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    UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT BOIGNY

    U.F.R LANGUES, LITTÉRATURES ET CIVILISATION

    Département de Lettres Modernes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
       

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

    Présenté par :                                                                                  Chargé du cours :

    BOUATENIN Adou Valery Didier Placide                                 Professeur Adama

                                                                                                              COULIBALY,

                                                                                                               Maître de Conférence

                                                                          

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Année universitaire

    2012-2013

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     LES ASPECTS CARNAVALESQUES DANS LE ROMAN DE PAULINE DE CALIXTHE BEYALA

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT BOIGNY

    U.F.R LANGUES, LITTÉRATURES ET CIVILISATION

    Département de Lettres Modernes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
       

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

    Présenté par :                                                                                  Chargé du cours :

    BOUATENIN Adou Valery Didier Placide                                 Professeur Adama

                                                                                                             COULIBALY,

                                                                               Maître de Conférence

                                                                          

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Année universitaire

    2012-2013

    SOMMAIRE

     

     

     

     

    Introduction                                                                                                             pp.3-4

     

     

     

    I-                  Le roman de pauline et l’inversion des valeurs                                            pp.5-9

     

     

     

    II-               Le roman de pauline et la vulgarité des propos                                            pp.10-13

     

     

     

    III-            Le roman de pauline et l’humour                                                                 pp.14-17

     

     

     

    Conclusion                                                                                                               p.18

     

     

     

    Bibliographie                                                                                                            pp.19-20

     

     

     

    Table des matières                                                                                                    p.21

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION

     

     

                Le Roman de Pauline est le dernier livre de Calixthe Beyala. Ce livre raconte la vie de Pauline, une adolescente métisse élevée à Pantin, en banlieue parisienne. C’est une sorte d’autobiographie, car c’est Pauline qui raconte sa vie dans un langage vulgaire et sans tabou. C’est une fille hors convenance sociale et morale.

    « Le Roman de Pauline est un roman inclassable : ni un roman d’apprentissage, ni un roman d’amour, ni un roman sur les relations mères-filles et sans doute un peu les trois à la fois. », nous dit Nadège Badina en présentant le livre de Calixthe Beyala sur evene.fr[1]. Paru aux Éditions Albin Michel en 2009 en livre de poche,  Le Roman de Pauline  « aborde un thème quasi inédit dans la littérature française, celui de l’adolescente de la jeunesse noire de banlieue […] », enchérit Paul Yange sur Grioo.com[2]. Toute les critiques portées sur Le Roman de Pauline dès sa parution sont excellentes, et nous disent que Calixthe Beyala adopte « un style baroque d’intuitions tranchantes, balayé de ses éclairs de lumière qui tombent de la boule d’ambiance. » (Claude Imbert,  Le Point)[3]. Notre lecture de cette œuvre nous fait dire que le style de Calixthe Beyala est plutôt carnavalesque. Il s’agira donc pour nous de montrer que  Le Roman de Pauline est un roman carnavalesque. Qu’est-ce que le carnavalesque ? Quels sont les aspects carnavalesques d’une œuvre romanesque ?

    « Le carnavalesque que procédé littéraire bien connu et pourtant difficile à définir à. Dans son acceptation littéraire la plus courante, le carnavalesque désigne une inversion temporaire des hiérarchies et, par conséquence des valeurs »[4]. Nous devons la théorie de la carnavalisation à Mikhaïl Bakhtine. En effet, cette théorie prend naissance, à vrai dire, dans Problèmes de la poétique de Dostoïevski en 1970 mais se théorise dans le même année avec L’œuvre de Français Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance. Pour Bakhtine, la carnavalisation se repose sur le grotesque, l’humour, la grossièreté car « le langage carnavalesque regorge d’injures et de grossièreté. [Et] chacun doit pouvoir s’exprimer, peu importe son statut ou sa capacité à parler le français officiel. »[5]. Cette théorie, surtout les œuvres de Mikhaïl Bakhtine, est vulgarisée par Julia Kristeva en Europe (en France). Et de ce fait, elle deviendra une théorie incontournable dans l’approche critique du roman, et sans doute du théâtre.

    En littérature, le carnavalesque implique un renversement ludique et délirant des hiérarchies de valeurs, grâce notamment à l’emploi d’un comique corrosif, vulgaire et grotesque. Pour appréhender le carnavalesque, notre choix est porté sur Le Roman de Pauline de Calixte Beyala, car après lecture, nous avons constaté « que Calixthe Beyala restitue avec humour, tendresse et liberté »[6] l’itinéraire de Pauline, tenant des propos grossiers dans un langage familier choquant parfois les valeurs morales et sociales. Sous la langue de Pauline et ses amis, les mots sont dénudés ; les adultes censés inculquer les bonnes manières aux adolescents sont ceux qui « foutent la merde ». C’est donc le désordre à Pantin (Banlieue parisienne, et non une personne influençable et versatile).

    De ce fait, pouvons-nous confirmer que Le Roman de Pauline relève-t-elle du carnavalesque ? Si tel est le cas, quels sont les aspects carnavalesques propres à Le Roman de Pauline de Calixthe Beyala ?

    Y répondre revient à relever dans l’œuvre les éléments qui justifient le caractère carnavalesque de Le Roman de Pauline. Ce qui nous amène à mettre en évidence le caractère inversif des valeurs, le caractère vulgaire des propos tenus, et le caractère humoristique. Ces éléments susmentionnés constitueront les différents axes de notre analyse.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    I-                 LE ROMAN DE PAULINE ET L’INVERSION DES VALEURS

     

     

                À Pantin, « [la population est convaincue] que tout le monde doit se plier à [leurs] désirs, parce que la société a été injuste avec [leurs] parents et que ce n’est que justice si [elle bafoue] les règles et [emmerde] tout le monde. (Elle nique tout, crache sur tout], et c’est normal parce qu’[elle est] de la banlieue » (Le Roman de Pauline, p.174)[7]. Voici planter le décor dans lequel baigne Le Roman de Pauline. Nous constatons qu’à Pantin, c’est un monde en dessous et en dessus ; pas de règles de conduite, c’est la bassesse, aucune avaleur en est respectée, chacun fait ce qui lui semble bon, et personne n’ose en parler. C’est vrai qu’ à Pantin il « est plus facile de gifler une nana que de lui dire je t’aime, plus facile de la violer que de lui dire je t’aime, plus facile d’aller lui cueillir des étoiles que de lui dire je t’aime » (p.26), plus facile de braquer une banque sans être dénoncé que de «griller les feux tricolores". L’on ne sait pas si à Pantin, « …c’est l’œil qui prend la décision de capter telle image ou telle image ou bien  […] c’est le cerveau en quête d’excitation nerveuse qui lui en intime l’ordre » (p.149), parce que les Pantinois agissent comme si rien n’était ; comme leur quotidien est le plus normal ; car ce qui est normal à Pantin, c’est ce qui est contre la morale et la société. Pantin est un monde en envers.

     

    1-     L’inversion des valeurs morales

     

     

                Lorsque nous parlons des valeurs morales, nous faisons allusion au bon sens, à la conduite, à ce qui normal. Ce qui est normal, c’est que les adultes sont censés donner des conseils à leurs enfants ; ce qui est normal, c’est que « l’obéissance aux lois est liberté »[8]. À Pantin les adultes ont des relations sexuelles avec les jeunes ; l’on fait l’amour où l’on veut pourvu qu’on se satisfasse. C’est la bassesse morale, la déchéance totale de l’éthique à Pantin. Dans les rues, les adultes n’ont pas honte de se promener bras en dessous et en dessus avec les jeunes filles.

          Une jeune fille entalonnée déambule au côté d’un grand roux barbu. « Merde ma femme », chuchote-t-il en s’écartant de la jeune fille qui s’éloigne en riant. (p.113)

    C’est aussi avoir des relations sexuelles avec l’amie de son fils. C’est l’exemple de Pégase ; il a eu des rapports sexuels avec Pauline, sache bien qu’elle est la petite amie de son fils Nicolas.

          Mon propre père baise ma copine […]

    T’as aucun conseil à me donner après ce que tu viens de faire. (p.172)

    On ne comprend pas l’attitude des adultes ; pour le comprendre, il faut se situer dans un carnaval. C’est dans un carnaval qu’on agisse de la sorte parce que « tous les éléments étaient considérés comme égaux, [il] régnait une forme particulière de contacts libres, familiers entre des individus séparés dans la vie normale par des barrières infranchissables que constituaient leur condition, leur fortune, leur emploi, leur emploi, leur âge et leur situation de famille. »[9]

    Pégase, « ce vieillard de seize ans », l’aîné de Pauline, dit à cette dernière qu’elle soit sa maîtresse, ne sait pas qu’il est irresponsable, mais s’agissant de « servir un gin tonic » (p.166) à Pauline, il sait qu’il est responsable, et qu’  « il y a des domaines dans lesquels une fille de quinze ans reste quand même une enfant » (p.167). L’attitude antithétique de Pégase est en deçà de la morale. Un moment l’on se libère des principes moraux pour se situer à la bassesse de la morale ; un moment l’on inverse temporairement les valeurs morales pour « la bêtise humaine.»[10] Ceci est le propre de la carnavalisation littéraire.

          Dans son acceptation littéraire la plus courante, le carnavalesque désigne une inversion temporaire des hiérarchies et, par conséquence des valeurs.[11]

    C’est cette inversion temporaire des valeurs, peut-être, qui fait que Pauline, consciente de ce qu’elle fait, se déshabille et se laisse « baiser » par Pégase.

          Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à enlever, que nous soyons aussi nus que les paumes de nos mains, un homme et une femme, le mâle quelque peu vieillot et la femelle un brin encore immature dans sa constitution. […] Mon désir pour lui est aussi limpide que les raisons pour lesquelles j’ai  aimé son fils sont obscures. […] Je flotte hors du temps, me libère de la peur, de l’angoisse. Je ne veux pas revenir à la réalité de cet univers froid où mon avenir est si incertain, si grelottant. (p.114)

    De cet extrait, nous constatons que Pauline quitte la réalité, laisse le bon sens pour se satisfaire. Elle laisse donc la vie réelle avec ses barrières morales pour « la seconde vie ». « Dans le silence de la chambre » de Pégase, les lois morales sont abolies, Pauline et Pégase peuvent ‘se dépouiller de tous les artifices que la société [leur] impose pour définir l’égal de l’autre. »[12] Nous pensons que ces quelques exemples pris ici et là suffisent pour mettre en évidence les tensions des individus avec leur sentiment, leur moral. Les personnages de Le Roman de Pauline agissent comme s’ils étaient dans un carnaval (p.171), comme dans une « fête foraine » (p.76 et 131) ; en plus à Pantin, l’on hait la vertu et les personnes vertueuses, tel le cas de Lou, méprisée par ses camarades de classe (p.30).

          S’il est une chose au monde qui a un pouvoir destructeur potentiellement supérieur au vice, c’est bien la vertu. (p.29)

    De cet extrait, nous apprenons que pour vivre heureux et sans problème à Pantin, c’est être en marge de la société, de la morale, de la vertu… C’est donc se comporter bizarrement, car la vertu est signe de folie à Pantin.

          Je n’ai pas envie de lui expliquer qu’il y a en banlieue une manière de se comporter et de parler qui donne son sens à la couleur de sa peau, à sa condition sociale… (p.30)

    Nous concluons cette sous partie avec cet extrait pour aborder l’autre sous partie qui est l’inversion des valeurs sociales.

     

    2-    L’inversion des valeurs sociales

     

     

                La société perd ses repères, les enfants tiennent tête à leurs parents : « Mais la prochaine fois qu’il te prendra l’envie de me frapper, je ne te laisserai peut-être pas faire » (p.54) ; ainsi va la vie à Pantin. Une société en désordre ; une société ou la politesse est le dernier souci de la jeunesse : « Les jeunes d’aujourd’hui ne respectent plus personnes. T’as vu, Pauline, ce gamin m’a bousculée pour passer. » (p.150) Voici la trame de cette sous partie : l’irrespect des valeurs sociales. L’inversion des valeurs sociales consiste à bafouer les règles sociales pour se fixer ses propres règles. À Pantin, on se permet de tout faire ; c’est la liberté exagérée comme dans un carnaval. Et cette liberté exagérée est mise en évidence par Pauline. En classe, elle se maquille croyant sans doute être chez elle, à la maison.

    -          Pauline, hurle M. Denisot, nous ne sommes pas dans un salon de beauté. Si vous voulez vous maquiller, vous n’avez qu’à sortir.

    -          Mes lèvres sont desséchés, alors…. (p.33)

    De cet extrait, nous voyons  que chez Pauline, il n’y a pas de limites. C’est donc tout à fait normal ou naturel qu’elle se repeint les lèvres, parce qu’elles sont desséchées. En plus, elle conteste M. Denisot lorsqu’il lui dit de sortir. Pour elle, cela est injuste car elle n’a rien fait de grave, selon elle, qui mérite d’être au dehors.

    -          Moi ? Pourquoi moi ? J’ai pas dit un seul mot depuis que nous sommes entrés. Alors que les autres n’arrêtent pas de foutre le bordel. Vous ne m’aimez pas , n’est-ce pas ? (p.33)

    Elle a trouvé le prétexte pour culpabiliser M. Denisot : « Vous ne m’aimez pas, n’est-ce pas ? » ; ce qui sous-entend que M. Denisot est un raciste, parce qu’elle est noire. C’est un coup de théâtre, l’astuce magistral ; elle renverse les données pour que cela soit de sa faveur ; le scenario classique, elle, une bonne fille, juste, et M. Denisot, injuste, mauvais, raciste. Finalement, elle reste en classe. Ceci n’est pas notre affaire, ce qui nous intéresse et le fait qu’elle se maquille en classe. La classe n’est pas le lieu pour se maquiller, le faire donc c’est inverser les valeurs de la société, car une société civilisée veut que la classe soit faite pour les études, et que la maison ou le salon de coiffure soit pour le maquillage.

    Nous avons dit, ce qui est anormal est normal à Pantin. En effet le fait de voler est normal puisqu’on ne dénonce pas le voleur. Cependant, il y a des limites qu’il ne faut pas franchir. On ne vole pas les habitants de Pantin lorsque on est à Pantin, mais lorsque on le fait, on n’est pas dénoncé : « on ne fait pas ce genre de coup aux habitants du quartier » (p.66) tout le monde savait que le voleur de mademoiselle Mathilde était Moussa, que les braqueurs de la banque étaient Fabien et Nicolas, mais personne n’osait dénoncer les truands, les voleurs, parce que c’est normal de voleur. Pauline reçoit une gifle de Nicolas, parce qu’elle s’est mêlée dans les affaires de mecs en prenant la clé à Moussa pour la remettre à mademoiselle Mathilde.

    De ces quelques exemples nous pouvons ajouter l’attitude de Lou qui trouve que sa mère « l’éduque bizarrement » alors que cette dernière pense lui apprendre « les bonnes manières » (p.96). Elle a « ras le bol d’être toujours à la maison » (p.132) pour être une « bibliothèque » (p.21). L’inversion des valeurs morales, c’est aussi des gosses qui fument, qui se droguent (p.24), des jeunes filles qui acceptent d’être "baisées" « en échange de quelques euros qu’Ousmane, le propriétaire du Sanctuaire, encaisse » (p.131). Vraiment le renversement des valeurs sociales peut nous amener à nous demander « c’est carnaval aujourd’hui ? » (p.132) En effet, « le renversement des valeurs s’opère ici en ce qui a trait à la différence entre le bien et le mal, par rapport à ce qu’on considère comme étant bon ou mauvais »[13], et les personnages de Le Roman de Pauline bousculent tout ou renversent tout tant dans leur vie vécue que dans leur idéologie du quotidien. Ces différents aspects font de l’œuvre une œuvre carnavalesque. Ce caractère carnavalesque de Le Roman de Pauline est le fait que « …presque toutes les scènes et les événements de la vie réelle, représentés le plus souvent de manière naturaliste, [laissent] entrevoir la place de carnaval.»[14] De ce fait, sans transition, nous abordons la vulgarité des propos des personnages.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    II-             LE ROMAN DE PAULINE ET LA VULGARITÉ DES PROPOS

     

     

                Dans Le Roman de Pauline, il est impossible de ne pas remarquer la brutalité et la cruauté qui caractérisent tous les gestes et les paroles des personnages. En effet, les personnages, tous et sans exception, s’expriment grossièrement et dans un langage familier, voire parfois, tenant des propos injurieux. Les propos vulgaires tenus par les personnages ont le trait d’une langue carnavalesque, car «  la langue carnavalesque regorge d’injures et grossièretés. »[15] Les personnages s’expriment librement, affirment ce qu’ils pensent sans gêne, car avec la langue carnavalesque « chacun doit pouvoir s’exprimer, peu importe son statut ou sa capacité à parler le français officiel.»[16] Sans s’attarder sur les spéculations dénudées de sens, revenons sur l’œuvre de Calixthe Beyala pour appréhender mieux la vulgarité des propos. Nous le saisirons à travers l’emploi de la langue familière, et des injures grossières.

     

    1-     L’emploi de la langue familière

     

     

                « Que c’est joli ça, " enquiquiner", ai-je pensé. C’est vraiment chou comme tout. "Enquiquiner". Il faudrait que j’utilise ce mot. " Faire chier" est vulgaire, grossier, ça fait langage de rue, mais "enquiquiner" est imagé, distingué, élégant, on se croirait dans un téléfilm en costume. » (p.31), affirme Pauline qui ne sait pas que « faire chier » et «  enquiquiner » sont du même registre langagier : le registre familier, la langue de la rue, le « langage si familier de la rue » (p.141). En effet, les personnages emploient des mots usités voire familiers qui désacralisent leur statut (p.141), car « ce qui compte, c’est la libre circulation des paroles et des idées »[17] pour se faire comprendre. En parcourant l’œuvre, Le Roman de Pauline, l’on rencontrera au cours de sa lecture des mots tels « chier » (p.31), « mauviette » (p.24), « gonzesse » (p.34), « bordel » (p.55), « taule » (p.59), « trouillarde » (p.59), « mon pote » (p.100), « fric » (p.117), « sales cons ! » (p.141), « cafarder, petite conne, pute » (p.143) etc. ; et des phrases de type « j’ai besoin de repas, vu ? » (p.9), « […] des hommes qui bouffaient son salaire » (p.10), « j’ai envie de faire pipi » (p.40), « ne me dis pas que tu en pinces encore pour Nicolas, parce qu’il kiffe pas mal Adélaïde… » (p.89), « j’ai petit déj… » (p.89), etc. Ce type de langage est pour les jeunes, les adolescents, et les adultes sont obligés de parler comme eux pour se faire comprendre, tel est le cas de mademoiselle Mathilde (p.174). Souvent, par moment donné, l’on corrige les propos tenus par les jeunes.

    -          No, madame, l’école me faisait chier

    -          On dit « l’école m’ennuyait », m’interrompt-elle. « Chier » est un mot vulgaire, surtout venant de la bouche d’une aussi jolie fille que toi. (p.94)

    Ou

    -          Dites toujours.

    -          On dit « je vous écoute, madame. »

    -          D’accord, madame. Je vous écoute, madame

    -          Bien Pauline. (p152)

    Dans ces deux extraits, nous voyons que l’interlocuteur de Pauline essaie de la ramener à la norme langagière ; et ces passages sont les seuls dans l’œuvre où l’on trouve que la langue est réhabilitée par les interlocuteurs. Vu l’espace entre ces deux passages et leur brièveté, l’on suppose que la langue de rue engloutit ou submerge la langue soutenue ou la langue courante.

    L’emploi de la langue familière, c’est aussi la déconstruction syntaxique des phrases employées. Ce sont des phrases, parfois, employées sans sujet grammatical : « t’es dégoutante » (p.8), « T’approches plus de ma fiancée, t’entends ? Salope ! » (p.30), « T’as peur ? » (p.142) ou des phrases privées de l’adverbe de négation "ne" : « sais pas » (p.127), « Et c’est pas bien ? » (p.127), etc.

    L’emploi de la langue familière carnavalise Le Roman de Pauline, car la carnavalisation de la littérature est le « processus par lequel la culture populaire pénètre et imprègne la culture sérieuse », c’est-à-dire que tous les discours de la culture populaire côtoient tous les discours officielle. On assiste dans, Le Roman de Pauline, à un mélange de discours, mais également à un mélange de source. Calixthe Beyala utilise autant de mots familiers que de mots archaïques, désuets, or « la narration carnavalesque est généralement une hybridation textuelle, un mélange de plusieurs styles (haut et bas), de plusieurs tons sérieux et comiques, d’insertions de lettres, de citations, de dialogues reconstitués, de parodies »[18]. Donc Le Roman de Pauline obéit à la narration carnavalesque. Ce qui sous-entend que l’œuvre de Calixthe Beyala est une œuvre carnavalesque. Cependant en deçà de l’emploi de la langue familière se dévoile un langage injurieux et grossier.

