• LES SECRETS DE L’ACADEMIE DE Michel Alex KIPRE

    PRESENTATION DE L’OUVRAGE LES SECRETS DE L’ACADEMIE DE Michel Alex KIPRE( Cérémonie de dédicace, ABIDJAN, le 08 Juillet 2011.)

     

          J’ ai connu Michel Alex KIPRE, le Samedi 04 Juin 2011 dernier à la faveur de l’atelier organisé par l’association des écrivains à l’Université Charles Louis de Montesquieu et portant sur le thème « Ecrivains, Ecriture et Renaissance de la Côte d’Ivoire ». A la fin de la séance, il m’a approché, dans le cadre de son métier de journaliste, pour m’interroger sur la communication que je venais de présenter. Et nous n’avons plus rompu le contact depuis lors. A notre deuxième rencontre, le 10 Juin, il m’a fait l’honneur de me dédicacer son ouvrage Les secrets de l’académie.  Cet ouvrage, j’en avais entendu parler un jour, parenthétiquement, à la télévision. Mais, l’auteur, lui, me paraissait encore flou dans l’esprit, lui, son nom, son être et sa personnalité. Je ne connaissais cet ensemble que de très loin, sinon, très mal. La lecture de son papier, quant à elle, ne m’a pas laissé sans impressions. L’auteur m’a proposé, il y a quelques jours, de donner libre cours aux impressions reçues à une tribune appropriée : la dédicace de Les secrets  de l’académie.

          En avant-propos du livre, qu’il a nommé ‘’avant d’écrire’’, l’auteur fait part de la perplexité, de l’embarras qu’il a éprouvé à l’initiative de l’écriture de ce livre ; Cet embarras concernait précisément le choix du genre littéraire pour relater ce pan essentiel de sa vie que constitue son passage à l’académie mimosifcom. Je me suis interrogé sur l’opportunité d’un éventuel embarras du choix d’un genre littéraire dès lors qu’il s’agit de faire un testament, de livrer sur la place publique le récit d’un réel vécu. L’auto-questionnement était d’autant plausible que le titre "Les secrets de l’académie" fait penser, d’emblée, à un  article de journal ou à quelque autre écrit journalistique, rendant compte probablement des fruits d’une investigation à l’intérieur d’un institut de football qui a défrayé la chronique en Côte d’Ivoire, en Afrique et même dans le monde entier sportif.

           Cependant, en m’immergeant dans Les secrets de l’académie, je me suis aperçu, après coup, de l’élan non négligeable d’une virtuosité de l’écriture tanguant entre le roman, le journalisme, le théâtre et la poésie, se rivalisant, insolitement, l’expression de faits réels, récemment actuels, à l’échelle publique. C’est qu’il y a, en Michel Alex, la latence de qualités d’un écrivain éclectique, plurigénérique. L’âme de l’artiste était en l’homme ; elle sommeillait. Ele sommeillait d’un sommeil hanté de muses qui parachevaient un processus d’initiation. Lente et longue fut certainement la naissance de l’artiste que Les secrets de l’académie  ont la primeur de révéler au public aujourd’hui. Avec solennité. Le processus d’initiation étant presqu’achevé, l’artiste n’attendait plus que l’accent enchanteur du zaouli pour éclore.

             L’ouvrage comporte huit parties , respectivement intitulées 1O-7 Février 1999 : la révélation, 2O-1993-1994 : Debout pour le travail !, 3O-1995 : l’académie a un an, 4O-1996-1997 : Dans la difficulté, nous progressons, 5O-1998 : le bonheur se réveille toujours dans les bras d’un malheur, 6O-1999 : JMG le poils à gratter, 7O-2000 :Sidney, notre rêve confisqué, 8O-2001 : L’argent ne déforme pas l’homme, il le révèle.  

              En gros, Les secrets de l’académie est le récit du rêve de gospillons de nos quartiers d’ABIDJAN, morveux à la limite, tenaillés par la frénésie du talent footballistique qui, en eux, consumait et se frayait un chemin. Ce qui est intéressant, c’est qu’au rêve de ces minimes, s’associent leurs encadreurs qui croient follement en leurs poulains. Parmi eux, un nom peut attirer notre attention : Michel Alex Kipre, notre auteur qui a dû abandonner son poste de professeur certifié de Lettres dans les lycées, pour se consacrer à l’académie, le nouveau sacerdoce ressenti. Pourtant, Michel n’était rentré à l’académie que par une circonstance favorisée par un autre encadreur : Lambert AMUAH qui s’était constitué en relais entre Jean Marc GUILLOU, venu de France pour entraîner l’ASEC, concepteur et maître du projet.

