tout usager de la langue dans son propre énoncé. Selon la thèse de Paul Grice, que cite le professeur Bohui Hilaire dans son cours, « un énoncé, dans certaines situations de discours peut transmettre infiniment plus d'informations au destinataire du message que son sens littéral ne le laisse penser »1 or la poésie est avant tout un énoncé adressé à une tierce personne. Pour saisir donc cette image de DERVAIN, nous allons identifier dans le corpus (les poèmes sur lesquels nous travaillons)2 les manifestations de l'inscription du poète dans son discours et puis analyser le corpus à travers eux pour montrer que le poète se voit comme un apatride et comme un africain.

     

    •1-     COMME UN APATRIDE

     

    Un apatride, pouvons-nous dire avec désinvolture, c'est un « sans patrie ». Un apatride est une personne qui n'a pas ou qui n'a plus de nationalité. Dire qu'Eugène DERVAIN est un apatride, c'est dire qu'il n'a pas de nationalité ou qu'il n'a plus de nationalité. Ce n'est pas nous qui le disons mais sa présence dans son énoncé nous le fait dire. En effet, le poète est présent dans les deux poèmes3 par les indices d'énonciation.

    Le poète, par l'emploi des indices de personne et de possession, s'implique dans son discours et se laisse saisir comme une personne qui n'a pas de patrie ou de nationalité. Il quitte tôt « la CARAIBE qui en silence prie »4 avec sa tante pour l'Afrique. Et là-bas, il sait qu'il est « étranger »5 et que l'Afrique est « une terre étrangère »6 à lui.

     

     

    1-          Pr. BOHUI Hilaire, cours sur le discours ; la pragmatique : une approche en analyse, dispensé aux étudiants de maîtrise à l'Université de Cocody, année 2009-2010.

    2-             Cf. note 9, p.3

    3-                    Idem

    4-             A MA TANTE QUI  DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 1965, vers 3, p.26 d'une vie lisse et cruelle

    5-             Idem

    6-             Ibidem

    Il dit « je suis né loin d'elle »7. Mais dans le deuxième poème8, Eugène DERVAIN reconnaît qu'il n'est « pas étranger »9.

    Nous sommes perplexes devant la confusion créée par Eugène DERVAIN. Cependant, le premier corpus10 est révélateur. Dans ce poème, DERVAIN n'est autre qu'une personne étrangère : « Personne n'a jamais dit que ce pays est nôtre »11. Le pronom possessif « nôtre » implique DERVAIN et sa tante, et dit que l'Afrique n'est pas la leur. Un peu plus loin, DERVAIN renie la couleur de sa peau : « Le hasard des courants a dilué ma peau »12, et accuse un certain « on » de l'avoir prêté « une couleur indécise ».13

    L'adjectif qualificatif « indécise » précise la subjectivité du poète. Il doute de sa race, de sa nationalité. Il est incertain. Ce « subjectivème »  trahit donc la personnalité et l'image du poète. Le même pronom impersonnel « on » est toujours au banc des accusés. C'est lui encore que le poète accuse pour justifier le fait qu'il n'a pas de nationalité : « quand on vous persuade que la race fait la nation »14. Si « la race fait la nation » comme il le dit, alors nous disons qu'il refuse sa nation  car le verbe « persuade » est le fait d'intimider, le fait d'essayer de convaincre, or Eugène DERVAIN n'est pas convaincu que «  la race fait la nation ». Le fait de renoncer à la race, à la couleur de sa peau implique le renoncement de la nation. Il renonce donc à la nationalité et devient du coup un apatride.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    7-             Cf. note 4, p.6

    8-             DUEKOUE, le deuxième poème de notre travail, extrait d'une vie lisse et cruelle, pp.31-32

    9-                    Idem, v.28, p.32

    10-            Cf. note 4 p.6

    11-            Idem

    12-            Ibidem

    13-            Cf. note 8

    14-            Idem

    2- COMME UN AFRICAIN

     

    Le poète, par sa présence dans les poèmes, a une image d'apatride. Cette image est très vite suppléée par une autre image de soi. Il se voit comme un africain. Est Africain, toute personne qui « est de l'Afrique »1, en d'autres termes qui appartient à l'Afrique. Et DERVAIN se dit appartenir ou être de l'Afrique :

     

    Lorsqu'à tous les instants chaque jour il me faut

    Fouiller dans ma mémoire et rappeler aux autres

    [...]