     

    2-    L’emploi des injures grossières

     

     

                À Pantin, tout le monde injure tout le monde. C’est une manière d’exprimer leur sentiment, et cette manière est une sorte de violence, voire une violence verbale, pourrons-nous dire. Dans Le Roman de Pauline, « l’injure est bien présente comme une violence qui est faite au monde en ordre, à la société conformiste. »[19] Si l’injure peut passer par un geste, un regard, un silence, bref par d’autres voix/voies, il est cependant évident que la plupart des injures passent par des mots grossiers chez Calixthe Beyala dans Le Roman de Pauline. Ces injures participent, comme la fête ou le carnaval, d’un espace de liberté, d’un instant de refoulement, de relâchement. Tel est le cas des deux prostituées dévisagées par Pauline (p.143). la conversation qu’elles auront avec Pauline est à la mesure d’une provocation dans laquelle chacune est l’offensive.

    -          Qu’est-ce que tu as à nous dévisager, hein ? me demande l’une d’elles en avançant ses grosses lèvres peintes d’un orange vif

    -          Tu veux une photo ?demande l’autre en battant des cils

    -          Je fais déjà des cauchemars, dis-je. Non, sans façon.

    -          Répète ce que tu viens de dire, font elles en s’approchant

    -          Oh, rien. Je vous trouvais héroïques, c’est tout

    -          Écoutez-moi ça ! Elle nous trouve héroïques. Et pourquoi donc ?

    -          Parce que vous permettez aux mecs de moins cafarder, c’est héroïque, je trouve.

    -          Fiche le camp, petite conne, crient-elles. Remue ton sale cul ! Bouge ton putain de derrière. Héroïque ! Héroïque ! (p.143)

    De cet extrait, nous apprenons que Pauline dévisage les prostituées, son regard est provocateur et indiscret à telle enseigne que l’une des prostituée ose lui demander qu’est-ce qu’elle a à leur regarder de la sorte. Et à la suite de l’échange et sous l’effet de la colère viendront les injures telles que « petite conne », « sale cul ». Nous ne devenons-nous pas nous étonner de voir sous la langue des personnages des propos injurieux de la sorte : [« salope » (p.17 et 30), « cette mauviette » (p.24), sale petite perverse » (p.40), « bordel » (p.55), « bandes de nœuds, enculée de ta mère » (p.66), « espèce de traînée » (p.91), « sales cons » (p.141), « bande de couillons » (p.147), etc.], dans le but de se libérer des émotions un moment, de laisser exploser la violence intériorisée. Il faut bien qu’un moment l’on « pète les plombs » (p.17).

    À Pantin, l’injure fait donc parte de vécu quotidien des habitants, et fait de cette banlieue un monde à part. Cependant l’utilisation des injures grossières n’est pas le seul aspect carnavalesque de Le Roman de Pauline. Il y a aussi l’emploi de l’humour.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    III-         LE ROMAN DE PAULINE ET L’HUMOUR

     

     

                Si l’humour est destiné à divertir et à amuser, son usage permet également de relever un point de vue particulier, de critiquer une situation, de se moquer d’un discours comme conformiste, réactionnaire et inacceptable, et d’interpeler le lecteur donc la complicité active est suscitée par les affirmations ou les « non-dit » de l’œuvre. L’humour peut enfin, et également, ridiculiser. L’humour qui se déploie donc dans l’œuvre Le Roman de Pauline de Calixthe Beyala est particulier à elle en effet, l’on reconnait le caractère humoristique de Le Roman de Pauline. Dominique Mataillet, dans Jeune Afrique, dira qu’ « avec ce livre à l’humour grinçant, Calixthe Beyala dresse un tableau très sombre d’une certaine jeunesse… »[20], et Mémoire des arts d’enchérit en affirmant que « Calixthe Beyala restitue avec verdeur, tendresse et humour la quête d’amour… »[21]. L’on ne saurait s’empêcher de sourire devant la description faite par Pauline des personnages, voire devant leurs faits, gestes et attitudes. En lisant donc Le Roman de Pauline, l’on se trouve « dans une exhibition consciente, [dans] un tourbillon de bouffonnerie » (p.13) ou dans « une fête foraine » (p.76 et 171), et l’on peut alors s’interroger comme Pauline face à l’accoutrement de Lou, « c’est carnaval aujourd’hui ? » (p.132). À cette interrogation de Pauline, nous pouvons répondre « oui », car l’humour qui se dégage de l’œuvre est à la lisière de la dérision et de la raillerie.

     

    1-     La dérision

     

     

                Le sentiment par lequel l’on juge les personnages, surtout Pauline, et sa conduite relève de la ridiculisation voire du mépris. Ce mépris, à vrai dire, incite à rire, à se moquer. Cependant loin de ridiculiser Pauline ou les autres, c’est toute une convention, une hiérarchie qui est ainsi mise en dérision. L’on se moque des mœurs dites de bonnes mœurs, ou des bonnes manières.

    -          Et la fourchette, on n’utilise pas de fourchettes chez toi ?me demande la mère de Lou.

    -          […]

    -          Une fourchette pour manger du riz avec du poulet sauce arachides ? Mais c’est bien meilleur avec les doigts.

    -          À table, on utilise une fourchette, jeune demoiselle. (p.95)

    Cet extrait nous montre bien qu’il y a un effet d’humour ; la mère de Lou interpelle Pauline sur le fait qu’elle mange à la main alors qu’elle devrait manger avec une fourchette à table. Pour la mère de Lou, les bonnes manières veulent qu’on mange donc à table avec cuillers, fourchettes, couteaux, etc. ; ce qui sous-entend que Pauline est mal élevée, que sa mère ne lui ait pas apprise les bonnes manières, parce qu’elle fait feindre de ne pas savoir qu’on mange à table avec fourchette : « Et la fourchette, on n’utilise pas de fourchettes chez toi ? » (p.95). Pour la mère de Lou, Pauline méprise les règles de bonne conduite d’où sa réaction. Cette réaction intrigue Lou, sa fille, qui l’appelle : « Tu peux venir instant, maman ? », et lui dit « Pauline est mon invitée, maman. Tu n’as pas à la critiquer. Si elle veut manger avec ses pieds, tu n’as rien à dire. […] Tu mangeais bien avec tes doigts en Afriques, non ? ». En effet, Lou est intriguée parce que sa camarade Pauline est ridiculisée par sa mère. Lou essayera toujours de défendre Pauline à chaque fois que cette dernière est ridiculisée.

    La dérision est en son paroxysme lorsque la mère de la mère de Pauline, ou si nous voulons, la grand-mère de Pauline se fait aveugle, pouvons-nous dire, (se) ridiculiser, sa fille (p.83). Et lorsque ses petits enfants (Pauline et Fabien) découvrent son jeu, elle dit « il y a tant d’horreur dans la vie qu’il vaut mieux de temps à autre se décréter aveugle pour ne pas les voir ». En effet, elle se moque de sa fille d’être une mauvaise mère alors que cette dernière l’accuse d’être aussi une mauvaise mère ou d’être la cause de ce qu’elle est aujourd’hui. Nous pouvons croiser les mains sur notre poitrine pour ne pas éclater de rire comme Pauline, et nous étonner comme Fabien en disant «  Tu n’es plus aveugle » (p.83). Le comportement de la grand-mère de Pauline relève de l’autodérision. Cette autodérision se perçoit aussi chez Lou dont «  sa robe excessivement courte découvre ses cuisses de grenouilles habituées à être moulées dans de jeans ». Lou se ridiculise dans un tel accoutrement (p.132), et Pauline qui se trouve sa nouvelle vie banale qui fait d’elle une autre personne (p.125).

    La dérision dans l’œuvre de Calixthe Beyala met en relief le mépris des mœurs et des valeurs sociales. Ce n’est pas seulement la dérision qui se dégage du ton humoristique de Calixthe Beyala, il y aussi la raillerie.

     

     

     

     

    2-    La raillerie

     

     

                Dans  Le Roman de Pauline, la raillerie est mise en évidence par la description physique (le portrait physique) qu’établit Pauline des personnages, et par la satisfaction des besoins naturels. Cependant, le fond de la toile de cette raillerie porte sur Sarkozy qui raconte des mensonges, « des bobards » : « Tu pourras un jour comme Sarkozy influencer des foules entières en leur racontant des bobards » (p.133). Calixthe Beyala reconnait qu’ « en arrière fond, il y a la France de Nicolas Sarkozy »[22]. Comme susmentionné, la raillerie est appréhendée à travers la description que fait Pauline. En effet,, « le seul médecin au monde à ne […] terroriser » Pauline, le docteur Benssoussian est si maigre qui flotte dans ses vêtements (p.40).

          C’est le docteur Benssoussian, un homme maigre à la peau basanée, fragile et cassante comme une branche séchée, qui donne l’impression de n’avoir plus un gramme de graisse dans le corps. […] Sa chemise en coton beige pendouille sur ses épaules, son pantalon tombe en accordéon sur ses chevilles et ses chaussures sont étrangement disproportionnées à moins qu’elles ne soient de deux pointures supérieures pour lui donner une meilleure aisance.

    Quant à la mère de Pauline, sa situation d’une femme qui ne sait pas garder un homme fait d’elle la risée de Pantin : « on se moque d’elle, on ricane dès qu’elle tourne le dos » (p.51). En parlant de la mère de Lou, l’on apprend qu’elle est très courte, et très intellectuelle, et qu’elle a rendu sa fille Lou « comme bibliothèque » (p.21). En d’autres mots, la mère de Lou est très laide bien qu’elle soit intellectuelle.

          À part ça, ses seins en torpille sous son chandail rose flottant font le désespoir du vocabulaire ; à part ça, sa taille minuscule ne peut éblouir qu’un étranger aux normes en vigueur à Pantin ; à part, ses cheveux crêpelés ont été aplanis par les chocs sismiques du défrisant Skin Success. Leurs pointes rouges comme cul de guenon frisollent autour de son cou. (p.92)

    Le comble de la laideur est mis à nu à travers le portrait de la concierge, Mme Boudois. En plus d’être laide, elle est idiote

          Ses talons retentissent sur le macadam. Son gros manteau froufroute autour de ses énormes chevilles. Son corps est surchargé de vêtements et de courses qui tanguent lourdement à droit, puis à gauche. Elle me sourit jusqu’aux oreilles. Ses poils noirs au-dessus de ses lèvres se durcissent, le froid sans doute. Elle doit se croire très rafraîchissante, l’idiote [avec ses seins qui la tirent au sol]. (p.149)

    Ses différents portraits permettant d’appréhender la laideur dans toute sa splendeur incite au rire, un rire carnavalesque. Ce rire n’est pas une réaction individuelle devant tel ou tel fait drôle.

    La raillerie se perçoit aussi par la satisfaction des besoins naturels. « De la même que les expressions du corps étaient une forme essentielle de la créativité humaine dans le monde carnaval, aussi la littérature carnavalesque […] se concentre sur le corps et ses produits, la passion et la sensualité et la panne des limites. Le monde du carnaval actuel et la littérature carnavalesque sont ultimement conduits par les mêmes forces qui provoquent toujours l’expression et la liberté »[23] et le rire. Pauline, sans gêne, qui dit «  en réalité, je chante, alors que j’ai envie de faire pipi. Je ne pourrai pas atteindre le troisième étage sans pisser. Je me suis arrêtée entre deux étages et je me suis accroupie…» pour pisser (p.40). Plus loin, elle baise son pantalon pour uriner : «  À l’abri d’un arbuste, je baisse mon pantalon et relâche mon corps. Je pisse longuement ». (p.111)

    Le fait de « pisser » relève du carnavalesque, et non seulement elle «  pisse », mais elle «  baise » quand l’envie lui prend. (p.50 et p.169)

    Calixthe Beyala va néanmoins susciter le rire&n


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  • ANNEE 2012-2013

    Université FHB Cocody-Abidjan

    UFR LLC / Département de Lettres Modernes

    UE Grammaire/ Linguistique

    Parcours Linguistique /  CM / Master 1

    Pr hilaire BOHUI

     

    LES THEORIES DU DISCOURS

    Notes de présentation

    La problématique du discours ayant parti lié avec celle de l’énonciation, il paraît plus avantageux, d’un point de vue aussi bien strictement pédagogique que plus largement cognitif, d’établir ce lien d’ordre conceptuel et épistémologique.

    L’homme s’est toujours intéressé à la langue et à sa fonction dans la société. En effet, d’après ce que chaque personne capable d’articuler des mots et des phrases vit au quotidien, on sait que la langue permet aux hommes de communiquer. Elle leur permet ainsi d’être en contact les uns avec les autres. Mais au-delà de cette fonction sociale et universelle de la langue, l’homme s’est investi à savoir comment fonctionne cet "organisme" en lui-même, et dans son rôle de "passerelle" interhumaine. Cette curiosité, ce besoin d’en savoir plus sur la langue expliquent les études qui lui sont consacrées depuis des siècles.

    I - 1 Grammaire prescriptive / normative vs Linguistique(s)

     Selon le point de vue considéré, l’étude d’une langue, de toute langue peut s’orienter au moins dans deux directions avec leurs variantes. D’une part, la Grammaire dite  "prescriptive," "traditionnelle", "normative" qui s’intéresse exclusivement, du moins prioritairement à définir les règles du "bon usage", c’est-à-dire comment écrire et/ou parler correctement une langue.

    D’autre par, toutes les approches que l’on peut regrouper sous la notion de linguistique au sens où cette notion signifie « étude scientifique de la langue » et dont l’intérêt va bien au-delà des questions de "correction" ou du bon usage. Ces approches cherchent à comprendre au mieux le fonctionnement intrinsèque de la langue. Dans cette perspective, nous avons affaire à une démarche "descriptive" (ou descriptiviste). Ces approches linguistiques prennent leur point de départ véritable à partir des travaux du linguiste genevois Ferdinand de Saussure. Ces travaux ont, pour ainsi dire, révolutionné les études linguistiques. Implicitement, cela veut dire qu’avant Saussure, des études pour connaître le fonctionnement de la langue existaient bel et bien. On peut citer la Grammaire de Port-Royal en tant qu’approche comparée des langues.

    Cependant, les travaux de Saussure sont d’une si grande portée dans la conception même de la réflexion sur la langue que tous les spécialistes s’accordent à reconnaître qu’il a révolutionné les études linguistiques. Saussure est en effet considéré comme le père de la linguistique moderne à travers le structuralisme (ou la linguistique structurale) avec les différents "courants" qui s’en réclament plus ou  moins. Parmi ceux-ci, les plus connus sont la grammaire générative, la grammaire transformationnelle (nées aux Etats-Unis d’Amérique), la grammaire distributionnelle.Tous ces courants ou approches du structuralisme défendent la même thèse : la langue est un système de signes clos qu’on doit étudier comme tel et où les éléments n’ont de valeur que dans leur relation de dépendance les uns par rapport aux autres, contribuant ainsi à faire jouer au système (la langue) sa fonction de représentation du monde (désignation de ce qui existe). Mais surtout, la langue, appréhendée comme système de signes est étudiée « en elle-même et pour elle-même ». Cela veut dire que dans l’approche structuraliste (parfois, on dit aussi approche formelle ou formaliste), le linguiste s’intéresse aux règles de fonctionnement intrinsèque (propre) de la langue étudiée. Il s’agit par exemple de décrire comment les signes, c’est-à-dire d’une part les lettres de l’alphabet (représentant des sons) se combinent pour former des mots (autres signes de niveau juste au-dessus de celui des lettres de l’alphabet) ; d’autre part, comment à leur tour les mots se combinent pour former des phrases (niveau supérieur de la combinaison).

    En considérant ces deux principaux niveaux de combinaison des signes de la langue, on dit que celle-ci est doublement articulée, ce que traduit bien la notion de la double articulation de la langue (voir Cours de Linguistique Générale de Saussure) chez les structuralistes et de qualificatif de linguistique descriptiviste. 

    I - 2 Linguistique du code / de la langue vs Linguistique de la parole

    Autre paramètre essentiel à noter dans la linguistique structurale : les phrases  formées par la combinaison des mots et qui occupent le niveau supérieur de l’articulation de la langue sont combinées suivant le principe du sens et bien sûr de la syntaxe pour aboutir aux textes. Le structuraliste ne s’intéressant qu’à la langue et rien qu’à celle-ci, on  dit que le structuralisme est une linguistique du code ou de la langue. En passant volontairement sous silence des étapes intermédiaires caractéristiques de la quête de savoir de l’homme sur la langue pour aller à l’essentiel, on peut dire que les études linguistiques en étaient là lorsque les grammaires génératives et transformationnelles ont innové avec un linguiste américain du nom de Noam CHOMSKY à travers les concepts complémentaires clés que sont la compétence et la performance.

    Le postulat de Chomsky est que tout individu membre d’une communauté linguistique dispose d’une grammaire intériorisée qui lui permet de s’afficher comme sujet social par sa participation aux échanges verbaux. Pour ce linguiste, la " compétence" désigne ainsi l’aptitude virtuelle de tout sujet parlant (le locuteur de toute langue) à produire un nombre infini de phrases à partir d’un modèle. La " performance", elle, désigne l’aptitude du même sujet parlant à interpréter ou comprendre une infinité de phrases à partir d’un modèle donné. Par ce double concept, la parole est ainsi intégrée de fait au champ d’étude linguistique, alors que par le passé on ne s’intéressait qu’au fonctionnement de la langue et non à la parole qui permet de "dire quelque chose". Or, les gestes du corps, les expressions du visage, les soupirs, les mouvements de tête, le ton qu’on utilise en parlant, les circonstances dans lesquelles on parle, tout peut influencer la communication ; tout peut être significatif, tout peut "vouloir dire quelque chose" ; bref, tout peut transmettre un message.  C’est pourquoi tous ces éléments qui ne font pas partie de la langue elle-même et qu’on appelle pour cette raison des facteurs extralinguistiques jouent un rôle important dans une autre approche de la langue qui s’intéresse à la parole, au langage : c’est la linguistique de l’énonciation.

    Il convient de préciser une chose : on parle de linguistique de l’énonciation (au singulier) comme on parle de l’homme (au singulier) pour désigner l’espèce humaine dans toute sa diversité. En effet, la linguistique de l’énonciation ne constitue pas forcément un domaine uniforme, une perspective homogène ; bien au contraire. Elle est traversée par diverses théories avec parfois chacune sa démarche méthodologique voire épistémologique propre. C’est pourquoi on parle des théories de l’énonciation ou des linguistiques énonciatives (voir Marie-Anne Paveau et Georges-Elia Sarfati dans Les grandes théories de la linguistique pour ne citer que cet ouvrage).

     Mais quelle que soit leur orientation, les linguistiques de l’énonciation ont toutes en commun d’aller au-delà de la linguistique de la langue qu’elles critiquent sur ses insuffisances et limites pour « étudier les faits de la parole : la production des énoncés par les locuteurs dans la réalité de la communication » Paveau et Sarfati(2003 : 166). Que signifie donc ce concept fondateur et "révolutionnaire" qu’est l’énonciation ? D’où vient-il ? Quels en sont les figures de proue et les principaux théoriciens?

    I-                    RAPPELS SUCCINCTS SUR LES THEORIES DE L’ENONCIATION     

    Comme cela a été précédemment souligné (voir notes de présentation), la linguistique structurale en général conçoit la langue comme un système autotélique, c’est-à-dire fermé sur lui-même et qu’il faut étudier en tant que tel, les éléments du système n’ayant de sens que les uns par rapport aux autres. On peut donc résumer en disant qu’avec la linguistique structurale, on a affaire à une linguistique du mot et/ ou de la phrase dans laquelle les facteurs extralinguistiques ne comptent pas dans la production du sens et son interprétation.

    Au contraire d’une telle vision, la perspective de l’énonciation qui, justement prend en compte entre autres le locuteur, le contexte de sa prise de parole, les circonstances dans lesquelles cette parole est proférée, etc. est une nouvelle épistémologie (nouvelle manière d’appréhender la langue, nouvelle démarche ou méthode d’analyse) en matière d’étude linguistique. En fait, nous avons affaire non seulement à un changement épistémologique, mais également à une profonde modification conceptuelle : plutôt qu’une linguistique du mot et/ ou de la phrase, il s’agit d’une linguistique du discours au centre de laquelle les notions de sujet d’énonciation (le locuteur) et communication prennent toute leur importance.         

                I -1 L’énonciation : Histoire et définitions

                Comment peut-on alors définir la notion d’énonciation qui semble couvrir tout le processus de communication depuis la production du message jusqu’à sa réception (sa compréhension ou son interprétation) ?  Mais par-dessus tout, d’où vient-il ? A quels linguistiques doit-on cette notion ?

                II -1-1 L’Enonciation : Histoire succincte d’une notion

                L’avis selon lequel Emile Benveniste est le "père" de la théorie de l’énonciation est si répandue qu’on en oublie presque les tout premiers auteurs par qui cette notion a été révélée dans le champ linguistique. Paveau et Sarfati (2003 : 168) notent ainsi que « l’intérêt des linguistes pour les problèmes énonciatifs remonte aux années 1910 et 1920 en Europe et en Russie », époque qui voit l’émergence de la problématique énonciative. Mais l’essor, à la même époque, du modèle structuraliste arrête le développement de cette problématique.