            En réalité, Les secrets de l’académie dévoile l’envers de la façade du milieu du football. Le grand public ne se gave que de la façade du football, c’est-à-dire, scène sportive de passion sur la pelouse pendant 90mn, l’ambiance d’avant et après-match, le mirage des maillots et autres équipements sportifs, les montants des transferts relayés à grands coups médiatiques. Notre ouvrage, du moins, celui qu’Alex nous propose, lui, met plutôt l’emphase sur l’envers de la façade du foot, lequel envers est meublé d’hésitation, d’incertitude, de galère, de joie idyllique, de simplicité, de conflits déconcertants, de cupidité, de traîtrise, d’illusion, de déception, de la détection et du processus de développement d’une star, du rôle obsédé du formateur et le quotidien du formateur lui-même, de petites histoires entre apprenants, d’une part, et entre apprenants et formateurs, de l’autre, jamais racontées dans la presse, de l’éviction pour moralité douteuse ou pour blessure d’un talent embryonnaire, non encore révélé au grand public et le regret que peut inspirer au public du foot l’arrêt prématuré de la carrière d’un jeune talent. Les cas d’un certain TANOH et d’un  certain CHARLESTOWN qui, lui, aurait mieux fait que KOLO TOURE à la défense, illustrent la dernière disposition évoquée.

              Les secrets de l’académie recèle des passages frappants, participant du style de l’auteur. Entre autres traits de son style, on peut noter l’humour comme c’est le cas aux pages 342 et 159.  A la page 342, on peut lire ceci : « Notre salaire, c’est çà : les remerciements, la facilité avec laquelle celles ( les femmes) que le foot intéresse sont séduites par nous. Etre celui qui a formé, éduqué ARUNA, KOLO, KALUNHO, YAYA, BAKY, EBOUE, ce n’est pas rien et ça ouvre des portes. Des jambes aussi. ». ET voici ce qu’on lit à la page 159 au sujet d’une sensibilisation de lutte contre le VIH SIDA : « Celui qui réagit n’est autre BAKY. Evidemment, c’est un buteur. Aucune crainte, ni honte. Courir au but demande de la promptitude, la rapidité d’un geste fini et l’exclusion des détails. Le petit poucet quitte son banc, longe les rangées de la classe et arrive à mon niveau. Je l’invite à baisser la culotte. Sans se déculotter, il la baisse. Apparaît son sexe que surmonte une timide et inoffensive touffe de cheveu.  Après avoir utilisé le mode d’utilisation sur son sexe flasque, je déroule la capote beaucoup trop grande. Puis je continue mon speech face à mon auditoire. Au bout d’un petit temps, la classe entière s’autorise un rire champêtre, désurbanisé. Je l’interroge du regard. Tous les yeux sont rivés sur BAKY. Quand je tourne vers le gosse, le sexe rose à l’instant dépourvu de fermeté et d’élasticité a changé d’avis et de vie et de statut…Ce n’est que lui qu’on voit à présent. » Alex kipré a la manie de familiariser par homophonie les mots de sens différents, de sens souvent éloignés ou parallèles. L’exemple peut en être pris du syntagme verbal de l’extrait de tout à l’heure « a changé d’avis et de vie… » Des structures de ce genre sont légion dans l’ouvrage. En outre, comme on a dû le constater à la lecture du même extrait, Alex s’essaie à l’art de la psychanalyse ; il allie brillamment le comportement d’un joueur dans la vie quotidienne au poste qu’il occupe sur le terrain.