    [que l'Afrique est] ma patrie2

     

    Voici ce que dit Eugène DERVAIN de lui-même.

    Par l'emploi des adjectifs possessifs « mon », « ma », ... le poète s'attribue l'Afrique car « cette terre [lui est] chère »3. Il ne peut plus s'en passer. Il s'est trouvé une terre, une nation, et c'est l'Afrique. Ces adjectifs mettent en évidence une relation de réciprocité entre le poète et l'Afrique. Le poète dit être le possesseur de l'Afrique : « mon Afrique »4, et de l'Afrique être issu : « ma patrie »5. En effet, dans le mot « patrie », nous avons le mot « père » or le père est le géniteur. En d'autres mots, « patrie », dans son sens étymologique, signifie « pays du père »6. Acceptant alors ce sens premier du lexème « patrie », nous pouvons sans doute dire qu'Eugène DERVAIN, par « ma patrie », le pays de son père, dit appartenir à l'Afrique. Il est originaire de l'Afrique car l'Afrique est le pays de son père : « De me dire, mon Afrique, que tu es ma Patrie »7. Ce n'est pas surprenant de le voir dire dans DUEKOUE : « je ne suis pas étranger [...] »8.

     

     

     

    1-             Dictionnaire Universel de poche, Paris, Hachette, 1993, p.10

    2-             Cf. note 4, p.6, v. 21-23 et v. 32

    3-             Idem, v.28

    4-             Ibid, v.32

    5-             Ib

    6-             Dictionnaire pratique du français, Paris, Hachette, 1987, p.801

    7-             Cf. note 2

    8-             Cf. note 8, p.7

    Eugène DERVAIN peut se dire africain, et nous aussi, nous pouvons le dire sans faux-fuyants car les éléments de la métalinguistique qui parsèment les deux corpus9 prouvent qu'il est de l'Afrique : « le niger, ébriés, GRAND BASSAM, COCODY, ANOUMABO, BLOKOSS, FANTI, BETE, GUERE, NIABOUA, SENOUFO, les tambours, laghia (A MA TANTE QUI DECOUVRIS l'AFRIQUE EN 1965), DUEKOUE, tambour (DUEKOUE) ». Dans son discours, il ne se cache pas, il est africain et fier de l'être. Et l'Afrique, il la connaît car il est de l'Afrique, et l'Afrique est son continent.

     

     

    DERVAIN, croyant se cacher derrière le discours poétique10, a laissé des indices d'énonciation mettent à nu son image de soi. Il s'est d'abord défini comme un apatride avant de confirmer son statut d'Africain. Acceptant donc qu'il soit un africain, il aura une vision de l'Afrique.

     

     

     

     

     

    II-         LA VISION DE L'AFRIQUE PAR DERVAIN

     

    Nous ne saurons appréhender la vision du poète sans nous proposer une méthode d'approche. Pour mieux élucider cette vision, nous avons pris un certain parti qui «  veut que l'œuvre s'explique seulement par la psychologie individuelle de l'auteur »11. Il nous faut donc « procéder à la psychanalyse effective de l'auteur [...] »12. Et c'est à Mauron que revient le mérite d'avoir élaboré une méthode d'approche appelée psychocritique13.

     

     

     

     

    9-             Cf. note 8, p.7

    10-            Pour ne pas susciter une confusion, du discours poétique, nous retenons que le langage de la poésie.

    11-            Cf. note 8, p.3, il note la difficulté de cette méthode est qu'on rencontre.

    12-            Mauron (Charles), Des métaphores obsédantes aux mythes personnels, Paris, José Corti, 1978.

    13-                  Idem

    Cette méthode permet de mettre à nu la personnalité profonde de l'auteur, en d'autres termes l'état d'âme d'Eugène DERVAIN. A travers les mots, les expressions, les images qui reviennent de manière consciente ou inconsciente sous la plume du poète que Mauron appelle « métaphores obsédantes »14, nous allons montrer que l'Afrique pour DERVAIN est une quête identitaire et aussi une patrie.