                 Les noms de Charles Bally (Français) et du Russe Mikhaïl Bakhtine-Volochinov (1875-1975) sont cités comme les tous premiers à avoir instruit « la problématique de l’énonciation et de l’interaction ». Le premier, Bally prend la défense des ressources intrinsèques de la langue française à propos du discours indirect libre, en réponse à une critique d’un linguiste allemand sur la « répugnance du français pour le discours indirect libre à cause de la nécessité de la construction conjonctive ». Paveau et Sarfati(2003 : 168).

                Chez Bakhtine, « la conception du langage, fondamentalement interactive, implique nécessairement la prise en compte de l’énonciation » (idem) au centre de la laquelle le sujet parlant tient une place privilégiée et est relation avec son environnement. De là vient que pour lui, « l’énonciation est alors le véritable lieu de la parole, définie comme interaction verbale ». Autrement dit, déjà dans les années 20, l’approche énonciative du langage est inséparable d’une théorie du « sujet », l’instance qui dit " je" en parlant.  Sur cette base, on peut donc soutenir que ces deux auteurs sont les devanciers de Benveniste dont le statut de "père" de la théorie de l’énonciation dans la tradition française est ancré dans les consciences comme une évidence.

                Il faut également noter l’apport d’un linguiste comme Roman Jakobson. En effet, l’intégration de la dimension énonciative faite par ce chercheur à la conception de la communication est sans aucun doute un apport considérable. A ce propos, on ne peut passer sous silence son schéma de la communication (1963) avec ses six fonctions :

    -          la fonction expressive ou émotive, centrée sur l’émetteur ou le destinateur du message (le sujet parlant) ;

    -          la fonction conative qui intéresse le récepteur ou le destinataire du message ;

    -          la fonction référentielle, portant sur l’objet du message, les informations censées objectives ;

    -          la fonction phatique relative au canal utilisé lors de la communication ;

    -          la fonction poétique intéresse le message en tant que tel ; on touche ici au travail sur le style ;

    -          la fonction métalinguistique centrée sur le code lui-même.

     

    Il faut cependant noter que malgré le caractère novateur des travaux de Jakobson, ceux-ci ne manquent pas de soulever de vives critiques sur leurs insuffisances et limites. Parmi les critiques Kerbrat-Orecchioni Catherine (1980 :19). Entre autres reproches faits à la conception de la communication selon Jakobson, c’est le quasi diktat de l’émetteur sur le récepteur dans une sorte de linéarité parfaite des échanges : un locuteur s’adresse à un interlocuteur presque passif, alors que s’il y a échanges de paroles, ils ne peuvent être que mutuels, comme inscrits dans un mouvement de va et vient, l’interlocuteur y prenant une part active au même titre que le locuteur. Ainsi, plutôt que de parler d’énonciation, c’est la notion de co-énonciation qui convient. Telle est la thèse défendue et promue par Antoine Culioli (voir infra)

     

                            I-1-2 Enonciation : définitions

                Comme précédemment annoncé, Emile Benveniste (1902-1976)  passe pour être le père de la théorie de l’énonciation. Rien d’étonnant donc que les définitions de la notion commencent avec lui.

                            I-1-2-1 Benveniste et la théorie de l’énonciation

                Selon Emile Benveniste, « L’énonciation est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation » (1974 : 80). Benveniste, qui remplace la notion de " parole" par celle de "discours" précise qu’il existe une « différence profonde entre le langage comme système de signes et le langage assumé comme exercice par l’individu. Quand l’individu se l’approprie, le langage se tourne en instance de discours ».

                Une telle définition invite à une distinction, voire à une opposition nette entre ce qui relève de la sémiotique et ce qui appartient au domaine sémantique. Pour  Benveniste, le sémiotique se situe du côté de la langue :

                 Enonçons donc ce principe : tout ce qui relève du sémiotique a pour critère nécessaire et suffisant qu’on puisse l’identifier au sein et dans l’usage de la langue. Chaque signe entre dans un réseau de relations et d’oppositions avec d’autres signes qui le définissent, qui le déterminent à l’intérieur de la langue. Qui dit "sémiotique" dit  "intra-linguistique" (1974 : 222-223)

                On retrouve-là l’héritage structuraliste de Benveniste dans cette définition où  la construction du sens est articulé avec les relations entre les signes du système que constitue la langue, avec pour macro-unité linguistique d’analyse la phrase. Mais l’un des apports significatifs de Benveniste à la connaissance du phénomène d’énonciation est sans aucun doute cet ensemble de procédés par lesquels le locuteur s’inscrit dans son énonciation et qu’on appelle les indices grammaticaux de l’énonciation. Chez Benveniste, ils portent le nom d’ "appareil formel de l’énonciation". Mais au-delà, l’appareil formel lui-même traduit un aspect important de la conception de l’énonciation chez Benveniste, c’est la subjectivité des locuteurs ou la subjectivité dans le langage.

                II-1-2-2 L’appareil formel ou les indices grammaticaux de l’énonciation

                On y compte un composant (paramètre) fondamental comme la situation d’énonciation. Cette notion renvoie à l’ensemble des paramètres grâce auxquels la communication peut avoir lieu, à savoir le locuteur, l’interlocuteur, le lieu et le moment de leur échange. Tous font partie de ce qu’on désigne du nom générique de déixis, mot grec signifiant « ostension » c’est-à-dire le fait de montrer et dont les formes linguistiques sont les déictiques. Ceux-ci comprennent traditionnellement les indices personnels et spatio-temporels. La valeur déictique des indices personnels, savoir "je" et " tu" et leurs variantes vient de ce qu’ils signalent la présence du locuteur (pour le "je") et de l’interlocuteur (pour le " tu"). Pour Benveniste, les pronoms de la première et deuxième personnes grammaticales sont les seuls vrais déictiques personnels contrairement au pronom de la troisième personne ("il "). Et pour cause : est identifié comme "je" le locuteur qui, parlant, s’auto-désigne par ce pronom au moment de sa prise de parole, tandis que "tu" renvoie dans la situation de communication à l’instance à qui "je" s’adresse en utilisant ce pronom. Le cas de "Il" (3è personne) est différent dans la mesure où il réfère (renvoie) à la personne dont " je" et "tu" parlent. Et parce qu’il échappe à la situation de communication,  le pronom de la 3è personne est qualifié de « non-personne » par Benveniste :

                Dans les deux premières personnes, il y a à la fois une personne impliquée et un discours sur cette personne. « Je »  désigne celui qui parle et implique en même temps un énoncé sur le compte de « je » : disant « je », je ne puis ne pas parler de moi. A la 2è personne, « tu » est nécessairement désigné par « je » et ne peut être pensé hors d’une situation posée à partir de « je » ; et en même temps, « je » énonce quelque chose comme prédicat de « tu ». Paveau et Sarfati (2003 : 173)

                C’est que la 1ère et 2è personnes n’ont de réalité précise et instantanément saisissable que dans le discours qui les emploie et n’ont pas de signifié stable et universel. Quant aux déictiques spatio-temporels, ils concernent l’espace et le temps dont l’importance dans la communication est reconnue unanimement. Benveniste les présente comme suit :

                Ce sont les indicateurs de la déixis, démonstratifs, adverbes, adjectifs, qui organisent les relations spatiales et temporelles autour du « sujet » pris comme repère : ceci, ici, maintenant, et leurs nombreuses corrélations cela, hier, l’an dernier, demain, etc. Ils ont en commun ce trait de se définir seulement par rapport à l’instance de discours où ils sont produits, c’est-à-dire sous la dépendance du je qui s’y énonce.(idem).

                Dans  L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Kerbrat-Orecchioni reprend pour l’essentiel cette approche de l’énonciation de Benveniste au-delà d’apports importants en termes de " réajustements" de certains aspects des travaux de Benveniste. Ainsi, pour Kerbrat-Orecchioni, l’énonciation est d’abord « le mécanisme d’engendrement d’un texte, le surgissement dans l’énoncé du sujet d’énonciation, l’insertion du locuteur au sein de sa parole ». A partir de cette définition, Kerbrat-Orecchioni précise quel doit être l’objet d’étude à privilégier. Pour elle, la tache du linguiste consiste à procéder à « la recherche des procédés linguistiques […] par lesquels le locuteur imprime sa marque à l’énoncé, s’inscrit dans le message (implicitement ou explicitement) et se situe par rapport à lui (problème de la « distance énonciative »). (1980 : 32)

                On peut donc dire qu’en matière d’énonciation, le locuteur (l’instance qui dit "je") est au centre de l’analyse puisque la construction du sens, c’est-à-dire tout le processus de production et d’interprétation de ce qui est exprimé au moyen de la parole s’organise autour de sa personne, du moment de cette prise de parole, ses choix, sa réalité, son environnement. Si l’on pouvait résumer cette conception dans une formule, ce serait sans doute le Moi – Ici – Maintenant. Dans ces conditions, le terme "énonciation," comme cela apparaît très clairement, doit être envisagé comme le mécanisme ou la technique d’inscription du sujet parlant dans l’énoncé qu’il produit lui-même. Plus simplement, on peut dire que l’énonciation renvoie à « la présence du locuteur à l’intérieur de son propre discours ». Or, il convient de le rappeler, cette présence se fait au moyen d’éléments linguistiques tels que les verbes, les adjectifs, les adverbes (de temps et de lieu), les pronoms personnels etc, connus sous le nom d’indices grammaticaux (de l’énonciation).  A  ce stade, il semble a priori anachronique et sans objet de se demander ce que recouvre la notion de " théorie." Cependant, vu que cette notion a pour complément déterminatif le syntagme "du discours" (théories du discours) quelques élucidations conceptuelles peuvent être utiles.

    II- Quelques Elucidations conceptuelles  

    II-1 Qu’est-ce qu’une "théorie" ?

    Prenons le domaine du sport de rente, en particulier le football professionnel. Une équipe de football se compose d’abord d’athlètes, en l’occurrence les footballeurs. Ceux-ci exercent leur métier dans un encadrement technique dont le premier responsable sur le terrain est l’entraîneur. Celui-ci travaille avec les athlètes selon une certaine "philosophie" du jeu ; cette philosophie c’est sa conception, sa vision du football (ou celle de ses employeurs) censée lui permettre d’atteindre les résultats escomptés, c’est-à-dire les victoires et les trophées pour bâtir au club la notoriété rêvée ou la consolider.  Il existe donc une variété de conceptions du jeu qu’on qualifie parfois aussi de "systèmes" de jeu.

    Par exemple, le football anglais, le "Kick and rush" est réputé pour être un jeu direct, réaliste et sans fioriture, l’efficacité ou la finalité (la victoire ou sa quête) en constituant l’essence. Il en va de même pour le football italien connu pour l’hermétisme ou la rugosité du bastion défensif ; le football brésilien, lui, est réputé pour sa préférence pour le spectacle ou le beau jeu, ce qui autorise certains observateurs à le qualifier de "football champagne." En Côte d’Ivoire, on a parlé du "système Troussier", du nom de l’ex-entraîneur de l’équipe de l’ASEC d’Abidjan. Les observateurs du milieu du football ivoirien connaissent également le système tabouret associé au nom de Yéo Martial.

    Comme on peut le voir, le type de football pratiqué est une approche (une option de jeu parmi d’autres) du football, c’est-à-dire un ensemble de principes et de règles selon lesquels les athlètes doivent évoluer sur l’aire de jeu dans la quête du meilleur résultat possible. Ces principes et règles elles-mêmes s’appuient sur certaines convictions dont ils sont en même temps l’aspect intellectualisé, le côté pratique (la mise en œuvre) incombant aux athlètes en situation de jeu.

    Dans le domaine intellectuel justement, et notamment de la recherche ainsi que de la science, les théories qui y sont la loi du genre constituent pour ainsi dire le socle à partir duquel chaque spécialité de la recherche et de la science aspire aux fins qu’elle s’est assignées ou aux résultats qu’elle prétend obtenir. La notion de théorie telle qu’envisagée dans le cadre de cet enseignement peut donc être définie en première approximation de la manière suivante : ensemble de pensées structurées à partir d’une certaine conviction sur les choses, faits et phénomènes connaissables par l’esprit humain et qui visent à atteindre certains résultats pratiques (pragmatiques) suivant une méthode plus ou moins élaborée à cette fin. Toute théorie suppose donc nécessairement une thèse que l’on promeut (défend).

    Selon Le Petit Robert (2013 : 2548), le terme théorie renvoie ainsi à un « Ensemble d’idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisés, appliqué à un domaine particulier ». Dans ce sens, "théorie" a pour synonymes spéculation ; conception, doctrine, système, thèse.  A ce stade, on peut déjà dire qu’une théorie du discours est une approche du discours, c’est-à-dire une certaine conception du discours avec son vocabulaire, son analyse, etc.  Qu’est-ce donc que le "discours"?

    II-2 Que recouvre le terme "Discours" ?

    Dans son acception ordinaire, le mot "discours" est entendu dans le sens de "profération de parole". Une connotation péjorative de "développement verbeux" c’est-à-dire inopportun et dénué d’intérêt est parfois associée à cette acception courante. Dans ses Eléments d’analyse du discours (p 14 -15), G. E. Sarfati présente un "tableau synoptique" du mot qui en dit long sur sa polysémie. Le terme "discours" désigne tour à tour :

    -          Le langage mis en action, la langue assumée par le sujet parlant ; il a alors pour synonyme "parole" en tant qu’il représente le mode d’actualisation par excellence (à l’écrit ou à l’oral) de la langue, code virtuel de communication.

    -          En grammaire de texte, tout énoncé supérieur à la phrase, considéré du point de vue des règles d’enchaînement des suites de phrases.

    -          Pour Benveniste, l’instance d’énonciation (le « moi-ici-maintenant » du sujet parlant).

    Au sens restreint et spécialisé le mot discours renvoie dans cette perspective à tout énoncé envisagé dans sa dimension interactive et s’oppose alors au "récit". Dans cette opposition, le discours se distingue par une énonciation supposant un locuteur et un interlocuteur avec une volonté du premier d’influencer le second. Le terme renvoie ainsi à tout échange verbal entre deux personnes ou plus.

    -          En analyse conversationnelle (une autre théorie du langage voisine et complémentaire de la pragmatique) "discours" a justement pour synonyme  "conversation".

    -          Selon Maingueneau, le discours est un système de contraintes qui régissent la production d’un ensemble illimité d’énoncés à partir d’une certaine position sociale ou idéologique. C’est la question des genres de discours qui est visée ; on parlera ainsi de discours féministe, de discours politique, etc. Il convient ici de distinguer entre type de discours et genre de discours : le premier, d’acception plus large inclut le second qui en est comme une déclinaison ou une modalité. Par exemple, les termes comme coup franc, tir au but, pénalty, carton rouge, hors jeu, etc. s’appliquent au football en tant que genre particulier de sport pris globalement. On dira donc que ces termes appartiennent au discours footballistique en tant que genre en même temps qu’ils relèvent du discours sportif.

    -          Hors de la conception logocentriste du langage, le terme "discours" est également entendu comme tout système de signes non verbal, en étroite relation avec les réseaux de signification ou de signifiance qui intéresse la sémiotique. On pense ici, par exemple aux panneaux et à toutes les signalisations routières qui font le code de la route.

    -          En analyse du discours, l’ensemble des textes considérés en relation avec leurs conditions historiques (sociales, idéologiques) de production. Cette définition rejoint celle antérieure de Maingueneau dans la mesure où elle intègre la dimension des genres (discours syndical, masochiste,  politique, etc).

    Si le mot discours qui en est une composante essentielle est polysémique, l’analyse du discours ne se présente pas davantage de façon unitaire tant les nuances sur son objet sont réelles.  C’est ce qui justifie la notion de théories du discours (au pluriel). Et parce que le  terme discours renvoie à la langue en situation, il a pour synonyme admis le terme "langage." On ne s’étonnera donc pas des différentes composantes de l’intitulé générique de cet enseignement parmi lesquelles initiation à une approche du lange : la pragmatique.

     

    Remarque : Pétition de principe

    La grande polysémie du terme "discours" donne une idée sur l’impossible unanimisme dans la connaissance et le traitement de l’objet "discours" dans le domaine de la linguistique. En effet, autour d’un objet commun envisagé dans une conception logocentrique (primauté de la parole, du verbe) tout aussi partagée, les approches en sciences du langage se multiplient, se chevauchent parfois, revendiquent souvent leur autonomie heuristique et même épistémologique. On hésite ainsi à parler de "disciplines", de "courants", de "domaines" propres et distincts, etc. L’analyse conversationnelle avec ses variantes internes ; l’analyse du discours elle-même tantôt considérée comme une discipline "mère" tantôt comme une spécificité ou un simple espace de problématisation ; la pragmatique et ses différentes approches, etc. montrent bien que dans les théories du discours l’élément structurant est l’objet d’étude commun, c’est-à-dire le discours (la parole ou le langage). G.E. Sarfati et M.A Paveau dans Les grandes théories de la linguistique. De la grammaire comparée à la pragmatique (2003) distinguent ainsi entre les linguistiques discursives qui comprennent la linguistique textuelle, l’analyse du discours et la sémantique textuelle d’une part, et les théories pragmatiques d’autre part. En toute logique donc le présent cours tel qu’intitulé devrait procéder à une revue de littérature sur toutes les approches connues à ce jour en matière d’étude du discours au sens linguistique du terme. Ce ne serait là que tout bénéfice pour chacun. L’orientation donnée à cet enseignement est cependant restrictive, ne privilégiant à dessein que certaines des approches du discours où celui-ci est envisagé dans le cadre d’une interaction sociale et plus particulièrement la pragmatique.

    Pour conclure cette note de présentation, il faut donc observer que la linguistique de l’énonciation apparaît comme un cadre global de problématisation et d’étude du langage ou discours sous différentes approches. Il convient par ailleurs de retenir que dans ce cadre-là, l’étude (de l’énonciation) peut s’orienter dans deux directions complémentaires : d’une part l’étude du mécanisme linguistique d’inscription du sujet parlant dans son propre discours ; d’autre part l’étude de l’interaction verbale ou des actes de langage. La pragmatique privilégie cette deuxième orientation.

    Bibliographie indicative

    Benveniste Emile (1966 &1974). Problèmes de linguistique générale tome 1 &2, Paris, Editions Gallimard.

                Cervoni Jean, 1992 (1987), L’Enonciation, Paris, PUF

    Culioli Antoine (1990-1999), Pour une linguistique de l’énonciation, 3 tomes, Editions Ophys

    Ducrot Oswald (1984), Le Dire et le Dit, Paris, Editions de Minuit

    Kerbrat Orecchioni Catherine (1980). L’Enonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris, Armand Colin

    Paveau Marie-Anne, Sarfati Georges-Elia (2003). Les grandes théories de la linguistique. De la grammaire comparée à la pragmatique, Paris, Armand Colin.

     

     

     

     

     

    CH I- Initiation à une théorie du langage : la pragmatique 

                             II –1 La Pragmatique : Définitions  

    Dans l’usage, le mot "pragmatique" appartient  à deux classes grammaticales selon le cotexte ; il peut être employé comme adjectif et comme nom. En tant qu’adjectif, il se rapporte évidemment à un mot ; on dira par exemple de quelqu’un qu’il a un sens pragmatique des choses ; d’un tel autre qu’il a fait preuve d’une attitude pragmatique. Dans ce sens, le mot "pragmatique" est en général compris comme signifiant sens "pratique" ou " réaliste", c’est-à-dire qui n’est pas adepte des grandes théories improductives, oiseuses, etc.

    Selon l’étude de C. Morris sur l’appréhension de toute langue, cette acception adjective du terme "pragmatique" se situe dans le même paradigme que les mots "sémantique" et "syntaxique", toute étude de langue (naturelle ou formelle) comportant un composant sémantique, un composant syntaxique et un composant pragmatique. Si la syntaxe concerne les rapports des signes les uns aux autres ( les règles de combinaison des mots), que la sémantique intéresse leurs relations avec la réalité (le sens ou de signification), la pragmatique, elle, privilégie « les relations des signes avec leurs utilisateurs, leur emploi et leurs effets ». Les auteurs du Dictionnaire d’analyse du discours (p 454) précisent ainsi que : « De manière plus générale, quand on parle aujourd’hui de composant pragmatique ou quand on dit qu’un phénomène est soumis à des "facteurs pragmatiques", on désigne par là le composant qui traite des processus d’interprétation des énoncés en contexte : qu’il s’agisse de la référence des embrayeurs ou des déterminants du nom, qu’il s’agisse de la force illocutoire de l’énoncé, de sa prise en charge par le locuteur (l’énoncé peut être ironique, par exemple) des implicites qu’il libère, des connecteurs, etc. ».

    Cette précision assure l’articulation avec ce qui nous occupe à savoir la pragmatique. Employé comme nom, il faut observer que le mot est assez productif bien qu’il n’ait pas une valeur stable et univoque, dans la mesure où il permet de désigner, selon Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (Dictionnaire d’analyse du discours, p 454-457) tour à tour une sous discipline de la linguistique ; un certain courant d’étude du discours, ou une  certaine conception du langage.