               Le style de l’auteur  s’affiche, entre autres, par l’étalage facile d’airs de fatalité avec leur corollaire de peur et, notamment, de pitié. A la page 77, lisons ce qui est écrit : « Il n’en avait pas fallu plus à Didier( l’un des encadreurs, instituteur de son état) pour rendre sa démission et se donner en plein temps à l’académie. Il participe aux séances de détection des talents avec WILLY et JEAN MARC dans les différents quartiers d’ABIDJAN. JEAN MARC baptise son centre « le conservatoire ». A l’instar des matrices des virtuoses de la musique.  Didier, lui, propose plutôt le nom « Académie » parce qu’on y accède en ayant déjà un talent, ce qui est le cas des jeunes footballeurs alors qu’au conservatoire, on va pour tout apprendre. Jean Marc refuse cette appellation. Un jour plus tard, quand il rencontre ROGER ( Roger OUEGNIN), il l’invite à choisir entre les deux propositions. ROGER opte pour « Académie ». Se voyant en minorité, JEAN MARC acquiesce. Les deux amis s’octroient aujourd’hui la paternité de  cette appellation. DIDIER est relégué aux oubliettes : le monde a toujours été fait de ces deux groupes. Ceux de l’ombre et ceux de la lumière. DIDIER a trouvé le nom « Académie », mais personne ne le saura ni ne le verra. Il est dans l’ombre. C’est un homme de l’ombre, et ce qu’il fait reste dans l’ombre ! ». Un autre air tragique, c’est la servilité, voire, la dévotion de Lambert AMUAH qui « déifie et idolâtre JEAN MARC et ne le croit pas capable d’erreur. Il lui concède tout. Même quand il décèle une faille ou une erreur dans son attitude, il préfère dire au coach ce que ce dernier veut entendre, afin que le coach continue de lui faire confiance et le garde comme collaborateur » (p 182). Ainsi, l’attitude de LAMBERT et de ses compagnons à un degré moindre appelle réflexion. Au-delà d’être impressionné par le prestige de JEAN MARC, ancien footballeur international français, LAMBERT, de préférence, était écrasé par le complexe que présente la couleur de la peau de JEAN MARC, complexe hérité de la contradiction Blanc/ Nègre depuis les temps anciens de l’esclavage et de la colonisation, qui a alimenté tant de littératures L’heure est peut-être arrivée de s’affranchir de ce complexe pour traiter d’égal à égal avec le Blanc, sur la base d’un contrat juridiquement bien ficelé et prenant en compte les intérêts des deux parties. Pour n’avoir pas compris cela, LAMBERT et ses amis, réduits en valets de JEAN MARC, ont lu le temps à leurs dépens, tragiquement d’ailleurs. L’auteur écrit à ce propos : « Désormais les deux amis ( parlant de ROGER et JEAN MARC) qui ont, jusqu’à cet incident, travaillé sur la simple base de la confiance, se méfient l’un de l’autre. JEAN MARC me confie qu’il va signer des papiers ( un contrat ou un accord) avec ROGER pour ne pas se faire « enculer ». Idiots que nous sommes, nous n’en profitons pas pour le contraindre à établir un contrat avec lui. Il nous demande de patienter et nous croyons en lui, alors que, lui, doute de ROGER » ( p 179).

              Pour tout dire, l’ouvrage Les secrets de l’académie a la particularité de relater un réel actuel, inhérent à la vie de l’auteur, avec une teinte ou une sagesse romanesque. L’ardeur des descriptions fait penser à Honoré DE BALZAC, auteur français du XIXe  siècle, auteur de Le père Goriot. Les parades poétiques de l’ouvrage connecte la mémoire littéraire tantôt aux poètes symbolistes du XIXe siècle, tantôt aux surréalistes du XXe siècle ; les uns excellant dans leur poétisation, dans le charme des correspondances les plus discrètes de la nature, quand les autres, eux, travestissent les vanités de la versification.

              Les secrets de l’académie, pour la qualité de son contenu, devrait être diffusé et distribué dans tous les centres de formation de football dans le monde, pour l’armement psychologique dont cet ouvrage serait capable et dont auraient besoin les futurs grands acteurs de football.

              En définitive, avec cet ouvrage, on réalise qu’aimer le foot va au-delà des actions et du plaisir que procure le spectacle d’un match. Aimer le foot amène tacitement à aimer les coulisses du foot. Aimer le foot, c’est aussi aimer des histoires même pas liées directement au foot, mais concernant des amis ou familles d’acteurs du foot, c’est aussi s’intéresser au passé même non footballistique d’acteurs du foot, dirigeants ou joueurs. C’est cela la passion consubstantielle à ce service socio-culturel. Bien heureusement, Les secrets ont la lucidité de ne pas omettre que le foot, c’est d’abord un apanage, une mentalité du bas peuple, avant d’être récupéré par les politiques. Les expressions suivantes en sont bien évocatrices : « Si vous perdez, vous allez voir », « Aujourd’hui c’est la mort même. »(P26) .L’ouvrage de Michel Alex KIPRE, sans orgueil aucun, sans narcissisme aucun, le révèle comme une figure non négligeable du football ivoirien.

               Cher public, voici Les secrets de l’académie ! Appropriez-vous l’opum pour en meubler les rayons de vos bibliothèques et animer des débats autour de ce livre. Il peut être une boussole pour le football national, il peut aussi compter dignement dans le patrimoine de la littérature nationale. Je vous remercie.

                                                              Dr TOH BI Tié Emmanuel

                                                              Ecrivain-poète

                                                               Enseignant-chercheur à l’Université de BOUAKE-

                                                               Côte d’Ivoire (UFR CMS).


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