     

    •1-     L'AFRIQUE, UNE QUETE D'IDENTITE

     

    Dans la carte d'identité15, Jean Marie ADIAFFI soutient, par le personnage Mélédouman, que l'identité d'une personne, c'est d'abord avoir un nom, puis une terre et enfin un peuple. C'est aussi la conception de l'identité chez l'africain. Partant de ce principe, nous pouvons dire de l'identité que c'est l'acceptation de l'être en tant que tel, et Eugène Dervain est à la recherche de cette terre, de ce peuple pour établir son identité. Il en est obsédé.

    Dans le corpus16, le mot « terre » est occurrent et laisse sans doute dire que le poète est obsédé de posséder une terre. Nous avons dans A MA TANTE QUI DECOUVRIS L'AFRIQUE EN 196517 « la terre (v.26), cette terre (v.28) » et dans DUEKOUE18 « terre amoureuse (v.6), voici la terre (v.14) ». Il a besoin d'une terre pour être chez lui pour ne pas qu'on dise de lui qu'il est « un étranger »19. Ce n'est pas seulement le mot « terre » qui forme la métaphore obsédante de DERVAIN. Il y a aussi « la forêt, la savane, la mer, plante, la floraison, des feuilles d'herbe, la montagne... ». Ces mots utilisés, épars, par le poète révèlent un cadre, un environnement, un lieu, un espace géographique qu'il se crée dans son esprit, dans sa conscience, et où il fait bon vive : « la douceur, sa fraîcheur, fécondité, féconditer ».

    Nous voyons un poète qui, des éléments communs et connus, et propres à la nature, crée son univers pour s'établir et s'installer. Il est aussi angoissé par la couleur de sa peau.

     

     

     

    14-            Pr. Jean Marie KOUAKOU, cours sur la méthodologie critique : la psychocritique, présenté par Dr. Vahi Y. aux étudiants de Licence de Lettres Modernes à l'Université de Cocody/ Abidjan.

    15-            Jean Marie ADIAFFI, La carte d'identité, Abidjan, CEDA, 1980, pp.28-29

    16-            Cf. note 9, p3

    17-            Cf. note 4, p.6

    18-            Cf. note 8, p.7

    19-            Idem

    Il refuse le fait d'être ce qu'il n'est pas. Il refuse d'être ce que la couleur de la peau lui impose. Il y a un refoulement20 total de son être et de sa chair. Un refus total de l'acceptation de la couleur de sa peau. Ce refus, ce refoulement assez constant dans l'inconscient du poète fait jaillir la personnalité du poète. Pour lui, la couleur de sa peau a été diluée : « Le hasard des courants a dilué ma peau »21 ou c'est « une couleur indécise » et prêtée22. Dans son subconscient, son inconscient, il refuse le principe que « la race fait nation »22. Son refus d'être identifié par la couleur de sa peau ou par la race l'amène à affirmer une identité qui lui est propre mais encore ambiguë.

    Il semble épouser l'Afrique car « cette terre [d'Afrique lui] est chère [et cette terre ne lui est pas] étrangère »23. Il se reconnaît en Afrique, il saisit son être en Afrique car « les tambours par ici ne battent pas laghia »24 et « le son de [son] tambour [est] comme le son [de l'Afrique] »25. « Les siècles ont passé sur mon esclavage »26, un souvenir de l'histoire de l'Afrique, et ce souvenir parsème les poèmes : « le souvenir, mon souvenir, ma mémoire, mon rêve ». Ce qui renvoie à son enfance. Une enfance traumatisée du fait qu'il n'est ni blanc ni noir. C'est ce fait qui l'amène à chercher une identité en l'Afrique. Eugène DERVAIN est en quête perpétuelle identitaire. La quête d'identité est donc son mythe personnel27. Savons-nous qu'il saisit son être en Afrique, alors que sera l'Afrique pour lui ?