    II -2 Histoire succincte de la Pragmatique

                Du point de vue étymologique, le terme pragmatique vient du grec "pragma" qui signifie action. Cependant, sans entrer dans les détails historiques et étymologiques, on peut retenir que le terme pragmatique ressortit originellement au domaine de la philosophie, en particulier la philosophie du langage. En effet, tous les spécialistes qui s’intéressent à son histoire évoquent invariablement ses rapports étroits avec la philosophie anglo-saxonne. Selon Dominique Maingueneau (1997: V) « La pragmatique […] a pour contexte culturel privilégié la philosophie anglo-saxonne. Issue des réflexions de philosophes et de logiciens, elle n’est en rien l’apanage des linguistes et ouvre tout autant sur la sociologie ou la psychologie ». Le terme a ensuite intégré le domaine de la linguistique grâce à des auteurs dont le plus représentatif est sans aucun doute l’Anglais John Austin. Dans on ouvrage How to do things with words (1962) traduit de l’anglais en 1970 sous le titre de Quand dire, c’est faire, John Langshaw Austin a théorisé le premier l’interaction verbale en décrivant comment « le langage configure également notre relation à autrui, en quoi l’usage de la parole est aussi une modalité de l’agir ». Plus simplement, cela signifie que c’est Austin qui, le premier a formalisé la manière dont, par le langage, les hommes agissent les uns sur les autres, s’influencent mutuellement et donc comment, de la sorte, parler devient un acte que l’on pose.

    Depuis les travaux de Austin, la langue n’est plus simplement confinée dans sa fonction instrumentale comme c’était le cas jusque-là avec la conception descriptiviste de la linguistique structurale en particulier. Avec Austin, la langue acquiert un statut de modalité ou de moyen d’action. Le langage ou le discours est un "acte" que l’on pose, car parler c’est agir d’où la notion des actes de langage ou de parole. Georges-Elia Sarfati (2002 : 22) note dans cette optique : « En développant une conception opérationnelle de l’usage linguistique, Austin dépasse la philosophie de la représentation en suggérant que le langage est également vecteur d’action ».

    Paul Grice a poursuivi le travail de Austin en particulier sur la problématique de l’implicite, un des objets fondamentaux qui intéressent les théories de l’énonciation en général et celles du discours en particulier. Que recouvre le terme de " implicite" ?  Dans la vie au quotidien, la langue constitue le moyen privilégié des relations humaines (interhumaines ou sociales). Dans bien des circonstances de communication, les hommes parlent et se parlent de manière directe, explicite. Supposons ce dialogue entre des personnes (locuteur1= L1 et locuteur 2 = L2) qui se connaissent et se rencontrent :

    - Bonjour Océane, mais où vas-tu ainsi l’air pressée ? 

    - Au campus ; au revoir !

    On admet d’ordinaire qu’un échange comme celui qui précède ne dissimule rien et que tout y est dit de manière explicite, les informations données n’ayant pas besoin d’un quelconque effort pour être comprises. Mais la réalité des rapports sociaux n’est pas toujours aussi explicite, les échanges communicatifs faisant souvent appel à des non-dits qu’il faut interpréter. Certains de ces non-dits sont inscrits dans la langue elle-même (on les appelle les présupposés), d’autres en revanche dépendent de la situation de communication ou du contexte (ce sont les sous-entendus). En voici quelques exemples :

    1-      Sadia s’est passé de son fauteuil roulant (=Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant / Sadia utilisait un fauteuil roulant avant)

    2-      Kouadio ne boit plus (=Kouadio a cessé de boire / Kouadio buvait avant)

    3-      Pamela est divorcée depuis peu (=Pamela n’est plus mariée / Pamela était mariée jusqu’à une date récente)

    4-      L’effort fait les forts (= si on ne fournit pas d’effort, si on est paresseux on n’a aucune chance d’être fort, on n’obtient aucun résultat)

    5-      Si tu travailles bien, tu auras un cadeau (= Si tu ne travailles pas bien tu n’auras pas de cadeau)

    6-      Tu me répondras si je m’adresse à toi (=Si je m’adresse à quelqu’un d’autre, tu te tais).

    Les trois premiers énoncés relèvent de ce qu’on appelle les présupposés tandis que les trois derniers appartiennent au domaine des sous-entendus, tous deux faisant partie de l’implicite. Sur cette base et à ce stade, on peut définir l’implicite comme tout ce qu’un locuteur laisse entendre et qui comprend la catégorie des sous-entendus et des présupposés. Quelles sont donc les caractéristiques des deux composantes de l’implicite ?

    II-2-1- Présupposés et Sous-entendus : présentation succincte

    Comme cela a été dit précédemment, l’expérience des relations sociales montre qu’ en matière de communication au moyen du langage, les messages peuvent être transmis avec la plus grande clarté possible ou de manière directe qui ne laisse pas de place à l’interprétation, au doute susceptible de conduire à des "erreurs" de compréhension. Toutefois, il est très fréquent que les messages délivrés comportent quelque "zone d’ombre" du fait de l’énonciation même ou des mots utilisés. Dans ces conditions, l’interlocuteur aura besoin de faire un certain effort de décodage ou de faire appel au système épistémique (croyances et connaissances, etc.) partagé avec le locuteur. En effet, pour diverses raisons, la communication interhumaine n’est pas toujours claire comme de l’eau de roche ; bien au contraire, tout n’étant pas toujours dicible en toute transparence, on peut être amené à suggérer les choses, à les dire sans paraître les avoir dites, c’est-à-dire transmettre un message indirect alors même que l’objet principal de la communication est, lui, saisi du premier coup, sans aucune difficulté. Parfois même, cette information en arrière plan qui paraît a priori secondaire peut être la véritable information que l’on cherche à passer. Autrement dit, l’expérience de la communication atteste que l’on peut dire sans vraiment dire, qu’on peut " sous-entendre". Sous-entendre quelque chose en parlant c’est le dire indirectement, de manière voilée ; on dit aussi dans ce sens "insinuer" quelque chose. Considéré de ce point de vue, le sous-entendu est généralement assez bien connu des usagers d’une langue,  que ce soit comme notion ou comme pratique langagière. Cela n’est pas toujours le cas de la présupposition. 

    II-2-1-1 A propos des contenus présupposés

    D’un point de vue morphologique, le terme "présupposé" est comparable à  d’autres comme préposition, prédéterminé, précuire, prédisposition, etc. où le préfixe "pré" est associé à un autre mot. Il s’agit respectivement de position, déterminé, cuire et disposition. Le préfixe permet ainsi d’assigner au mot l’idée d’un état, d’une action antérieure ou simplement de ce qui est "avant".  Pour les besoins de la description, considérons que  le terme "Présupposé" se compose de pré- et –posé et revenons aux exemples précédents :

    1-Sadia s’est passé de son fauteuil roulant (= Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant /Sadia utilisait un fauteuil roulant avant)

    2-Kouadio ne boit plus (=Kouadio a cessé de boire / Kouadio buvait avant)

    3-Pamela est divorcée depuis peu (=Pamela n’est plus mariée / Pamela était mariée jusqu’à une date récente)

    Le sens immédiat de l’énoncé (1) est « Sadia n’utilise plus de fauteuil  roulant» ; c’est l’information principale objet de la communication. Pour cette raison même, elle correspond à ce qu’on appelle le posé du contenu de l’énoncé en tant que message de premier plan délivré par le locuteur et instantanément saisi comme tel.  C’est pourquoi, dit Ducrot (1984 : 20), « le posé est ce que j’affirme en tant que locuteur » ; il soutient encore que « le posé se présente comme simultané à l’acte de communication, comme apparaissant pour la première fois, dans l’acte de communication, au moment de cet acte ».

    Mais énoncer « Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant » c’est dire que, auparavant, il en était autrement et c’est à cet aspect "antérieur" de plus ou moins fraîche date que correspond le sens « Sadia utilisait un fauteuil roulant auparavant ». Or ce sens n’est pas directement formulé par l’énoncé mais vient d’une opération de déduction que l’on nomme inférence. En effet, « Sadia utilisait un fauteuil roulant avant » est inféré de « Sadia s’est passé de son fauteuil roulant » à partir de la connaissance que l’interlocuteur a du code utilisé, c’est-à-dire ici le français. Grâce à cette connaissance, il sait que « ne plus faire une chose » est non seulement l’annonce de la cessation de cette chose mais aussi l’aveu de ce que justement on faisait cette chose par le passé. Ce deuxième sens "caché" et pourtant bien présent en arrière plan, donc non visible parce que non offert sous forme de signes à lire, c’est ce qu’on appelle le présupposé. Il est présupposé, mieux préposé, c’est-à-dire posé avant parce que, en toute logique, on ne peut mettre fin qu’à quelque chose qu’on a déjà commencé à faire et que l’on continuait probablement de faire. Ducrot (1984 : 29-21) observe dans ce sens que « le présupposé est […] commun aux deux personnages du dialogue, comme l’objet d’une complicité fondamentale qui lie entre eux les participants à l’acte de communication » et qui « essaie toujours de se situer dans un passé de la connaissance, éventuellement fictif, auquel le locuteur fait semblant de se référer ». Ainsi dans « Sadia s’est passé de son fauteuil roulant », on ne peut inférer le sens « Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant » sans passer par la reconnaissance préalable de ce que naguère Sadia se servait de fauteuil roulant. Il en va de même pour les énoncés (2) Kouadio ne boit plus et (3) Pamela est divorcée depuis peu : Kouadio ne boit plus signifie « Kouadio a cessé de boire », ce qui est une reconnaissance de ce que Kouadio buvait avant. Quant à (3), il signifie « Pamela n’est plus mariée », ce qui veut dire implicitement que Pamela était mariée auparavant.

    Ces exemples montrent bien une des caractéristiques fondamentales du contenu présupposé ou du présupposé : son affiliation consubstantielle à l’énoncé lui-même et c’est bien ce qui valide la procédure d’inférence en l’activant. L’inférence s’appuie en effet sur les mots mêmes de l’énoncé pour en "extraire" le sens dissimulé. C’est pourquoi Ducrot (1984 : 25) affirme « la détection des présupposés n’est pas liée à une réflexion individuelle des sujets parlants, mais […] elle est inscrite dans la langue ». En effet, le présupposé étant « attaché à l’énoncé lui-même » ainsi qu’ « aux phénomènes syntaxiques les plus généraux », il relève intrinsèquement de la langue (le "composant linguistique"). La présupposition est donc « partie intégrante du sens des énoncés » (1984 :44)

    La deuxième caractéristique des présupposés est qu’ils peuvent subir avec succès le test de négation et d’interrogation par la préservation ou conservation de leur contenu asserté. Pour l’énoncé (1) ce contenu est le fait que Sadia utilisait un fauteuil roulant avant. Selon Ducrot, « les présupposés d’une assertion sont conservés lorsque cette assertion est transformée en négation ou en interrogation ». Ainsi, que ce soit :

    Sadia utilise-t-elle toujours / encore le fauteuil roulant ?

    Sadia n’utilise plus le fauteuil roulant.

    Ce qui est permanent et qui constitue comme un déterminant sémique fixe c’est que Sadia utilisait un fauteuil roulant dans un passé récent.

    Comme on le voit, l’analyse pour arriver à tirer toute la conséquence sémantique des énoncés ci-dessus s’appuie toujours sur certaines unités linguistiques de l’énoncé qu’elle exploite. Dans (1) par exemple,  l’unité sur laquelle s’appuie le travail d’assignation de sens est la suite " n’utilise plus" ; dans l’énoncé (2), c’est "a cessé", et dans (3) "n’est plus". A partir de ce constat, Kerbrat-Orecchioni (1986 : 13) dit ainsi, à propos des « supports linguistiques des contenus implicites » que « toute unité de contenu susceptible d’être décodée possède nécessairement dans l’énoncé un support linguistique quelconque ». Et à la page suivante, l’auteur précise : « Toute unité de contenu, explicite ou implicite, possède un ancrage textuel ou indirect, donc en dernière instance certains supports signifiants sur lesquels repose prioritairement son émergence ».

    Pour résumer, il faut noter que le posé d’un énoncé est le contenu du message délivré en principale intention de communication ; c’est l’information donnée prioritairement à l’interlocuteur. Le présupposé, lui, est le contenu second ou dérivé de l’information principale suivant une procédure de déduction liée aux mots et leur syntaxe, c’est-à-dire à la langue elle-même. Qu’en est-il du contenu sous-entendu ?

    II-2-1-2 A propos des contenus sous-entendus

    Retournons aux énoncés déjà proposés :

    3-L’effort fait les forts (= si on ne fournit pas d’effort, si on est paresseux on n’a aucune chance d’être fort, on n’obtient aucun résultat)

    4-Si tu travailles bien, tu auras un cadeau (= Si tu ne travailles pas bien tu n’auras pas de cadeau)

    5-Tu me répondras si je m’adresse à toi (=Si je m’adresse à quelqu’un d’autre, tu te tais).

    Les significations (entre parenthèse) assignées à ces énoncés sont le résultat d’une forme de raisonnement qu’induit l’interlocuteur en prenant à rebours (à l’opposé) les énoncés donnés. Prenons l’exemple (3). L’interprétation selon laquelle « L’effort fait les forts » signifie "Si on est paresseux on n’obtient aucun résultat" ne provient pas, comme dans le cas des présupposés d’un travail de déduction liée à la langue et qui, pour cette raison même est peu discutable. Si elle prend appui sur un sens st


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  • ANNEE 2012-2013

    Université FHB Cocody-Abidjan

    UFR LLC / Département de Lettres Modernes

    UE Grammaire/ Linguistique

    Parcours Linguistique /  CM / Master 1

    Pr hilaire BOHUI

     

    LES THEORIES DU DISCOURS

    Notes de présentation

    La problématique du discours ayant parti lié avec celle de l’énonciation, il paraît plus avantageux, d’un point de vue aussi bien strictement pédagogique que plus largement cognitif, d’établir ce lien d’ordre conceptuel et épistémologique.

    L’homme s’est toujours intéressé à la langue et à sa fonction dans la société. En effet, d’après ce que chaque personne capable d’articuler des mots et des phrases vit au quotidien, on sait que la langue permet aux hommes de communiquer. Elle leur permet ainsi d’être en contact les uns avec les autres. Mais au-delà de cette fonction sociale et universelle de la langue, l’homme s’est investi à savoir comment fonctionne cet "organisme" en lui-même, et dans son rôle de "passerelle" interhumaine. Cette curiosité, ce besoin d’en savoir plus sur la langue expliquent les études qui lui sont consacrées depuis des siècles.

    I - 1 Grammaire prescriptive / normative vs Linguistique(s)

     Selon le point de vue considéré, l’étude d’une langue, de toute langue peut s’orienter au moins dans deux directions avec leurs variantes. D’une part, la Grammaire dite  "prescriptive," "traditionnelle", "normative" qui s’intéresse exclusivement, du moins prioritairement à définir les règles du "bon usage", c’est-à-dire comment écrire et/ou parler correctement une langue.

    D’autre par, toutes les approches que l’on peut regrouper sous la notion de linguistique au sens où cette notion signifie « étude scientifique de la langue » et dont l’intérêt va bien au-delà des questions de "correction" ou du bon usage. Ces approches cherchent à comprendre au mieux le fonctionnement intrinsèque de la langue. Dans cette perspective, nous avons affaire à une démarche "descriptive" (ou descriptiviste). Ces approches linguistiques prennent leur point de départ véritable à partir des travaux du linguiste genevois Ferdinand de Saussure. Ces travaux ont, pour ainsi dire, révolutionné les études linguistiques. Implicitement, cela veut dire qu’avant Saussure, des études pour connaître le fonctionnement de la langue existaient bel et bien. On peut citer la Grammaire de Port-Royal en tant qu’approche comparée des langues.

    Cependant, les travaux de Saussure sont d’une si grande portée dans la conception même de la réflexion sur la langue que tous les spécialistes s’accordent à reconnaître qu’il a révolutionné les études linguistiques. Saussure est en effet considéré comme le père de la linguistique moderne à travers le structuralisme (ou la linguistique structurale) avec les différents "courants" qui s’en réclament plus ou  moins. Parmi ceux-ci, les plus connus sont la grammaire générative, la grammaire transformationnelle (nées aux Etats-Unis d’Amérique), la grammaire distributionnelle.Tous ces courants ou approches du structuralisme défendent la même thèse : la langue est un système de signes clos qu’on doit étudier comme tel et où les éléments n’ont de valeur que dans leur relation de dépendance les uns par rapport aux autres, contribuant ainsi à faire jouer au système (la langue) sa fonction de représentation du monde (désignation de ce qui existe). Mais surtout, la langue, appréhendée comme système de signes est étudiée « en elle-même et pour elle-même ». Cela veut dire que dans l’approche structuraliste (parfois, on dit aussi approche formelle ou formaliste), le linguiste s’intéresse aux règles de fonctionnement intrinsèque (propre) de la langue étudiée. Il s’agit par exemple de décrire comment les signes, c’est-à-dire d’une part les lettres de l’alphabet (représentant des sons) se combinent pour former des mots (autres signes de niveau juste au-dessus de celui des lettres de l’alphabet) ; d’autre part, comment à leur tour les mots se combinent pour former des phrases (niveau supérieur de la combinaison).

    En considérant ces deux principaux niveaux de combinaison des signes de la langue, on dit que celle-ci est doublement articulée, ce que traduit bien la notion de la double articulation de la langue (voir Cours de Linguistique Générale de Saussure) chez les structuralistes et de qualificatif de linguistique descriptiviste. 

    I - 2 Linguistique du code / de la langue vs Linguistique de la parole

    Autre paramètre essentiel à noter dans la linguistique structurale : les phrases  formées par la combinaison des mots et qui occupent le niveau supérieur de l’articulation de la langue sont combinées suivant le principe du sens et bien sûr de la syntaxe pour aboutir aux textes. Le structuraliste ne s’intéressant qu’à la langue et rien qu’à celle-ci, on  dit que le structuralisme est une linguistique du code ou de la langue. En passant volontairement sous silence des étapes intermédiaires caractéristiques de la quête de savoir de l’homme sur la langue pour aller à l’essentiel, on peut dire que les études linguistiques en étaient là lorsque les grammaires génératives et transformationnelles ont innové avec un linguiste américain du nom de Noam CHOMSKY à travers les concepts complémentaires clés que sont la compétence et la performance.

    Le postulat de Chomsky est que tout individu membre d’une communauté linguistique dispose d’une grammaire intériorisée qui lui permet de s’afficher comme sujet social par sa participation aux échanges verbaux. Pour ce linguiste, la " compétence" désigne ainsi l’aptitude virtuelle de tout sujet parlant (le locuteur de toute langue) à produire un nombre infini de phrases à partir d’un modèle. La " performance", elle, désigne l’aptitude du même sujet parlant à interpréter ou comprendre une infinité de phrases à partir d’un modèle donné. Par ce double concept, la parole est ainsi intégrée de fait au champ d’étude linguistique, alors que par le passé on ne s’intéressait qu’au fonctionnement de la langue et non à la parole qui permet de "dire quelque chose". Or, les gestes du corps, les expressions du visage, les soupirs, les mouvements de tête, le ton qu’on utilise en parlant, les circonstances dans lesquelles on parle, tout peut influencer la communication ; tout peut être significatif, tout peut "vouloir dire quelque chose" ; bref, tout peut transmettre un message.  C’est pourquoi tous ces éléments qui ne font pas partie de la langue elle-même et qu’on appelle pour cette raison des facteurs extralinguistiques jouent un rôle important dans une autre approche de la langue qui s’intéresse à la parole, au langage : c’est la linguistique de l’énonciation.

    Il convient de préciser une chose : on parle de linguistique de l’énonciation (au singulier) comme on parle de l’homme (au singulier) pour désigner l’espèce humaine dans toute sa diversité. En effet, la linguistique de l’énonciation ne constitue pas forcément un domaine uniforme, une perspective homogène ; bien au contraire. Elle est traversée par diverses théories avec parfois chacune sa démarche méthodologique voire épistémologique propre. C’est pourquoi on parle des théories de l’énonciation ou des linguistiques énonciatives (voir Marie-Anne Paveau et Georges-Elia Sarfati dans Les grandes théories de la linguistique pour ne citer que cet ouvrage).

     Mais quelle que soit leur orientation, les linguistiques de l’énonciation ont toutes en commun d’aller au-delà de la linguistique de la langue qu’elles critiquent sur ses insuffisances et limites pour « étudier les faits de la parole : la production des énoncés par les locuteurs dans la réalité de la communication » Paveau et Sarfati(2003 : 166). Que signifie donc ce concept fondateur et "révolutionnaire" qu’est l’énonciation ? D’où vient-il ? Quels en sont les figures de proue et les principaux théoriciens?

    I-                    RAPPELS SUCCINCTS SUR LES THEORIES DE L’ENONCIATION     

    Comme cela a été précédemment souligné (voir notes de présentation), la linguistique structurale en général conçoit la langue comme un système autotélique, c’est-à-dire fermé sur lui-même et qu’il faut étudier en tant que tel, les éléments du système n’ayant de sens que les uns par rapport aux autres. On peut donc résumer en disant qu’avec la linguistique structurale, on a affaire à une linguistique du mot et/ ou de la phrase dans laquelle les facteurs extralinguistiques ne comptent pas dans la production du sens et son interprétation.

    Au contraire d’une telle vision, la perspective de l’énonciation qui, justement prend en compte entre autres le locuteur, le contexte de sa prise de parole, les circonstances dans lesquelles cette parole est proférée, etc. est une nouvelle épistémologie (nouvelle manière d’appréhender la langue, nouvelle démarche ou méthode d’analyse) en matière d’étude linguistique. En fait, nous avons affaire non seulement à un changement épistémologique, mais également à une profonde modification conceptuelle : plutôt qu’une linguistique du mot et/ ou de la phrase, il s’agit d’une linguistique du discours au centre de laquelle les notions de sujet d’énonciation (le locuteur) et communication prennent toute leur importance.         

                I -1 L’énonciation : Histoire et définitions

                Comment peut-on alors définir la notion d’énonciation qui semble couvrir tout le processus de communication depuis la production du message jusqu’à sa réception (sa compréhension ou son interprétation) ?  Mais par-dessus tout, d’où vient-il ? A quels linguistiques doit-on cette notion ?

                II -1-1 L’Enonciation : Histoire succincte d’une notion

                L’avis selon lequel Emile Benveniste est le "père" de la théorie de l’énonciation est si répandue qu’on en oublie presque les tout premiers auteurs par qui cette notion a été révélée dans le champ linguistique. Paveau et Sarfati (2003 : 168) notent ainsi que « l’intérêt des linguistes pour les problèmes énonciatifs remonte aux années 1910 et 1920 en Europe et en Russie », époque qui voit l’émergence de la problématique énonciative. Mais l’essor, à la même époque, du modèle structuraliste arrête le développement de cette problématique.

                 Les noms de Charles Bally (Français) et du Russe Mikhaïl Bakhtine-Volochinov (1875-1975) sont cités comme les tous premiers à avoir instruit « la problématique de l’énonciation et de l’interaction ». Le premier, Bally prend la défense des ressources intrinsèques de la langue française à propos du discours indirect libre, en réponse à une critique d’un linguiste allemand sur la « répugnance du français pour le discours indirect libre à cause de la nécessité de la construction conjonctive ». Paveau et Sarfati(2003 : 168).

                Chez Bakhtine, « la conception du langage, fondamentalement interactive, implique nécessairement la prise en compte de l’énonciation » (idem) au centre de la laquelle le sujet parlant tient une place privilégiée et est relation avec son environnement. De là vient que pour lui, « l’énonciation est alors le véritable lieu de la parole, définie comme interaction verbale ». Autrement dit, déjà dans les années 20, l’approche énonciative du langage est inséparable d’une théorie du « sujet », l’instance qui dit " je" en parlant.  Sur cette base, on peut donc soutenir que ces deux auteurs sont les devanciers de Benveniste dont le statut de "père" de la théorie de l’énonciation dans la tradition française est ancré dans les consciences comme une évidence.

                Il faut également noter l’apport d’un linguiste comme Roman Jakobson. En effet, l’intégration de la dimension énonciative faite par ce chercheur à la conception de la communication est sans aucun doute un apport considérable. A ce propos, on ne peut passer sous silence son schéma de la communication (1963) avec ses six fonctions :

    -          la fonction expressive ou émotive, centrée sur l’émetteur ou le destinateur du message (le sujet parlant) ;

    -          la fonction conative qui intéresse le récepteur ou le destinataire du message ;

    -          la fonction référentielle, portant sur l’objet du message, les informations censées objectives ;

    -          la fonction phatique relative au canal utilisé lors de la communication ;

    -          la fonction poétique intéresse le message en tant que tel ; on touche ici au travail sur le style ;

    -          la fonction métalinguistique centrée sur le code lui-même.

     

    Il faut cependant noter que malgré le caractère novateur des travaux de Jakobson, ceux-ci ne manquent pas de soulever de vives critiques sur leurs insuffisances et limites. Parmi les critiques Kerbrat-Orecchioni Catherine (1980 :19). Entre autres reproches faits à la conception de la communication selon Jakobson, c’est le quasi diktat de l’émetteur sur le récepteur dans une sorte de linéarité parfaite des échanges : un locuteur s’adresse à un interlocuteur presque passif, alors que s’il y a échanges de paroles, ils ne peuvent être que mutuels, comme inscrits dans un mouvement de va et vient, l’interlocuteur y prenant une part active au même titre que le locuteur. Ainsi, plutôt que de parler d’énonciation, c’est la notion de co-énonciation qui convient. Telle est la thèse défendue et promue par Antoine Culioli (voir infra)

     

                            I-1-2 Enonciation : définitions

                Comme précédemment annoncé, Emile Benveniste (1902-1976)  passe pour être le père de la théorie de l’énonciation. Rien d’étonnant donc que les définitions de la notion commencent avec lui.

                            I-1-2-1 Benveniste et la théorie de l’énonciation

                Selon Emile Benveniste, « L’énonciation est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation » (1974 : 80). Benveniste, qui remplace la notion de " parole" par celle de "discours" précise qu’il existe une « différence profonde entre le langage comme système de signes et le langage assumé comme exercice par l’individu. Quand l’individu se l’approprie, le langage se tourne en instance de discours ».

                Une telle définition invite à une distinction, voire à une opposition nette entre ce qui relève de la sémiotique et ce qui appartient au domaine sémantique. Pour  Benveniste, le sémiotique se situe du côté de la langue :

                 Enonçons donc ce principe : tout ce qui relève du sémiotique a pour critère nécessaire et suffisant qu’on puisse l’identifier au sein et dans l’usage de la langue. Chaque signe entre dans un réseau de relations et d’oppositions avec d’autres signes qui le définissent, qui le déterminent à l’intérieur de la langue. Qui dit "sémiotique" dit  "intra-linguistique" (1974 : 222-223)

                On retrouve-là l’héritage structuraliste de Benveniste dans cette définition où  la construction du sens est articulé avec les relations entre les signes du système que constitue la langue, avec pour macro-unité linguistique d’analyse la phrase. Mais l’un des apports significatifs de Benveniste à la connaissance du phénomène d’énonciation est sans aucun doute cet ensemble de procédés par lesquels le locuteur s’inscrit dans son énonciation et qu’on appelle les indices grammaticaux de l’énonciation. Chez Benveniste, ils portent le nom d’ "appareil formel de l’énonciation". Mais au-delà, l’appareil formel lui-même traduit un aspect important de la conception de l’énonciation chez Benveniste, c’est la subjectivité des locuteurs ou la subjectivité dans le langage.

                II-1-2-2 L’appareil formel ou les indices grammaticaux de l’énonciation

                On y compte un composant (paramètre) fondamental comme la situation d’énonciation. Cette notion renvoie à l’ensemble des paramètres grâce auxquels la communication peut avoir lieu, à savoir le locuteur, l’interlocuteur, le lieu et le moment de leur échange. Tous font partie de ce qu’on désigne du nom générique de déixis, mot grec signifiant « ostension » c’est-à-dire le fait de montrer et dont les formes linguistiques sont les déictiques. Ceux-ci comprennent traditionnellement les indices personnels et spatio-temporels. La valeur déictique des indices personnels, savoir "je" et " tu" et leurs variantes vient de ce qu’ils signalent la présence du locuteur (pour le "je") et de l’interlocuteur (pour le " tu"). Pour Benveniste, les pronoms de la première et deuxième personnes grammaticales sont les seuls vrais déictiques personnels contrairement au pronom de la troisième personne ("il "). Et pour cause : est identifié comme "je" le locuteur qui, parlant, s’auto-désigne par ce pronom au moment de sa prise de parole, tandis que "tu" renvoie dans la situation de communication à l’instance à qui "je" s’adresse en utilisant ce pronom. Le cas de "Il" (3è personne) est différent dans la mesure où il réfère (renvoie) à la personne dont " je" et "tu" parlent. Et parce qu’il échappe à la situation de communication,  le pronom de la 3è personne est qualifié de « non-personne » par Benveniste :

                Dans les deux premières personnes, il y a à la fois une personne impliquée et un discours sur cette personne. « Je »  désigne celui qui parle et implique en même temps un énoncé sur le compte de « je » : disant « je », je ne puis ne pas parler de moi. A la 2è personne, « tu » est nécessairement désigné par « je » et ne peut être pensé hors d’une situation posée à partir de « je » ; et en même temps, « je » énonce quelque chose comme prédicat de « tu ». Paveau et Sarfati (2003 : 173)

                C’est que la 1ère et 2è personnes n’ont de réalité précise et instantanément saisissable que dans le discours qui les emploie et n’ont pas de signifié stable et universel. Quant aux déictiques spatio-temporels, ils concernent l’espace et le temps dont l’importance dans la communication est reconnue unanimement. Benveniste les présente comme suit :

                Ce sont les indicateurs de la déixis, démonstratifs, adverbes, adjectifs, qui organisent les relations spatiales et temporelles autour du « sujet » pris comme repère : ceci, ici, maintenant, et leurs nombreuses corrélations cela, hier, l’an dernier, demain, etc. Ils ont en commun ce trait de se définir seulement par rapport à l’instance de discours où ils sont produits, c’est-à-dire sous la dépendance du je qui s’y énonce.(idem).

                Dans  L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Kerbrat-Orecchioni reprend pour l’essentiel cette approche de l’énonciation de Benveniste au-delà d’apports importants en termes de " réajustements" de certains aspects des travaux de Benveniste. Ainsi, pour Kerbrat-Orecchioni, l’énonciation est d’abord « le mécanisme d’engendrement d’un texte, le surgissement dans l’énoncé du sujet d’énonciation, l’insertion du locuteur au sein de sa parole ». A partir de cette définition, Kerbrat-Orecchioni précise quel doit être l’objet d’étude à privilégier. Pour elle, la tache du linguiste consiste à procéder à « la recherche des procédés linguistiques […] par lesquels le locuteur imprime sa marque à l’énoncé, s’inscrit dans le message (implicitement ou explicitement) et se situe par rapport à lui (problème de la « distance énonciative »). (1980 : 32)

                On peut donc dire qu’en matière d’énonciation, le locuteur (l’instance qui dit "je") est au centre de l’analyse puisque la construction du sens, c’est-à-dire tout le processus de production et d’interprétation de ce qui est exprimé au moyen de la parole s’organise autour de sa personne, du moment de cette prise de parole, ses choix, sa réalité, son environnement. Si l’on pouvait résumer cette conception dans une formule, ce serait sans doute le Moi – Ici – Maintenant. Dans ces conditions, le terme "énonciation," comme cela apparaît très clairement, doit être envisagé comme le mécanisme ou la technique d’inscription du sujet parlant dans l’énoncé qu’il produit lui-même. Plus simplement, on peut dire que l’énonciation renvoie à « la présence du locuteur à l’intérieur de son propre discours ». Or, il convient de le rappeler, cette présence se fait au moyen d’éléments linguistiques tels que les verbes, les adjectifs, les adverbes (de temps et de lieu), les pronoms personnels etc, connus sous le nom d’indices grammaticaux (de l’énonciation).  A  ce stade, il semble a priori anachronique et sans objet de se demander ce que recouvre la notion de " théorie." Cependant, vu que cette notion a pour complément déterminatif le syntagme "du discours" (théories du discours) quelques élucidations conceptuelles peuvent être utiles.

    II- Quelques Elucidations conceptuelles  

    II-1 Qu’est-ce qu’une "théorie" ?

    Prenons le domaine du sport de rente, en particulier le football professionnel. Une équipe de football se compose d’abord d’athlètes, en l’occurrence les footballeurs. Ceux-ci exercent leur métier dans un encadrement technique dont le premier responsable sur le terrain est l’entraîneur. Celui-ci travaille avec les athlètes selon une certaine "philosophie" du jeu ; cette philosophie c’est sa conception, sa vision du football (ou celle de ses employeurs) censée lui permettre d’atteindre les résultats escomptés, c’est-à-dire les victoires et les trophées pour bâtir au club la notoriété rêvée ou la consolider.  Il existe donc une variété de conceptions du jeu qu’on qualifie parfois aussi de "systèmes" de jeu.

    Par exemple, le football anglais, le "Kick and rush" est réputé pour être un jeu direct, réaliste et sans fioriture, l’efficacité ou la finalité (la victoire ou sa quête) en constituant l’essence. Il en va de même pour le football italien connu pour l’hermétisme ou la rugosité du bastion défensif ; le football brésilien, lui, est réputé pour sa préférence pour le spectacle ou le beau jeu, ce qui autorise certains observateurs à le qualifier de "football champagne." En Côte d’Ivoire, on a parlé du "système Troussier", du nom de l’ex-entraîneur de l’équipe de l’ASEC d’Abidjan. Les observateurs du milieu du football ivoirien connaissent également le système tabouret associé au nom de Yéo Martial.

    Comme on peut le voir, le type de football pratiqué est une approche (une option de jeu parmi d’autres) du football, c’est-à-dire un ensemble de principes et de règles selon lesquels les athlètes doivent évoluer sur l’aire de jeu dans la quête du meilleur résultat possible. Ces principes et règles elles-mêmes s’appuient sur certaines convictions dont ils sont en même temps l’aspect intellectualisé, le côté pratique (la mise en œuvre) incombant aux athlètes en situation de jeu.

    Dans le domaine intellectuel justement, et notamment de la recherche ainsi que de la science, les théories qui y sont la loi du genre constituent pour ainsi dire le socle à partir duquel chaque spécialité de la recherche et de la science aspire aux fins qu’elle s’est assignées ou aux résultats qu’elle prétend obtenir. La notion de théorie telle qu’envisagée dans le cadre de cet enseignement peut donc être définie en première approximation de la manière suivante : ensemble de pensées structurées à partir d’une certaine conviction sur les choses, faits et phénomènes connaissables par l’esprit humain et qui visent à atteindre certains résultats pratiques (pragmatiques) suivant une méthode plus ou moins élaborée à cette fin. Toute théorie suppose donc nécessairement une thèse que l’on promeut (défend).

    Selon Le Petit Robert (2013 : 2548), le terme théorie renvoie ainsi à un « Ensemble d’idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisés, appliqué à un domaine particulier ». Dans ce sens, "théorie" a pour synonymes spéculation ; conception, doctrine, système, thèse.  A ce stade, on peut déjà dire qu’une théorie du discours est une approche du discours, c’est-à-dire une certaine conception du discours avec son vocabulaire, son analyse, etc.  Qu’est-ce donc que le "discours"?

    II-2 Que recouvre le terme "Discours" ?

    Dans son acception ordinaire, le mot "discours" est entendu dans le sens de "profération de parole". Une connotation péjorative de "développement verbeux" c’est-à-dire inopportun et dénué d’intérêt est parfois associée à cette acception courante. Dans ses Eléments d’analyse du discours (p 14 -15), G. E. Sarfati présente un "tableau synoptique" du mot qui en dit long sur sa polysémie. Le terme "discours" désigne tour à tour :

    -          Le langage mis en action, la langue assumée par le sujet parlant ; il a alors pour synonyme "parole" en tant qu’il représente le mode d’actualisation par excellence (à l’écrit ou à l’oral) de la langue, code virtuel de communication.

    -          En grammaire de texte, tout énoncé supérieur à la phrase, considéré du point de vue des règles d’enchaînement des suites de phrases.

    -          Pour Benveniste, l’instance d’énonciation (le « moi-ici-maintenant » du sujet parlant).

    Au sens restreint et spécialisé le mot discours renvoie dans cette perspective à tout énoncé envisagé dans sa dimension interactive et s’oppose alors au "récit". Dans cette opposition, le discours se distingue par une énonciation supposant un locuteur et un interlocuteur avec une volonté du premier d’influencer le second. Le terme renvoie ainsi à tout échange verbal entre deux personnes ou plus.

    -          En analyse conversationnelle (une autre théorie du langage voisine et complémentaire de la pragmatique) "discours" a justement pour synonyme  "conversation".

    -          Selon Maingueneau, le discours est un système de contraintes qui régissent la production d’un ensemble illimité d’énoncés à partir d’une certaine position sociale ou idéologique. C’est la question des genres de discours qui est visée ; on parlera ainsi de discours féministe, de discours politique, etc. Il convient ici de distinguer entre type de discours et genre de discours : le premier, d’acception plus large inclut le second qui en est comme une déclinaison ou une modalité. Par exemple, les termes comme coup franc, tir au but, pénalty, carton rouge, hors jeu, etc. s’appliquent au football en tant que genre particulier de sport pris globalement. On dira donc que ces termes appartiennent au discours footballistique en tant que genre en même temps qu’ils relèvent du discours sportif.

    -          Hors de la conception logocentriste du langage, le terme "discours" est également entendu comme tout système de signes non verbal, en étroite relation avec les réseaux de signification ou de signifiance qui intéresse la sémiotique. On pense ici, par exemple aux panneaux et à toutes les signalisations routières qui font le code de la route.

    -          En analyse du discours, l’ensemble des textes considérés en relation avec leurs conditions historiques (sociales, idéologiques) de production. Cette définition rejoint celle antérieure de Maingueneau dans la mesure où elle intègre la dimension des genres (discours syndical, masochiste,  politique, etc).

    Si le mot discours qui en est une composante essentielle est polysémique, l’analyse du discours ne se présente pas davantage de façon unitaire tant les nuances sur son objet sont réelles.  C’est ce qui justifie la notion de théories du discours (au pluriel). Et parce que le  terme discours renvoie à la langue en situation, il a pour synonyme admis le terme "langage." On ne s’étonnera donc pas des différentes composantes de l’intitulé générique de cet enseignement parmi lesquelles initiation à une approche du lange : la pragmatique.

     

    Remarque : Pétition de principe

    La grande polysémie du terme "discours" donne une idée sur l’impossible unanimisme dans la connaissance et le traitement de l’objet "discours" dans le domaine de la linguistique. En effet, autour d’un objet commun envisagé dans une conception logocentrique (primauté de la parole, du verbe) tout aussi partagée, les approches en sciences du langage se multiplient, se chevauchent parfois, revendiquent souvent leur autonomie heuristique et même épistémologique. On hésite ainsi à parler de "disciplines", de "courants", de "domaines" propres et distincts, etc. L’analyse conversationnelle avec ses variantes internes ; l’analyse du discours elle-même tantôt considérée comme une discipline "mère" tantôt comme une spécificité ou un simple espace de problématisation ; la pragmatique et ses différentes approches, etc. montrent bien que dans les théories du discours l’élément structurant est l’objet d’étude commun, c’est-à-dire le discours (la parole ou le langage). G.E. Sarfati et M.A Paveau dans Les grandes théories de la linguistique. De la grammaire comparée à la pragmatique (2003) distinguent ainsi entre les linguistiques discursives qui comprennent la linguistique textuelle, l’analyse du discours et la sémantique textuelle d’une part, et les théories pragmatiques d’autre part. En toute logique donc le présent cours tel qu’intitulé devrait procéder à une revue de littérature sur toutes les approches connues à ce jour en matière d’étude du discours au sens linguistique du terme. Ce ne serait là que tout bénéfice pour chacun. L’orientation donnée à cet enseignement est cependant restrictive, ne privilégiant à dessein que certaines des approches du discours où celui-ci est envisagé dans le cadre d’une interaction sociale et plus particulièrement la pragmatique.

    Pour conclure cette note de présentation, il faut donc observer que la linguistique de l’énonciation apparaît comme un cadre global de problématisation et d’étude du langage ou discours sous différentes approches. Il convient par ailleurs de retenir que dans ce cadre-là, l’étude (de l’énonciation) peut s’orienter dans deux directions complémentaires : d’une part l’étude du mécanisme linguistique d’inscription du sujet parlant dans son propre discours ; d’autre part l’étude de l’interaction verbale ou des actes de langage. La pragmatique privilégie cette deuxième orientation.

    Bibliographie indicative

    Benveniste Emile (1966 &1974). Problèmes de linguistique générale tome 1 &2, Paris, Editions Gallimard.

                Cervoni Jean, 1992 (1987), L’Enonciation, Paris, PUF

    Culioli Antoine (1990-1999), Pour une linguistique de l’énonciation, 3 tomes, Editions Ophys

    Ducrot Oswald (1984), Le Dire et le Dit, Paris, Editions de Minuit

    Kerbrat Orecchioni Catherine (1980). L’Enonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris, Armand Colin

    Paveau Marie-Anne, Sarfati Georges-Elia (2003). Les grandes théories de la linguistique. De la grammaire comparée à la pragmatique, Paris, Armand Colin.

     

     

     

     

     

    CH I- Initiation à une théorie du langage : la pragmatique 

                             II –1 La Pragmatique : Définitions  

    Dans l’usage, le mot "pragmatique" appartient  à deux classes grammaticales selon le cotexte ; il peut être employé comme adjectif et comme nom. En tant qu’adjectif, il se rapporte évidemment à un mot ; on dira par exemple de quelqu’un qu’il a un sens pragmatique des choses ; d’un tel autre qu’il a fait preuve d’une attitude pragmatique. Dans ce sens, le mot "pragmatique" est en général compris comme signifiant sens "pratique" ou " réaliste", c’est-à-dire qui n’est pas adepte des grandes théories improductives, oiseuses, etc.