     

     

    2- L'AFRIQUE, UNE PATRIE

     

    Dire non à la race qui fait nation, Eugène DERVAIN doit trouver un idéal, un cadre pour se réaliser. Et ce cadre, c'est l'Afrique. Il semble trouvé en Afrique son identité car il est baigné dans la pure perfection de l'Afrique28 :

     

     

     

    20-            Thierry Bonfanti, Michel Lobrot, la psychanalyse, Paris, Hachette, 1995-1999

    21-            Cf.note 4, p.6

    22-            Cf. note 8, p.7

    23-            Cf. note 4, p.6

    24-            Idem

    25-            Cf. note 8, p.7

    26-            Idem

    27-            Cf. note 12, p.9

    28-            Cf. note 8, p.7

    J'avais rêve de baigner mon rêve dans la pure perfection de

    ton corps Afrique.

    Et son Afrique à lui, c'est « GRAND BASSAM, COCODY, ANOUMABO, BLOKOSS »29 et « DUEKOUE »30. C'est l'Afrique des « semailles [et des] moissons »31. C'est l'Afrique où « un rendez-vous d'amour  est toujours un printemps »32. C'est l'Afrique où les peuples tels que « FANTI, BETE, GUERE, NIABOUA, SENOUFO » l'ont accepté. C'est l'Afrique, en général, et la Côte d'Ivoire, en particulier. Le continent africain trouble la conscience du poète et submerge à la surface de son inconscient : « mon Afrique, AFRIQUE, Ton corps AFRIQUE ». Au fur et à mesure que le poète progresse, l'écriture du mot « Afrique » change de Caractère scriptural. Ce qui révèle l'importance que ce dernier accorde à l'Afrique. Aux yeux du poète, l'Afrique a une grandeur, et elle est importante. C'est cette Afrique que « le poète [...] entend demeurer fidèle »33. L'Afrique, c'est celle qui a dit au poète tu n'es pas « étranger » mais frère, fils car c'est « [ton] Afrique », et lui de lui répondre « [...] tu es ma patrie ».

    L'obsession d'appartenir à l'Afrique est tellement grande qu'il se contente de dire « tant pis s'il faut t'aimer silencieusement ». Non seulement le mot « Afrique » revient plusieurs fois dans le corpus mais aussi les mots tels que « la ville, ce pays, nation, ma patrie » coulent sur la plume du poète. Sa soif de trouver une identité est satisfaite. Il a enfin trouvé son identité, l'identité dans la conception africaine, « [...] Puisque tout ici [l'] appartient et atteste ce qu' [il est, qu'il est] »34.

     

     

    DERVAIN, sans se rendre compte qu'il est à la quête perpétuelle d'une identité, va soulager son manque par une identité qu'il s'impose lui-même ; celle de l'Afrique. S'attribuer une identité africaine n'est-il pas se considérer comme un connaisseur de l'Afrique ou comme un défenseur des valeurs africaines ?

     

     

     

    29-            Cf. note 4, p. 6

    30-            Cf. note 8, p.7

    31-            Idem

    32-            Cf. note 4, p. 6

    33--                 Cf. note 8, p.3

    34-            Cf. note 4, p. 6

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PARTIE II : DERVAIN ET LA NEGRITUDE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    •I-                      DERVAIN : AFRICANISTE OU NEGRITUDIEN ?

     

     

     

    Nous touchons ici le but de notre mémoire1, celui de montrer qu'Eugène DERVAIN est soit un africaniste soit un négritudien. Cependant, il n'est pas question d'appliquer une méthode critique quelconque pour appréhender le sujet2. Nous avons déjà fait appel à deux méthodes critiques3. Cette dernière partie est une sorte de synthèse que nous avons appelée « synthèse explicative ». Synthèse explicative, parce qu'il est question de dire ce que nous avons retenu de la première partie ; parce qu'il est question aussi d'expliquer les poèmes par une sorte de lecture méthodique4. C'est pour toutes ces raisons que nous avons optées pour cette démarche un peu personnelle. Dans cette démarche, nous verrons successivement DERVAIN en tant qu'africaniste, et DERVAIN en tant que négritudien et la négritude de DERVAIN.

     

     

    •1-          DERVAIN, UN AFRICANISTE

     

    Un africaniste est un « spécialiste des langues et civilisations africaines »5. Pour étendre cette définition du dictionnaire, nous pouvons dire qu'africaniste est une personne qui s'intéresse à l'Afrique parce que son histoire, son origine est l'Afrique. C'est aussi un écrivain latin ou européen originaire de l'Afrique.