    Selon l’étude de C. Morris sur l’appréhension de toute langue, cette acception adjective du terme "pragmatique" se situe dans le même paradigme que les mots "sémantique" et "syntaxique", toute étude de langue (naturelle ou formelle) comportant un composant sémantique, un composant syntaxique et un composant pragmatique. Si la syntaxe concerne les rapports des signes les uns aux autres ( les règles de combinaison des mots), que la sémantique intéresse leurs relations avec la réalité (le sens ou de signification), la pragmatique, elle, privilégie « les relations des signes avec leurs utilisateurs, leur emploi et leurs effets ». Les auteurs du Dictionnaire d’analyse du discours (p 454) précisent ainsi que : « De manière plus générale, quand on parle aujourd’hui de composant pragmatique ou quand on dit qu’un phénomène est soumis à des "facteurs pragmatiques", on désigne par là le composant qui traite des processus d’interprétation des énoncés en contexte : qu’il s’agisse de la référence des embrayeurs ou des déterminants du nom, qu’il s’agisse de la force illocutoire de l’énoncé, de sa prise en charge par le locuteur (l’énoncé peut être ironique, par exemple) des implicites qu’il libère, des connecteurs, etc. ».

    Cette précision assure l’articulation avec ce qui nous occupe à savoir la pragmatique. Employé comme nom, il faut observer que le mot est assez productif bien qu’il n’ait pas une valeur stable et univoque, dans la mesure où il permet de désigner, selon Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (Dictionnaire d’analyse du discours, p 454-457) tour à tour une sous discipline de la linguistique ; un certain courant d’étude du discours, ou une  certaine conception du langage.

    II -2 Histoire succincte de la Pragmatique

                Du point de vue étymologique, le terme pragmatique vient du grec "pragma" qui signifie action. Cependant, sans entrer dans les détails historiques et étymologiques, on peut retenir que le terme pragmatique ressortit originellement au domaine de la philosophie, en particulier la philosophie du langage. En effet, tous les spécialistes qui s’intéressent à son histoire évoquent invariablement ses rapports étroits avec la philosophie anglo-saxonne. Selon Dominique Maingueneau (1997: V) « La pragmatique […] a pour contexte culturel privilégié la philosophie anglo-saxonne. Issue des réflexions de philosophes et de logiciens, elle n’est en rien l’apanage des linguistes et ouvre tout autant sur la sociologie ou la psychologie ». Le terme a ensuite intégré le domaine de la linguistique grâce à des auteurs dont le plus représentatif est sans aucun doute l’Anglais John Austin. Dans on ouvrage How to do things with words (1962) traduit de l’anglais en 1970 sous le titre de Quand dire, c’est faire, John Langshaw Austin a théorisé le premier l’interaction verbale en décrivant comment « le langage configure également notre relation à autrui, en quoi l’usage de la parole est aussi une modalité de l’agir ». Plus simplement, cela signifie que c’est Austin qui, le premier a formalisé la manière dont, par le langage, les hommes agissent les uns sur les autres, s’influencent mutuellement et donc comment, de la sorte, parler devient un acte que l’on pose.

    Depuis les travaux de Austin, la langue n’est plus simplement confinée dans sa fonction instrumentale comme c’était le cas jusque-là avec la conception descriptiviste de la linguistique structurale en particulier. Avec Austin, la langue acquiert un statut de modalité ou de moyen d’action. Le langage ou le discours est un "acte" que l’on pose, car parler c’est agir d’où la notion des actes de langage ou de parole. Georges-Elia Sarfati (2002 : 22) note dans cette optique : « En développant une conception opérationnelle de l’usage linguistique, Austin dépasse la philosophie de la représentation en suggérant que le langage est également vecteur d’action ».

    Paul Grice a poursuivi le travail de Austin en particulier sur la problématique de l’implicite, un des objets fondamentaux qui intéressent les théories de l’énonciation en général et celles du discours en particulier. Que recouvre le terme de " implicite" ?  Dans la vie au quotidien, la langue constitue le moyen privilégié des relations humaines (interhumaines ou sociales). Dans bien des circonstances de communication, les hommes parlent et se parlent de manière directe, explicite. Supposons ce dialogue entre des personnes (locuteur1= L1 et locuteur 2 = L2) qui se connaissent et se rencontrent :

    - Bonjour Océane, mais où vas-tu ainsi l’air pressée ? 

    - Au campus ; au revoir !

    On admet d’ordinaire qu’un échange comme celui qui précède ne dissimule rien et que tout y est dit de manière explicite, les informations données n’ayant pas besoin d’un quelconque effort pour être comprises. Mais la réalité des rapports sociaux n’est pas toujours aussi explicite, les échanges communicatifs faisant souvent appel à des non-dits qu’il faut interpréter. Certains de ces non-dits sont inscrits dans la langue elle-même (on les appelle les présupposés), d’autres en revanche dépendent de la situation de communication ou du contexte (ce sont les sous-entendus). En voici quelques exemples :

    1-      Sadia s’est passé de son fauteuil roulant (=Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant / Sadia utilisait un fauteuil roulant avant)

    2-      Kouadio ne boit plus (=Kouadio a cessé de boire / Kouadio buvait avant)

    3-      Pamela est divorcée depuis peu (=Pamela n’est plus mariée / Pamela était mariée jusqu’à une date récente)

    4-      L’effort fait les forts (= si on ne fournit pas d’effort, si on est paresseux on n’a aucune chance d’être fort, on n’obtient aucun résultat)

    5-      Si tu travailles bien, tu auras un cadeau (= Si tu ne travailles pas bien tu n’auras pas de cadeau)

    6-      Tu me répondras si je m’adresse à toi (=Si je m’adresse à quelqu’un d’autre, tu te tais).

    Les trois premiers énoncés relèvent de ce qu’on appelle les présupposés tandis que les trois derniers appartiennent au domaine des sous-entendus, tous deux faisant partie de l’implicite. Sur cette base et à ce stade, on peut définir l’implicite comme tout ce qu’un locuteur laisse entendre et qui comprend la catégorie des sous-entendus et des présupposés. Quelles sont donc les caractéristiques des deux composantes de l’implicite ?

    II-2-1- Présupposés et Sous-entendus : présentation succincte

    Comme cela a été dit précédemment, l’expérience des relations sociales montre qu’ en matière de communication au moyen du langage, les messages peuvent être transmis avec la plus grande clarté possible ou de manière directe qui ne laisse pas de place à l’interprétation, au doute susceptible de conduire à des "erreurs" de compréhension. Toutefois, il est très fréquent que les messages délivrés comportent quelque "zone d’ombre" du fait de l’énonciation même ou des mots utilisés. Dans ces conditions, l’interlocuteur aura besoin de faire un certain effort de décodage ou de faire appel au système épistémique (croyances et connaissances, etc.) partagé avec le locuteur. En effet, pour diverses raisons, la communication interhumaine n’est pas toujours claire comme de l’eau de roche ; bien au contraire, tout n’étant pas toujours dicible en toute transparence, on peut être amené à suggérer les choses, à les dire sans paraître les avoir dites, c’est-à-dire transmettre un message indirect alors même que l’objet principal de la communication est, lui, saisi du premier coup, sans aucune difficulté. Parfois même, cette information en arrière plan qui paraît a priori secondaire peut être la véritable information que l’on cherche à passer. Autrement dit, l’expérience de la communication atteste que l’on peut dire sans vraiment dire, qu’on peut " sous-entendre". Sous-entendre quelque chose en parlant c’est le dire indirectement, de manière voilée ; on dit aussi dans ce sens "insinuer" quelque chose. Considéré de ce point de vue, le sous-entendu est généralement assez bien connu des usagers d’une langue,  que ce soit comme notion ou comme pratique langagière. Cela n’est pas toujours le cas de la présupposition. 

    II-2-1-1 A propos des contenus présupposés

    D’un point de vue morphologique, le terme "présupposé" est comparable à  d’autres comme préposition, prédéterminé, précuire, prédisposition, etc. où le préfixe "pré" est associé à un autre mot. Il s’agit respectivement de position, déterminé, cuire et disposition. Le préfixe permet ainsi d’assigner au mot l’idée d’un état, d’une action antérieure ou simplement de ce qui est "avant".  Pour les besoins de la description, considérons que  le terme "Présupposé" se compose de pré- et –posé et revenons aux exemples précédents :

    1-Sadia s’est passé de son fauteuil roulant (= Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant /Sadia utilisait un fauteuil roulant avant)

    2-Kouadio ne boit plus (=Kouadio a cessé de boire / Kouadio buvait avant)

    3-Pamela est divorcée depuis peu (=Pamela n’est plus mariée / Pamela était mariée jusqu’à une date récente)

    Le sens immédiat de l’énoncé (1) est « Sadia n’utilise plus de fauteuil  roulant» ; c’est l’information principale objet de la communication. Pour cette raison même, elle correspond à ce qu’on appelle le posé du contenu de l’énoncé en tant que message de premier plan délivré par le locuteur et instantanément saisi comme tel.  C’est pourquoi, dit Ducrot (1984 : 20), « le posé est ce que j’affirme en tant que locuteur » ; il soutient encore que « le posé se présente comme simultané à l’acte de communication, comme apparaissant pour la première fois, dans l’acte de communication, au moment de cet acte ».

    Mais énoncer « Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant » c’est dire que, auparavant, il en était autrement et c’est à cet aspect "antérieur" de plus ou moins fraîche date que correspond le sens « Sadia utilisait un fauteuil roulant auparavant ». Or ce sens n’est pas directement formulé par l’énoncé mais vient d’une opération de déduction que l’on nomme inférence. En effet, « Sadia utilisait un fauteuil roulant avant » est inféré de « Sadia s’est passé de son fauteuil roulant » à partir de la connaissance que l’interlocuteur a du code utilisé, c’est-à-dire ici le français. Grâce à cette connaissance, il sait que « ne plus faire une chose » est non seulement l’annonce de la cessation de cette chose mais aussi l’aveu de ce que justement on faisait cette chose par le passé. Ce deuxième sens "caché" et pourtant bien présent en arrière plan, donc non visible parce que non offert sous forme de signes à lire, c’est ce qu’on appelle le présupposé. Il est présupposé, mieux préposé, c’est-à-dire posé avant parce que, en toute logique, on ne peut mettre fin qu’à quelque chose qu’on a déjà commencé à faire et que l’on continuait probablement de faire. Ducrot (1984 : 29-21) observe dans ce sens que « le présupposé est […] commun aux deux personnages du dialogue, comme l’objet d’une complicité fondamentale qui lie entre eux les participants à l’acte de communication » et qui « essaie toujours de se situer dans un passé de la connaissance, éventuellement fictif, auquel le locuteur fait semblant de se référer ». Ainsi dans « Sadia s’est passé de son fauteuil roulant », on ne peut inférer le sens « Sadia n’utilise plus de fauteuil roulant » sans passer par la reconnaissance préalable de ce que naguère Sadia se servait de fauteuil roulant. Il en va de même pour les énoncés (2) Kouadio ne boit plus et (3) Pamela est divorcée depuis peu : Kouadio ne boit plus signifie « Kouadio a cessé de boire », ce qui est une reconnaissance de ce que Kouadio buvait avant. Quant à (3), il signifie « Pamela n’est plus mariée », ce qui veut dire implicitement que Pamela était mariée auparavant.

    Ces exemples montrent bien une des caractéristiques fondamentales du contenu présupposé ou du présupposé : son affiliation consubstantielle à l’énoncé lui-même et c’est bien ce qui valide la procédure d’inférence en l’activant. L’inférence s’appuie en effet sur les mots mêmes de l’énoncé pour en "extraire" le sens dissimulé. C’est pourquoi Ducrot (1984 : 25) affirme « la détection des présupposés n’est pas liée à une réflexion individuelle des sujets parlants, mais […] elle est inscrite dans la langue ». En effet, le présupposé étant « attaché à l’énoncé lui-même » ainsi qu’ « aux phénomènes syntaxiques les plus généraux », il relève intrinsèquement de la langue (le "composant linguistique"). La présupposition est donc « partie intégrante du sens des énoncés » (1984 :44)

    La deuxième caractéristique des présupposés est qu’ils peuvent subir avec succès le test de négation et d’interrogation par la préservation ou conservation de leur contenu asserté. Pour l’énoncé (1) ce contenu est le fait que Sadia utilisait un fauteuil roulant avant. Selon Ducrot, « les présupposés d’une assertion sont conservés lorsque cette assertion est transformée en négation ou en interrogation ». Ainsi, que ce soit :

    Sadia utilise-t-elle toujours / encore le fauteuil roulant ?

    Sadia n’utilise plus le fauteuil roulant.

    Ce qui est permanent et qui constitue comme un déterminant sémique fixe c’est que Sadia utilisait un fauteuil roulant dans un passé récent.

    Comme on le voit, l’analyse pour arriver à tirer toute la conséquence sémantique des énoncés ci-dessus s’appuie toujours sur certaines unités linguistiques de l’énoncé qu’elle exploite. Dans (1) par exemple,  l’unité sur laquelle s’appuie le travail d’assignation de sens est la suite " n’utilise plus" ; dans l’énoncé (2), c’est "a cessé", et dans (3) "n’est plus". A partir de ce constat, Kerbrat-Orecchioni (1986 : 13) dit ainsi, à propos des « supports linguistiques des contenus implicites » que « toute unité de contenu susceptible d’être décodée possède nécessairement dans l’énoncé un support linguistique quelconque ». Et à la page suivante, l’auteur précise : « Toute unité de contenu, explicite ou implicite, possède un ancrage textuel ou indirect, donc en dernière instance certains supports signifiants sur lesquels repose prioritairement son émergence ».

    Pour résumer, il faut noter que le posé d’un énoncé est le contenu du message délivré en principale intention de communication ; c’est l’information donnée prioritairement à l’interlocuteur. Le présupposé, lui, est le contenu second ou dérivé de l’information principale suivant une procédure de déduction liée aux mots et leur syntaxe, c’est-à-dire à la langue elle-même. Qu’en est-il du contenu sous-entendu ?

    II-2-1-2 A propos des contenus sous-entendus

    Retournons aux énoncés déjà proposés :

    3-L’effort fait les forts (= si on ne fournit pas d’effort, si on est paresseux on n’a aucune chance d’être fort, on n’obtient aucun résultat)

    4-Si tu travailles bien, tu auras un cadeau (= Si tu ne travailles pas bien tu n’auras pas de cadeau)

    5-Tu me répondras si je m’adresse à toi (=Si je m’adresse à quelqu’un d’autre, tu te tais).

    Les significations (entre parenthèse) assignées à ces énoncés sont le résultat d’une forme de raisonnement qu’induit l’interlocuteur en prenant à rebours (à l’opposé) les énoncés donnés. Prenons l’exemple (3). L’interprétation selon laquelle « L’effort fait les forts » signifie "Si on est paresseux on n’obtient aucun résultat" ne provient pas, comme dans le cas des présupposés d’un travail de déduction liée à la langue et qui, pour cette raison même est peu discutable. Si elle prend appui sur un sens st


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                Qui suis-je moi, l’Africaine ? Milles générations de souffrances, de misères, de pauvretés, de galères et de trahisons, sans oublier des milliers de générations de guerres. Pauvre Africain ! Qui suis-je, moi l’Africaine ? Je n’ai pas encore compris l’histoire.

    Commençons dès le début pour mieux vous situer. L’esclavage, ce sont les blancs qui l’ont fait subir aux Africains et ce sont eux encore, après avoir tant fait souffrir les Africains, qui ont décidé d’en mettre fin, car ils avaient encore une autre chose qu’ignoraient les Africains. Cette autre chose était la colonisation…Les blancs ont pillé les Africains même leur propre identité. Certains Africains dits intellectuels ou écrivains ou poètes issus de l’école des blancs vont décrier cette nouvelle chose qui dénigrait l’Africain. Ces fameux intellectuels donnèrent l’indépendance à leurs pays, et les blancs dirent que les pauvres nègres n’étaient pas prêts pour la démocratie. Qui suis-je moi, l’Africain ? Massacre, massacre, complot l’Africain est en perpétuel recherche de leur identité volé en accusant l’Occident. Mais tout temps en voulant gagner leur vie en Europe. Ils n’ont qu’une parole dans la bouche : « je dois aller en Europe pour me chercher ». C’est à cette absurdité de l’Africain que la plume offusquée s’interroge-t-elle. Qui suis-je moi, l’Africaine ?

    Est-ce moi qui ai demandé d’être venue au monde pour souffrir et ne point connaître ma destinée ? Je fuis mon continent pour me chercher et je suis la première à accuser l’Occident des malheurs qui frappent mon continent. J’envie l’Occident mais je refuse qu’il me commande ou me néo colonise. Pour mes études, pour ma formation, c’est l’Occident que je veux et pourtant je ne veux pas qu’il m’impose ses idées. Je refuse sa domination, son hégémonie et je crie sur tous les toits du monde qu’il y a une sorte de néo-colonisation. Pauvre, que je suis !

    Hier, j’étais Samory Touré, Béhanzin, El Hadj Omar Tall, Ménélik, Babemba, Naaba, Ashantihen Premph, Rabah ; et au cours de la longue marche de mon refus je fus Nkrumah, Lumumba, Moumie, Mondlane, Mahgouh, Gabral, Sankara, Kaunda, Mugabe, Museveni, Mandela, Nyerere, Gbagbo…et trahi par mes frères et sœurs, je suis tombée les armes à la main, souvent oubliée des mémoires, je deviens un fantôme errant pour eux. En d’autres mots, ma lutte a été vaine. La précarité de mon pays, de mon continent est due non pas par moi mais par l’Occident, voici ma thèse lorsque je me rappelle de la colonisation et de mes résistants, de mes révolutionnaires. Oubliant que c’est moi je les ai trahi préférant mon intérêt personnel que l’intérêt de la nation. Aujourd’hui, je m’étonne que l’Occident soit riche, développé que mon continent. Pourquoi m’étonnerai-je ? J’ai oublié que lorsque l’Occident me donnait mon indépendance il me donnait la possibilité de travailler pour mon continent… et de passer tout mon temps à tuer mes frères ou mes sœurs pour le faire plaisir. Assis dans le fauteuil de son salon, l’Occident se rit de ma misère et de mon absurdité. Quand tu ne veux pas que l’Occident s’ingère dans tes affaires ne va pas chez lui pour te chercher…

    La saleté, nos lagunes polluées, les montagnes d’ordures sur nos routes, le savoir vive, l’instruction inexistante, la corruption sont dus à l’Occident ou à ma misère ou ma négligence de bien-faire et de vouloir bien-faire ? Je crois que cela est dû à ma négligence de bien-faire et de vouloir bien-faire. Mon malheur n’est pas l’Occident car l’eldorado est dans mon continent. Pourquoi l’Occident se livre-t-il la guerre pour me contrôler ? Parce que j’ai des richesses, du pétrole, parce que je suis nombreuse et je suis plus puissante que lui. Il me met en conflit avec moi-même et avec mes frères et sœurs, et lorsque nous sommes en train de nous entretuer, il passe de l’autre côte pour piller ma richesse… parce que je suis idiote, imbécile zouave. L’analphabétisme peut-il expliquer ma misère et le fait de mon sous-développement ? Non, car on n’a pas besoin de savoir lire et écrire pour avoir le bon sens et le discernement de bien-faire ou de vouloir bien-faire. Le problème c’est que je ne sais pas que j’ai un problème personnel causé par moi-même. Refusant cette réalité, j’accuse l’Occident de mes malheurs oubliant que j’ai un comportement de crabe dans un panier plein de crabes. La plume offusquée a trop insulté les pauvres dirigeants africains, la société civile oubliant que le mal à éradiquer se trouve au sein de la population. Le peuple africain, qui es-tu ? Pourquoi tant de contradiction dans tes propos et gestes ? Pourquoi tant d’absurdité dans ton comportement. La plume offusquée refuse d’aller chez l’Occident pour se chercher sachant qu’elle ne veut pas la domination de celui-ci. Elle restera dans son pays, dans son continent pour se hisser au mât de la gloire, et être sur la marche des grandes nations. Seul le travail et rien que le travail peut aider les Africains. La plume offusquée préfère être maîtresse chez elle que d’être servante chez l’Occident.

                Qui suis-je moi, l’Africaine ? Je suis le dernier des humains à ne pas comprendre que le développement de mon continent dépend de moi-même. Je vais en Europe, aux Etats Unis d’Amérique pour être ce que je refuse d’être dans mon pays ou dans mon continent. J’abandonne mes diplômes pour être un lèche-bottes, un clochard dans les rues de Paris, de London, de Genève, de Berlin, de Washington, de Bruxelles…de je ne sais plus quoi encore car j’ai tellement foulé le sol des autres que celui de mon pays. Je connais l’Occident comme la paume de ma main mais je ne connais pas la case de ma mère… je fuis loin de ma misère pour me jeter dans le bras de celui que j’accuse d’être responsable de mes malheurs… je fuis la pauvreté pour donner ma dignité d’homme dans les restaurants, dans les boites de nuit, dans les hôtels, dans le gardiennage…des métiers que je refuse de faire chez moi-même si on me torturait afin que je puisse les faire dans mon propre pays. Je cours loin de ma mère patrie pour vendre mon savoir-faire à l’Occident…ce que je pouvais faire chez moi pour ma patrie soit sur la marche des grandes nations. Non, la plume offusquée n’ira jamais me prostituée charnellement ni  intellectuellement en Europe, aux Etats-Unis d’Amérique pour perdre sa dignité et empirer encore et davantage le sort de son pays. Elle préfère galérer dans son pays et de voir un jour son pays dit pays développé parce qu’elle a travaillé dur  sans compter sur l’Occident pour y arriver. N’est-on pas fier de se reposer à l’ombre de l’arbre planté durant la jeunesse ? Qui doit venir développer mon continent ou mon pays, les salauds de politiciens, l’Occident, ou bien, moi, l’Africain ? Dans tous les cas le destin de l’Afrique est dans ma main en tant qu’Africain, je suis le seul à déterminer le sort de mon continent et de mon pays. Si je n’ai compris cela, c’est que je suis perdu à jamais et je n’ai plus d’identité.

    Vous savez la connaissance est péché…il est préférable d’être ignorant que d’être instruit. Voici où la connaissance de ce qui est bon et de ce qui est mal m’a conduit. Désarmée face à la souffrance de mon pays et mon continent. Ignorante je vaquerais peut-être quelque part sans me soucier de l’état précaire de mon pays. Mais me voici instruite, illuminée et je veux être libre…liberté dans tous ses sens et formes. Mais, hélas, je suis tourbillonnée par la réalité de mon histoire. Qui suis-je moi, l’Africaine ? Je n’arrive pas à élucider l’histoire des luttes de mes illustres révolutionnaires et de leurs échecs. Est-ce une malédiction ? Jusqu’aujourd’hui, il y a des blancs qui me nient encore l’humanité et me considèrent comme un animal domestiqué…je le sais et je le dénonce mais c’est chez eux que je vais me chercher. Quelle est cette humiliation ? Et pourtant on me fait croire que les premiers seront les derniers.

    Guerre par là, guerre par ici ; victime de catastrophe naturel, de famine, de sécheresse ; corruption, dictature, népotisme, détournement de denier public, les malfrats récompensés et les justes jetés en prison ; les cancres aux sommets éconduisent les mozarts dans leur délire incontrôlé…voici les obstacles au développement de mon pays et de mon continent. Aussi, ai-je un bourreau, l’Occident qui me donne le lait maternel de la démocratie en disant ce que je dois faire et en retour lui donner mes richesses, et lorsque je refuse il arme mon frère pour me destituer… coup d’état ! Je le sais très bien mais je suis seule car mes autres frères m’ont abandonnée. Pour eux ma lutte est noble mais actuellement ce qui compte c’est comment faire pour survivre à sa faim en  oubliant que la faim n’est pas une fin. Pauvre Afrique, quand comprendras-tu que la gloire nécessite des sacrifices… ne pas être en contradictoire avec ce qu’on dit et avoir des idées claires telles devraient nos armes afin de participer à la course des nations évoluées. Entre nous Africains, issus du même pays et vivant sur le même territoire, nous ne tolérons pas les autres, nous n’acceptons pas la différence…l’autre différent de moi me choque. Sa valeur, sa culture, sa vie, sa conception des choses, lorsque cela est différent des miens alors je suis dans tous les états. Je n’accepte pas mes frères et sœurs, et je veux la liberté. Si on refuse la liberté à l’autre, liberté de s’exprimer, liberté de vivre comme il veut, liberté de s’habiller comme lui semble bon, on ne peut pas prétendre revendiquer sa propre liberté. Une propre liberté suppose la liberté de l’autre… la tolérance est une carence maladive pour moi l’Africaine… Je sais pourquoi, l’Occident me refuse-t-il l’humanité, parce que je me comporte comme un sauvage. La bestialité, l’animosité, la sauvagerie sont les attributs de l’Africaine que je suis. Il est facile d’accuser les autres, mais souvent, il faut s’arrêter un moment pour s’accuser aussi car en faisant un mea-culpa personnel on finit à savoir que le véritable coupable de ses échecs, de ses problèmes et de ses malheurs est sa propre personne, sa « aigritude (attitude de celui qui a un mépris sans nom)».

    Je suis un fanfaron, je ne fais que tourner en rond au lieu d’aller droit au but et me lancer des fleurs. Qui suis-je moi, l’Africaine ? L’Africain est celui qui vit avec le paradoxe total dans tous les faits et gestes quotidiens. Absurdité, paradoxale, connerie, bêtisier, ….je comprends et j’ai la réponse à la question que je me suis posée. Je suis la somme de tous ce qui additionnés donnent paradoxale et absurdité. En disant non à la néo-colonisation c’est ne pas aller en Europe et y rester mais c’est demeurer dans son pays natal et se contenter de ce qu’on a en le valorisant. Il faut être fier de ce qu’on est et de ce qu’on a. N’oublions pas nos origines et des luttes de nos ancêtres… Fier d’être Africain, c’est accepter de moisir et de galérer dans son pays ; c’est accepter la différence des autres et se mettre aussitôt au travail, et c’est ainsi que nous serons fort pour transformer notre monde, et notre pays.


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    L’ALLIANCE ETHNIQUE, UNE VALEUR POUR LA RESOLUTION DES CONFLITS ARMES:

    CAS DE LA CÔTE D’IVOIRE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    BOUATENIN

    Adou Valery Didier Placide

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’ALLIANCE ETHNIQUE, UNE VALEUR POUR LA RESOLUTION DES CONFLITS ARMES:

    CAS DE LA CÔTE D’IVOIRE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    SOMMAIRE

     

     

     

     

     

     

    Résumé                                                                                                                               p.8

     

     

     

    Préambule                                                                                                                            p.9

     

     

     

    Introduction                                                                                                                         p.12

     

     

     

    I-                  Alliance ethnique: Concept européen ou africain                                      p.14

     

     

    II-               L’impact de l’alliance ethnique dans la résolution des conflits armes                 p.18

     

     

    III-             l’apport de l’alliance ethnique dans la réconciliation en côte d’Ivoire                 p.24

     

     

     

    Conclusion                                                                                                                           p.9

     

     

     

    Bibliographie                                                                                                                       p.30

     

     

     

    Table de matière                                                                                                                 p.34

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    A la mémoire des victimes de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La bonne entente rend la concession agréable.

    (Proverbe Baoulé, Côte d’Ivoire)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vous avez entendu qu’il a été dit :Œil pour œil et dent pour dent. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant, au contraire, quelqu’un te donne un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre […] afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

    Matthieu 5, 38-45

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    REMERCIEMENT

     

     

     

     

     

     

     

                Nous tenons à remercier l’Université Eberhard Karls de Tübingen qui nous a octroyé une bourse d’étude et de recherche, et en particulier Docteur SADIKOU Nadjib, collaborateur du projet ‘’ Wertewelten’’. Ce dernier nous a beaucoup aidé pour notre séjour en Allemagne.

                Aussi, tenons-nous à remercier tout le personnel de l’Institut Franco-Allemand à Ludwigsburg, surtout Messieurs Frank BAASNER et Stefan SEIDENDORF, Clémentine CHAIGNEAU, et sans oublier le personnel de la bibliothèque avec son directeur Martin VILLINGER, et Monsieur FROIDEVAUX. Merci à vous pour les documents , la bibliothèque et votre temps à ma disposition.

                Nous n’oublions pas les parents, les amis, les camarades qui nous ont soutenu à travers leur prière et leurs conseils. Merci à vous tous, de loin comme de près, nous avez soutenu, aidé  pour la réalisation de cette présente étude.

                Merci au peuple ivoirien, qui fait l’effort de se pardonner et de se reconcilier, et de partir à zéro, ainsi dire, pour bâtir la Côte d’Ivoire. Merci à tous ceux, amis de la Côte d’Ivoire, sans arrière pensée, soutiennent les Ivoiriens dans leur processus de paix, de dialogue et de reconciliation.

    Un grand merci à vous tous !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    RESUME

     

     

     

     

     

     

     

                La Côte d’Ivoire secouée par une crise politique depuis dix ans espérait trouver une solution à l’issue d’une élection présidentielle. Là encore, elle fait face à une nouvelle crise appelée " crise post-électorale". Certains pensent que cette crise est d’abord ethnique, d’autres par contre, affirment que la crise est d’ordre religieux. En Afrique, et partout ailleurs, les crises sont d’abord politique avant d’être religieux ou ethnique. Ainsi, face à ces crises une valeur est refoulée, une valeur qui devrait guider l’action des hommes pour maintenir la paix et la reconciliation. Cette valeur refoulée et ignorée n’est autre que l’alliance ethnique. C’est pourquoi le thème choisi pour cette étude s’intitule ainsi "L’alliance ethnique, une valeur pour la resolution des conflits armés: cas de la Côte d’Ivoire".

                A travers ce thème, il est question de montrer que l’alliance ethnique est un pacte signé entre deux ou plusieurs groupes ethniques permettant de preserver l’entente, la fraternité afin d’éviter d’éventuels conflits armés. Cette alliance, autrefois sacrée doit être aussi pour l’époque actuelle une valeur morale et culturelle qui doit guider les hommes dans leurs actions pour prévenir les conflits. Enfin, il est question de faire inculquer cette valeur aux hommes afin qu’ils la cultivent tout au long de leur vie quotidienne.

                Pour atteindre les objectifs fixés, il faut d’abord définir le conflit armé, l’alliance ethnique avant d’ établir le rapport entre l’alliance ethnique et le conflit armé. Ce qui emmènera, bien sûr, a avoir que l’alliance ethnique est une valeur morale et culturelle.

                L’étude permettra d’appréhender les notions telles que l’alliance ethnique, les parentés à plaisanterie, le conflit armé, la paix et la reconciliation.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PREAMBULE

     

     

    En Côte d’Ivoire, est-ce un conflit ethnique?

     

                En Côte d’Ivoire, demander à un Ivoirien pour savoir la nature de la crise qui perdure, il vous réprondra, sans doute, qu’il s’agit, comme le dit Bernard N. Owusu SEKYERE1 dans son article ‘’Towards a sustainable peace and reconciliation in Côte d’Ivoire’’, dans lequel il reprend les dires de Human Right Watch:

    If you are from the north, you are subhumain…

    Pour ainsi dire qu’il vous répondra qu’il s’agit d’un conflit ethnique ou identitaire. Un conflit ethnique dont Daniel CHIROT et Clark McCAULY2 ont présenté les raisons, selon leur enquête:

    Southerners were lazy and uncivilized. They had releid on northerners for all the work that once made Ivory Coast prosperous. While northerners had built impressive chiefdoms and states and  understood what it was to respect authority and tradition, southerners were savage who had lived in anarchy in their southern forest until the colonial period. The french had given the southerners too much power and could not be trusted either. Peace could only be reestablished if southerners shared power with northern and recognized their contributions, but given the natural inclinations of southerners, thus was unlikely. […]. Southerners, according to their own explanation offered in great detail, especially by educated professionals, is that they were kind enough to allow the improverished northerners to come and work on southern lands and share in the wealth of the land, but now these ungrateful and backward people from the north want to take over and run a country that is not theirs.

     

    Venons en au fait. La Côte d’Ivoire est composée d’une soixantaine d’ethnie qui sont regroupées en quatre grands groupes socioculturels et linguistiques. Ce sont: Les KWA( sous groupe Akan, venus du Ghana, ce sont les Abron, Agni, Baoulé…), les GUR( venus du Burkina Faso: Sénoufo, Tagbana, Djimini…), les KROU( venus du Libéria: Bété, Dida, Wè, Bakwé…) et les MANDES( Mandé du sud et du nord: Yacouba, Dan, Gouro, Gaou, Koyoka…). En plus de cette composite, la Côte d’Ivoire est pour ainsi dire un pays musulman avec 38% de musulmans sur tout l’étendue territoriale. Les chrétiens viennent en seconde position avec 27,5%. Il n’a jamais eu de discrimination ni de marginalisation ni d’xénophobie, à notre avis. Au contraire ce peuple composite vivait en parfaite harmonie avec les étrangers jusqu’au jour le syntagme ‘’ ivoirité’’ est rentré dans le vocabulaire langagier des Ivoiriens. C’est ce syntagme qui va déclencher chez l’Ivoirien un certain type d’égocentisme. L’ivoirité est une fable de création recente et interne comme le souligne Cathérine COQUIO3:

    L’ivorité, elle, est une fable de création recente et interne.[…]. Ce recit des orignes, fabriqué par deux hommes de science, a été commandité, consacré et recompensé par un homme d’État: Pierre Kipré, historien, et Niangoran Boua, antropologue, ont posé les concepts d’ivoirité de circonstance et d’ «ivorité de souche ou multiséculaire» - qui ont fait parler à Henri Konan Bédié, président successeur d’Houphouët Boigny en 1993, de ‘’ nouveau contrat social’’.

     

    Elle ne s’arrête pas là, elle va plus loin en disant que « le dispositif de l’ivoirité était destiné à exclure du jeu électorat et politique Alassane Ouattara… ». Dans tous les cas, le syntagme


    1-       Bernard N. Owusu SEKYERE, Towards a sustainable peace and recociliation in Côte d’Ivoire

    2-       Daniel CHIROT et Clark McCAULEY, Why Not Kill Them All?, chapter four, Strategies to decrease mass murder, p. 203

    3-       Cathérine COQUIO, Côte d’Ivoire, le piège ethnique. http:// aircrigeweb.free.fr/ressources/coteivoire/civ-coll02/coteivoir…

    est enfanté et véhiculé par la presse, par les chaines de télévisions nationales comme internationales. Et pire, par l’incompréhension du terme, l’Ivoirien cherchait à tout prix à prouver son identité, à montrer à la face du monde qu’il est Ivoirien de naissance de père et de mère, voire ancestral. La politique a miné les relations ethniques et les Ivoiriens se sont jetés dans la gueule du loup, pour ainsi parler, en faisant des frustrations de part et d’autre.

           Le terrain miné d’une démocratie ethnique est forcement le terrau de frustrations chroniques qui engendrent un cycle de violence et contre violence de moins en moins politique et de plus en plus ethnique4

    Tout s’aggrave lorsqu’on prend la partie nord du pays, on constate que le sud est assez développé, comme l’ont souligné Daniel CHIROT et Clark McCAULEY ci-dessus :

           Northern Côte d’Ivoire is underdevelopped and its people live in abject proverty and have limited income earning opportunities and acces to social services5

    Ce fait vient dégrader la situation fragilisée par le syntagme ‘’ivoirité’. En d’autres mots, les nordistes se verront marginaliser, se verront prendre pour des étrangers. Et pourtant, il y a certains nordistes qui ont épousé des sudistes et vice versa, et d’autres par contre ont embrassé la religion chrétienne et vice versa. Le sous développement du nord ne date pas d’aujourd’hui ni d’hier, cet argument est depassé. Le constat en Côte d’Ivoire est net: les cadres du nord ne construisent pas chez eux, ils préfèrent construire et investir dans le sud. La majorité des propriétaires immobiliers au sud sont des nordistes.

    Aussi, est-il important pour nous de savoir qu’en Côte d’Ivoire, le véritable problème n’est pas tout à faire de savoir qui est qui ou qui fait quoi, mais le véritable problème réside dans la politique, politiquement et économiquement parlant. La majorité des Ivoiriens veut avoir leur propre monnaie, être économiquement indépendante. Et ce fait est voiler par, soi-disant, un conflit ethnique. De tous les crises en Côte d’Ivoire, on n’a jamais dit qu’un tel groupe ethnie est allé combattre un tel autre groupe ethnique, mais que les crises risquent d’être des conflits ethniques. Voici la vérité. En brandissant l’étendard du conflit ethnique, les politiciens ont cru amadouer le peuple pour les emmailloter dans leur dessein marcabre. Nous sommes conscient que la diversité ethnique est souvent facteur d’instabilité; les politiciens le sachant vont l’utiliser à bon escient pour leur propre fin, comme le souligne Bernard SEKYERE6:

           These social differences have been politicised along ethnic and nationality lines, in line with concepts of conflict theory. Social differences can indeed lead to economic marginalisation and ethno-religious discrimination, and thus constitute a basis for structural violence. The ivoirian conflict is fundamentally the result of politicised ethno-economic and religious differences.

    Prêtons le terme de COQUIO, à part l’Ouest de la Côte d’Ivoire qui présente une autre crise, qui me semble, doit être étudiée afin de trouver une solution, un éventuel conflit en Côte d’Ivoire dit conflit ethnique est un «mythe ethnologique» faconné et engendré par la classe politicienne ivoirienne et alimenté par les médias nationaux et internationaux qui présentent ce que leur dictent les politiques. La Côte d’Ivoire reste donc une et indivisible. Aucun groupe ethnique n’a point de griefs contre un tel groupe ethnique. Ce sont des préjugés engendrés par la politique.

    Avons-nous chanté sur tous les toits du monde qu’il y a un conflit ethnique en Côte d’Ivoire, et pourtant il n’était pas question de cela. A notre avis, c’est ce qui pourrait y arriver après la crise post-électorale à travers la commission vérité, justice et reconciliation. Dans notre introduction, nous avons mentionné que des groupes d’insurgés prétendaient combattre pour venger la mort du général Robert Guei, tué à Abidjan au matin du 20 septembre 2002. On ne peut pas parler de vérité, de justice et de reconciliation si tous les ingredients ne sont pas réunis.


    4-       Voir note 3.p.9

    5 et 6- Voir note 1, p.9

    Avec Gbagbo Laurent, tous les protagonistes étaient présents pour jouer la pièce théâtrale afin d’amuser la galerie qui est le peuple ivoirien. Avec Alassane Ouattara, c’est une autre scène théâtrale qui sera présentée au peuple ivoirien sans peut-être les véritables protaganistes tels que Gbagbo Laurent, Affi N’guessan, Blé Charles, Simone Hirvet…parce que enfermés pour la plupart ou en fuite. Cette commission vérité, justice et reconciliation, au lieu de panser les plaies, créera, sans doute, au contraire des frustrations qui engenderont plutard un conflit ethnique. Pour l’heure, en Côte d’Ivoire, on ne parle pas d’un conflit ethnique. L’ivoirité a occassionné le problème d’identité mais elle n’a pas engendré de conflit ethnique.

    Le conflit en Côte d’Ivoire n’est pas d’ordre ethnique mais plutôt d’ordre politique. C’est-à-dire qu’en Côte d’Ivoire, il y a un problème de leadership, de personne, d’individu et non d’un groupe ethnique. Le peuple vivait en harmonie sans méfiance jusqu’à ce qu’on vienne dire que celui-ci est étranger, et comme ce dernier a un nom musulman et vient du nord, les médias internationaux diront qu’il y a une discrimation faite aux gens du nord. C’est encore des préjugés. C’est encore la politique.

           The danger of ethnic prejudices is not only that they estrange peoples and promote fiction between ethnics groups, but also that they actively encourage the isolation of national minorities and the developpment of tribaleistic frames of mind and emotionally charged attitude to their language and peculiarities of culture.7

    Les gens du nord vont se sentir minoritaires, et vont se plier sur eux-mêmes et vont s’isoler car se disent rejetés par les sudistes ou par la majorité des Ivoiriens. Et pourtant tel n’est pas le cas. Parler d’un conflit ethnique reviendrait à demontrer qu’un groupe ethnique du sud est allé combattre un tel groupe ethnique du nord, du centre, de l’ouest ou de l’est. Soulignons que la crise en Côte d’Ivoire est vue par l’ensemble des communautés internationales comme un conflit ethnique bien qu’elle soit une pure invention de la politique. De toutes les manières, quelle que soit la nature du conflit, l’on a tendance d’abord de l’appréhender comme un conflit ethnique. Et pour panser cela, surtout en Côte d’Ivoire, il faut miser sur l’alliance ethnique, gage d’une reconciliation durable et d’une paix solidifiée. Néanmoins, retenons qu’en Côte d’Ivoire , il n’est pas question de conflit ethnique, car le vrai coupable est «le système politique qui manipule les ethnies»8 Ne parlons plus de cela, songeons plutôt aux nouvelles force du pays. Nous pensons donc qu’en Côte d’Ivoire, il faut songer, à travers l’alliance ethnique, faconner un autre Ivoirien qui désire marcher sur les valeurs morales et culturelles, pour l’intérêt de la nation, pérenniser la paix, gage d’un développement durable. Reprenons donc les dire de COQUIO qui cite Bernard Dreano, en guise de conclusion.