    Partant donc de cette définition, nous voyons Eugène DERVAIN en tant qu'un africaniste au sens premier du terme. En effet, dans ses poèmes, il se présente comme un africain6 car il dit appartenir à l'Afrique. L'Afrique, il la connaît, avons-nous dit. « Conscient d'être un individu hybride, étranger à lui-même comme à ses frères de race »8, Eugène DERVAIN

     

     

    1-             Allusion au thème de notre mini mémoire : Eugène Dervain, un africaniste ou un négritudien ?

    2-             Allusion au titre du grand I de la deuxième partie.

    3-                    Allusion aux méthodes utilisées dans la première partie de notre travail.

    4-             Il n'est pas question d'appliquer concrètement la lecture méthodique.

    5-             Petit Robert, 1972

    6-             Voir l'image de soi : comme un africain, pp. 8-9

    7-          Idem.

    8-          Jacques Chevrier, la littérature nègre, Armand Colin/Nouvelles Editions Africaines

    renonce à la couleur de sa peau parce qu'il n'est pas ce qu'il est, c'est-à-dire hybride ;

    parce que la couleur de sa peau est une couleur de circonstance; parce que dans ses veines coule le sang africain ; parce que la couleur de sa peau est le fruit de l'esclavage10.

    Les siècles ont passé sur mon esclavage

    au bout desquels on m'a fait ce prêt d'une couleur indécise

    quand on vous persuade que la race fait nation

     

    Dervain est un spécialiste des langues africaines car il parle bien « FANTI, BETE, GUERE, NIABOUA, SENOUFO »11 et des civilisations africaines car il sait qu'à DUEKOUE « [...] l'homme plante et ne tue pas l'épervier »12. Pour s'intéresser à l'Afrique, il faut, comme le dit Alain Ricard, commencer par apprendre une langue africaine13. Et c'est ce qu'a fait Eugène DERVAIN, lorsqu'il cite les langues parlées en Afrique voire en Côte d'Ivoire dans ses poèmes. Il découvre l'Afrique en même temps que sa tante, et l'épouse comme sa patrie car il était en quête perpétuelle d'une identité, et voila qu'il la découvre au cœur de l'Afrique, surtout de la Côte d'Ivoire. Il s'est profondément enraciné dans le continent africain qu'il laisse « l'Afrique [palpiter] au cœur de ses préoccupations »14. En le lisant de près, on verra qu'il se dit plus africain que les africains eux-mêmes :

    De me dire, mon Afrique, que tu es ma patrie15

    [et que]

    Je ne suis pas étranger à l'enivrement de ce matin.16

    Car il est fier d'être un africain, et il s'enorgueillit que l'Afrique soit sa patrie. L'africanisme d'Eugène DERVAIN a un nom, c'est « l'ivoirianisme » ou « l'ivoirisme ». C'est-à-dire propre à la Côte d'Ivoire. S'approprier l'Afrique n'est-elle pas une manière de proclamer sa négritude ?

     

     

    9-             Allusion à un poème de Bernard DADIE.

    10-            Cf. note 8 p7

    11-            Cf. note 4 p.6

    12-            Cf. note 8 p7

    13-            Alain RICARD, De l'africanisme aux études africaines. Textes et « humanités ».

    14-            Voir la note de F.X. Cuche à la deuxième page de couverture de UNE VIE LISSE ET CRUELLE.

    15-            Cf. note 4 p.6

    16-            Cf. note 8 p7

     

    •2-    DERVAIN, UN NEGRITUDIEN

     

    Le concept de la négritude est « un champ de possibilités interprétatives »17, c'est-à-dire ce terme est ouvert à toutes sortes d'interprétations, et les encres des critiques ne cessent de couler. Pour cela, il est préférable de connaître la définition que lui accordent ses concepteurs. Césaire la définit ainsi18 :

    La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir et l'acceptation de ce fait , de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture.