          Les forces de la société civile qui s’opposent au déchirement ethnique existent sur le terrain, mais sont actuellement faible et peu audibles, plus faible qu’en Bosnie en 1994 par exemple et là justement l’intervention militaire a été conduite d’une manière qui n’avait pas pour objet d’élargir leur capacité d’action. Mais ces forces existent et ont un écho qui ne se limite pas au seul territoire ivoirien. La question concerne en effet toute la region et les protagonistes ne se limitent pas aux chefs ivoiriens( Gbagbo, Ouattara, Bédié et les inquiètants personnages qui vont surgir dans la crise actuelle)ni aux dictateurs comme Compaoré et Eyadema. L’autre Afrique existe tout autant, à travers des artistes, des intellectuels, des militants des organisations de droits de l’homme, des groupes de femmes, etc…et même de certains leaders politiques. C’est à celle-là que nous devons apporter notre concours, c’est celle-là qui doit faire qu’il y ait assistance aux peuples en danger et nonune  opération de police néo-coloniale [comme la France en Côte d’Ivoire]9


    7-       Tsega ENDALEW, Luba Basa and Harma Hodha: traditional mechanisms of conflits resolution in metekkel, Ethipia. Asien-afrika institut universität humburg,p.6

    8-       Joseph NDAHIMANA, le vrai coupable: un système politique qui manipule les ethnies, in dialogue, n°197 (mars-avril 1997), pp.34-36

    9-       Voir note 3 du document,p.9

    INTRODUCTION

     

     

                Située en Afrique de l’Ouest, faisant frontière au nord avec le Burkina Faso et le Mali, à l’est avec le Ghana et à l’ouest avec le Liberia et la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire, pays phare de la sous region, ne se retouve plus tant au niveau national qu’au niveau international. Depuis donc la mort du premier chef d’Etat, Felix Houphouët Boigny, le pays est sombré dans une crise politique à n’en point finir. Le 24 décembre 1999, le président Henri Konan Bédié, successeur légitime selon la constitution du pays, est destitué au profil du général Robert Guei, ancien chef d’état major. Le 15 janvier 2000, la constitution d’un gouvernement de trasition sous ère Guei met au jour les rivalités opposants les deux principaux dirigeants politiques, le libéral Alassane Ouattara (RDR) et le socialiste Laurent Gbagbo (FPI). Le 19 septembre 2002, un groupe de soldats tentait un coup d’état, puis se présentait comme des membres du Mouvement Patriotique de la Côte d’Ivoire (MPCI) et le 28 novembre, deux autres groupes d’insurgés apparurent dans l’ouest du pays. Mouvement  pour la Justice et la Paix (MJP) et le Mouvement Patriotique du Grand Ouest (MPiGO). Ils prétendaient combattre pour venger la mort de Robert Guei, tué à Abidjan (capitale économique) au matin du 20 septembre 2002 et pour renverser le président Laurent Gbagbo d’alors1. Et depuis lors, la Côte d’Ivoire est plogée dans une crise politique sans fin; espérant trouver une solution à l’issue d’une élection présidentielle(28 novembre 2010). Là encore, elle fait face à une nouvelle crise : «crise post-électorale». Les deux rivaux, cités ci-dessus, s’autoproclamaient, tout deux, président d’un tout petit pays qui est la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara est annoncé vainqueur des élections par la Commission Electorale Indépendante(CEI) à l’hôtel du Golf, quatier général d’Alassane Ouattara et certifié par l’ONU en la personne de Monsieur Choi, et Laurent Gbagbo est déclaré vainqueur lui aussi par le conseil constitutionnel, l’organe suprême du pays, qui se dit avoir quarante huit heures pour sanctionner et déliberer, ce qui n’était pas le cas. Donc en 2010, le pays a eu deux présidents, et les deux camps ne voulaient pas entendre raison ni écouter le peuple qui souffre. Ce qui a engendré un conflit armé dans tout le pays faisant de nombreuse victmes. Finalement, Alassane Ouattara a eu le dessus, aidé par la France et l’ONU. Aujourd’hui,il parle de mettre en place une commission vérité, justice et paix (peut-être, c’est déjà fait). Il faut l’avouer, sous l’ère Laurent Gbagbo, cette commission n’a pas eu véritablement de resultat escompté du fait que le véritable problème n’a pas été touché. Chacun est venu jouer à la victime. En Côte d’Ivoire, ou en Afrique et partout ailleurs, les crises sont d’abord politiques avant d’être religieuses ou ethniques. Le problème en Côte d’Ivoire est d’ordre politique, et ce problème est bien rejeté du revers de la main gauche et puis récupéré par la main droite à des fins personnelles. Face à ces crises ou ces conflits, toutes les solutions ont été proposées et envisagées en ignorant le règlement traditionnel des différends qui mise sur une valeur, une valeur qui devrait donc guider l’action des hommes, des politiciens et des politiques pour maintenir la paix et la reconciliation dans leur pays. Cette valeur refoulée et ignorée n’est autre que l’alliance ethnique, c’est pourquoi le thème choisi pour cette étude s’intitule « L’alliance ethnique, une valeur pour la résolution des conflits armés: cas de la Côte d’Ivoire». A travers ce thème, il est question de montrer que l’alliance ethnique est un pacte signé entre deux ou plusieurs groupes ethniques, voire entre des personnes d’ethnie différente permettant de preserver l’entente, la fraternité afin d’éviter d’éventuels conflits armés.


    1-       http://news.abidjan.net/documents/docs/Politique Africaine n°89-L’ouest de la Côte d’Ivoire- un conflit liberien. pdf

     

    Cette alliance, autrefois sacrée doit l’être aussi pour l’époque actuelle une valeur morale et culturelle qui doit guider les hommes, les politiques et les politiciens dans leur action pour prévenir les conflits armés. Enfin, il est question de faire inculquer cette valeur aux Ivoiriens, en particulier, et aux hommes, en général, enfin qu’ils la cultivent tout au long de leur vécu quotidien. Pour atteindre les objectifs fixés, il faut d’abord définir le conflit armé, l’alliance ethnique avant d’établir le rapport entre l’alliance ethnique et le conflit armé. Ce qui emmènera, bien sûr, à voir que l’alliance ethnique est une valeur morale et culturelle à valoriser. Cette présente étude permettra donc d’appréhender les notions telles que l’alliance ethnique,les palabres à plaisanterie, le conflit armé, la paix et la reconciliation. Pour bien mener cette étude, nous nous sommes proposé trois axes de réflexions:

    I-                   L’alliance ethnique: concept européen ou africain?

    II-                L’impact de l’alliance ethnique dans la résolution des conflits armés.

    III-              L’apport de l’alliance ethnique dans la reconciliation en Côte d’Ivoire.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    I-                   ALLIANCE ETHNIQUE: CONCEPT EUROPEEN OU AFRICAIN?

     

     

    Le syntagme « alliance ethnique » est composé de deux mots qui sont « alliance » et « ethnique ». En tenant compte de la définition que nous donne le dictionnaire, nous verrons que le syntagme « alliance ethnique » implique une union entre deux ou plusieurs groupes ethniques. L’alliance est un lien sacré entre deux familles ou deux groupes ethniques, qui est fondé sur un traité assorti d’un ou plusieurs mariages et qui fait entrer des personnes et leur descendance dans la parenté réelle ou fictive d’une autre famille. La plus petite alliance est le mariage, la plus grande un traité de paix ou d’hospitalité entre deux nations ou plusieurs nations. Cette dernière catégorie est souvent assortie d’un mariage croisé entre les enfants des chefs ou des rois1. Telle est la définition générale que l’on pourrait donner au syntagme « alliance ethnique ». Est-ce donc un concept européen ou africain ?

     

    1-      Alliance ethnique : concept européen ?

     

    En Europe, l’alliance ethnique est nouveau car les européens entendent beaucoup parler à travers les médias de conflits ethniques comme le souligne Bruce GILLEY dans son article intitulé ‘’Against the concept of ethnic conflict’’2

    Today, the study of ethnic conflict is major growth industry, new journal and research centres have been lauched to study etnic conflict, while an increasing number of scholars cast their work in thus mould. There have been 43 books published in English with the term ‘’ethnic conflict’’ in the title since 1990, compared with just 17 before then. One online database of English language scholarly journals lists 249 articles with the therm ‘’ethnic conflict’’ in the title written since that the start of 1990, versus just 23 with the ‘’class conflict’’ in the title over the same period. Huntington’s ‘’clash of civilization’’, ethnic conflit write large, has been deemed the greatest political challenge of our time.

    En france, par exemple, seul le mariage crée juridiquement l’alliance. C’est ainsi que pensent beaucoup d’européens. Pas de mariage, pas d’alliance ethnique. Cependant, l’alliance ethnique n’est pas aussi nouveau que cela semble l’être en Europe comme dans les pays développés. En effet, Claude Lévi-Strauss, dans son ouvrage ‘’Les structures élémentaires de la parenté’’ dit , par la théorie de l’alliance, que l’alliance permet à differents groupes sociaux de s’allier pour des échanges commerciaux et matrimoniaux, également de réunir les forces en cas de conflits3. Si nous en tenons à la définition que l’alliance est un traité signé entre deux familles, deux groupes ethniques ou deux nations, et celle de Lévi-Strauss, nous remarquerons tout de suite que c’est par erreur que l’on joint à « ethnique », « conflit », et que les européens refusent d’admettre que l’alliance ethnique peut exister sans le mariage. Walter A. KEMP, dans son article ‘’The business of ethnic conflict’’ le dit sans ombrage : « IT IS ALMOST A CLICHE that the “ ethnic” is followed by “ conflict” »4. En effet, l’Europe, à travers, l’union européenne, n’a-t-elle pas signé de traités de paix et d’échanges commerciaux ? Il semble que l’union européenne n’est pas une seule nation mais ensemble de plusieurs nations. D’où vient donc l’idée qu’il n’y a pas d’alliance ethnique en Europe ? Ou est-ce le mot « ethnique » qui dérange un peu ? C’est vrai qu’en Europe, on ne parle parle d’ethnie mais de langue et de nation, cela n’empêche pas de reconnaître que l’alliance n’est pas seulement le fait de contracter un mariage.


    1-       http:// fr.wikipedia.org // wiki // Alliance_(famille)

    2-       http:// www.hks.harvard.edu/fs/pnorris/Acrobat/stm 103 articles/Gilley_Concept_Ethnic_Conflict.pdf

    3-       Voir note 1

    4-       http://sdi.sagepub.com/content/35/1/43

    Par jeu de mot, les européens ont vite oublié que dans le Moyen-Age, les différents rois ont fait des alliances, et durant les deux guerres mondiales, ils se sont fait des alliés pour , reprenons les mot de Lévi-Strauss, « réunir les forces en cas de conflit ». Si en Kosovo, en Serbie, en Macedonie, en Yougoslavie, pour ne citer que ceux-là , on parle de conflit ethnique, c’est surement qu’il y a des groupes ethniques en Europe. C’est grâce à l’effort de ces groupes ethniques que ces pays cités ont mis fin à leur conflit5. En Europe, l’on parle plutôt de traité de coopération, d’échange commerciaux ou politiques. C’est ce que l’Allemagne et la France font, dans le sens de la coopération, afin de mener une politique d’intégration et de développement des deux pays, hier ennemis, aujourd’hui amis6. Ceci est une forme d’alliance,voire ethnique.

     

    2-      Alliance ethnique : concept africain ?

     

    Avant de dire quoi que ce soit, permettons que nous puissions reprendre entièrement les propos de Marjolaine, car elle a bien élucidé le terme et montré qu’il s’agit bien et bel d’un concept africain, avec l’appui, un témoignage7. Elle dit :

    Dans un taxi que j’empruntai un jour pour rentrer chez moi, le chauffeur après une longue causerie s’écria ‘’ si j’avais su plutôt que tu étais Yacouba, tu ne te serais jamais assise à l’ arrière de mon taxi pour que je te conduise comme un chef, alors que tu es mon esclave ! Mais les Yacouba même ne valent rien quoi !’’ Je compris tout de suite que ce chauffeur devrait être soit un Sénoufo soit un Peulh. Mais vu son accent, il ne pouvait être que Peulh. Je repliquai donc :’’ il faut être Diallo pour parler comme ça à son chef ! C’est pourquoi vous serez toujours chauffeur de taxi pour conduire les Yacouba dans ce pays.

    Et par la suite, elle y ajoute :

          Ce genre de scène est très populaire en Côte d’Ivoire et même dans toute l’Afrique noire. Elle ne choque pas du tout et fait même partie du quotidien des africains. Il s’agit des railleries inter-ethniques qui se produisent entre deux groupes ethniques alliés. Les origines des alliances sont diverses. Elles peuvent être basées sur une histoire vraie ou inventée, mythique ou légendaire. Mais généralement, elles sont à l’origine d’un long et douleureux conflits ancestral à l’issue duquel les deux ethnies scellent un pacte de non violence et d’assistance mutuelle.[…] L’alliance ethniques donnent occassion à des plaisanteries qui ont pour seul but l’autodérision puisque l’on doit accepter sans rancune le regard critique de l’agressseur sur sa propre culture.

                Marjolaine nous a bien, sans doute, situé sur la conception africaine de l’alliance ethnique. Avec l’alliance ethnique ou avec l’ethnie alliée, l’on se retrouve chez soi comme dans sa propre famille. Il est accepté de tous , souvent le plus cheri et adulé que les membres de la famille alliée ou de l’ethnie alliée. En Afrique, l’alliance ethnique est un pacte signé entre deux ou plusieurs groupes ethniques permettant de préserver l’entente, la fraternité, les échanges afin d’éviter d’éventuel conflit et de pérenniser la paix , la convivialité entre les ethnies. Dans certaines alliances ethniques le mariage entre les personnes alliées est proscrit, par contre dans d’autres, il est accepté. Dans tous les cas , elles ont pour objectif de maintenir la paix. Quant à la plaisanterie ou les palabres à plaisanterie ou encore les parentés à plaisanterie, elle est issue de l’alliance ethnique. Et il semblerait que cela a été instaurée par Soundiata Keïta lors de la formation de l’Empire du Mali8.


    5-       Thorsten Stodiek et Wolfgang Zellner, the creation of multi-ethnic police service in the western Balkans:A reccord of mixed success, Deutsche shiflung Friedensforschung, Germany 2007

    6-       Deutsch-Französisches Institut (DFI), une exposition sur les relations franco-allemandes entre 1870 et 1945 à travers la littérature contemporaine : Ennnemi héréditaire, Ami héréditaire, du 15 janvier au 15 février 2008

    7-       Marjolaine, les alliances inter-ethnique, http://l’autre afrique.blogspot.com/2010/12/Les-alliances-inter-ethniques.html

    8-       http://wikipedia.org/wiki/Parenté-à-plaisanterie

    C’est donc « une pratique sociale, observable dans toute l’Afrique occidentale, qui autorise, et parfois même oblige des membres d’une même famille (tels que des cousins éloignés) ou des membres de certaines ethniques entre elles à se moquer ou s’insulter, et ce sans conséquence ;ces affrontements verbaux étant en réalité des moyens de décrispation sociale.[Elle] apparaît donc comme un facteur de rapprochement des groupes ethniques antérieurement opposés [et engage] donc dans une même histoire des groupes géographiquement séparés, des sociétés culturelles différentes, [et brise] de ce fait les cloisons et les barrières psychologiques entre ethnies »9.

    L’alliance ethnique est bien un concept africain issue de la tradition et léguée aux futures générations. Partout, comme nous l’avons dit plus haut, en Afrique, nous trouvons des alliances ethniques, c’est ainsi qu’au Burkina Faso, nous trouvons une alliance entre Samo et Mossi, Bissa et Gourounsi, Bwaba et Peulhs, Dagara et Siamu, Samba et Lobi ( Côte d’Ivoire). De même au Sénegal, il y a une alliance entre Peulhs et Sérères. Il y a tant d’examples que nous en tenons à ceux là.

     

    Nous voyons que le concept de l’alliance ethnique n’est ni européen ni africain, mais universel, car tout homme espère vivre en paix avec l’autre et avoir des relations de convivialité et de fraternelles.

     

     

    3-      Alliance ethnique en Côte d’Ivoire

     

                Il n’est donc pas question pour nous de redéfinir l’alliance ethnique en terme ivoirien mais de présenter quelques allainces ethniques établies en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire, située en Afrique de l’Ouest et faisant frontière avec le Burkina Faso et le Mali au nord, le Ghana à l’est , la Guinée-Conakry et le Liberia à l’ouest, bien entendu, aura des relations ethniques avec ces pays cités. Aussi, compte-t-elle une soixantaine ethnies, et au file des années ces ethnies ont tissé des liens d’amitiéet de fraternité, et scellé des pactes de non agression et d’assistance mutuelle.(Voir la carte) En Côte d’Ivoire, la majorité de la population va dans les pays voisins pour participer aux funérailles ou aux fêtes de générations car une alliance existe entre la population ivoirienne et la population des pays voisins.Voici donc quelques alliances ethniques que l’on peut rencontrer en Côte d’Ivoire 

    Sénoufo : Yacouba, Koyaka, Lobi, Gouro, Mahouka, Koulango, Abron…

    Koyaka : Sénoufo, Djimini, Koulango, Tagwana…

    Yacouba (Dan) : Sénoufo, Gouro, Djamala, Tagwana, Mahouka…

    Dida : Attié(Akyé), Abbey, Abidji, Kroumen, Godié, Alladian…

    Abbey: Dida, Akyé…

    Ano : Sénoufo, Koyaka, Djimini, Baoulé, Godié, Agni, Baraba, Bini, Bona…

    Baoulé : Ano, Agni, Abron, Baraba…

    Godè: Djamala, Dida, Baoulé, Ano(foué), Koyaka, Mona, Wan, Tagwana…

    Gouro: Yacouba, Sénoufo, Tagwana, Djamala, Djimini, Peulh ( Guinée-Conakry)…

    Koulango: Sénoufo, Koyaka, Abron ( une forte alliance, à telle enseigne que les abrons ne parlent la leur mais parlent koulango), Lobi….

    Abron : Baoulé, Agni, Sénoufo, Koulango, Bron et Ashanti (Ghana)…

    Bété : Dida, Gagou,…

    Sur tout le territoire ivoirien, nous trouvons ces types d’alliances ethniques qui animent le quotidien des Ivoiriens et des étrangers qui y vivent. Ceux qui pensent que la diversité culturelle est source d’incohésion sociale et de conflit, Mamosi leur répond en ces termes :


    9-       Sarr Massamba, conflits identitaires et unité de l’Etat, http://www.memoireoline.com/07/09/2365/m_conflits-identitaires-et-unité-de-l-Etat 12.html

    La diversité est une notion qui fait appel à la différence, à la complémentarité et à la complexité. Il y a diversité lorsque plusieurs catégories ou entités vivent ensemble et s’influence pour des buts, soit communs ou divergents, vue ce sens, la diversité permet à plusieurs éléments divergents de s’entraider et de se soutenir en vue d’atteindre les objectifs communs…10

    La diversité ethnique et culturelle en Côte d’Ivoire est le tremplin de l’alliance ethnique, et grâce à cette diversité, les Ivoiriens pourront trouver une solution à leur mal. Aussi, comment ailleurs ils existent des préjugés ou des stéréotypes, en Côte d’Ivoire également il en existe, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’alliance ethnique aura plus de poids dans la résolution du conflit. Car, c’est elle qui permettra de bannir ces stéréotypes et à réconcilier les fils et filles de ce pays.

     


    10-    Mamosi Lelo, la prise en compte de la diversité dans la fonction publique africaine, http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/cafrad/unpan 00 2326.pdf

    II-                L’IMPACT DE L’ALLIANCE ETHNIQUE DANS LA RESOLUTION DES CONFLITS ARMES

     

     

    1-      Appréhension du terme ‘’ conflit armé’’

     

    Nous ne sommes pas ici pour recenser les causes des conflits armés survenus dans le monde, il y a des décennies ou de l’époque actuelle ; le faire c’est ouvrir d’autres débats or notre sujet suscite déjà un débat que nous tentons de résoudre. Il est question pour nous d’appréhender les différentes définitions que l’on donne à ce terme ‘’conflit armé’’.

    Plusieurs définitions s’offrent à nous. Dans un premier temps, nous avons la définition que nous donne le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL)1:

          Le conflit est un desaccord, une idée s’opposant à une autre ; choc, heurt se produisant lorsque des éléments, des forces antagonistes entrent en contact et cherchent à s’évincer reciproquement. Action d’en venir aux mains, combat ; forte opposition,divergence profonde, différend grave, vif desaccord…

    Puis vient celle de wikipedia2. Avec wikipedia, nous avans plutôt une définition du mot ‘’guerre’’ pour appréhender le syntagme ‘’conflit armé’’ :

          La guerre est un conflit armé opposant au moins deux groupes militaires organisés, reguliers. Elle se traduit ainsi par des combats armés, plus ou moins devastateurs et implique directement ou indirectement des tiers ( personnes). Elle qualifie donc tous les conflits qui ont pour principales caractéristiques la force physique, les armes la tactique, la stratégie ou la mort de certains de partoicipants ou de tiers (personne). Dans le contexte du droit droit international, les belligérants combattent des groupes irreguliers( rebelles, armée illegale..) remplacent souvent le terme guerre par conflit armé,…

    Et enfin la définition de quelques spécialistes. Ils s’affirment que la guerre est le prologement de la politique. Selon le théoricien prussien Carl Von Clausewitz, « la guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens », et Frunck-Brentano et Sorel, dans ‘’Précis du droit des gens’’ , d’ajouter en ces termes « la guerre est l’acte politique par lequel des Etats, ne pouvant concilier ce qu’ils croient être leurs devoirs, leurs droit et leurs intérêts, recouvrent à la lutte armée, et demandent à cette lutte de décider lequel d’entre eux &


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