    Et Senghor l'explique en ces termes19 :

    La  Négritude, c'est l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telle qu'elles s'expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c'est là une réalité : un nœud de r&e


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  • Lettre ouverte aux enseignants

     

    L'ivoirien de demain

     

    « Qui sème le vent récolte la tempête », ce simple dicton a une grande signification dans les mœurs en Côte d'Ivoire. Les semeurs, les bâtisseurs ivoiriens ont assez semé le vent, et que la récolte de cette semence sera une tempête terrifiante pour son avenir. En lisant le journal Gbich du vendredi 18 septembre 2009 n° 517 dont le titre est : « Ivoirien a diplômes mais il parle maaal !!! », une question m'est venue : A qui la faute ? C'est le fruit de l'enseignement dispensé dans nos écoles et universités ; c'est la récolte de ce qu'on a semé. L'éducation de l'éthique en Côte d'Ivoire est une maladie qui ronge la conscience de l'ivoirien d'aujourd'hui à telle enseigne qu'il est passé en année supérieure de la tricherie, du désordre, du discourtois, de l'insolence et de l'immoralité avec mention excellente. On a aucun respect envers les personnes... les cancres gouvernent et les Mozart subissent...la loi du « ça ne fait rien » ou du « c'est comme ça » sévit. A qui la faute ? Sans porter de masque, ma réponse va à l'égard des enseignants, du primaire au supérieur, qui se croient les dieux de la connaissance totale en ignorant  « qui sème le vent récolte la tempête ».

    C'est à vous, mes chers et illustres détenteurs de la connaissance totale que ma plume offusquée s'adresse aujourd'hui. Bientôt, vous allez régner en maître absolu dans les salles de classe mais avant cette rentrée triomphale de Jérusalem que vous allez faire, il est temps pour vous de faire votre test de conscience professionnelle et de l'éthique. Rappelez-vous que Socrate, ce philosophe grec, disait à ses disciples que lui « Socrate est mortel » du fait qu'il est un homme car tous les hommes sont appelés à mourir. Pour cette raison, tout homme est censé assurer le relais pour la continuité des activités, et nul n'est censé ignorer cela. Et vous ! Que faites vous pour votre relais ? En dilapidant les cours ; en rentrant en grève toute l'année, en vendant les notes, les moyennes, les diplômes (l'ivoirien a diplômes mais il parle maaal !!!) ; en préférant sacrifier les apprenants pour  les courses personnelles...Voici comment vous préparez vos relais en sortant avec vos disciples (l'affaire Djibril Razak à Fresco)...immoral et immature à votre égard ! Rappelez-vous qu' « on récolte ce qu'on a semé »...Vos semences sont aujourd'hui les futurs cadres de la Côte d'Ivoire qui derrière le bureau vous rendent la monnaie par un accueil discourtois et immoral ; vos semences sont aujourd'hui les enseignants que vous avez formés avec les leçons d'immoralités et de grévistes, et qui vont enseigner vos enfants et vos petits enfants ; vos semences sont aujourd'hui  les forces armées( les policiers, les gendarmes...) qui vous rackettent sur les routes ; vos semences sont aujourd'hui les enfants que vous appelez  délinquants qui vous agressent toutes les nuits...c'est ça la routine !

    « Chacun à son tour chez le coiffeur Mamadou » chantait-on lorsqu'on était encore petit, aujourd'hui, cela est vérifié dans toutes les activités, dans tous les milieux voire dans toutes les différentes couches sociales parce que mes chers et illustres détenteurs du savoir ont sacrifié l'école, l'intérêt de la nation pour l'intérêt personnel ; parce qu'ils ont oublié que leurs propres enfants sont les enfants de la Côte d'Ivoire qui seront, un jour, eux aussi enseignés par les personnes amenées dans « les champs avides de boucherie »...« Qui sème le vent, récolte la tempête ! »,  ou « on récolte ce qu'on a semé ! »,  mieux «  chacun a son tour chez le coiffeur Mamadou ! » ... méditons tous ensemble !

                Mes chers et illustres  maîtres, par vous doit naître L'Ivoirien de demain, La Côte d'Ivoire de nos rêves...Le monde de demain, c'est la compétition intellectuelle...et la Côte d'Ivoire a besoin de vous... !

     Didier placide

    Ahemfié Kasa Ba, l'enfant de la parole royale


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