• Les aspects carnavalesques dans le roman de pauline de calixthe beyala

     

     

     

     

     

    UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT BOIGNY

    U.F.R LANGUES, LITTÉRATURES ET CIVILISATION

    Département de Lettres Modernes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
       

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

    Présenté par :                                                                                  Chargé du cours :

    BOUATENIN Adou Valery Didier Placide                                 Professeur Adama

                                                                                                              COULIBALY,

                                                                                                               Maître de Conférence

                                                                          

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Année universitaire

    2012-2013

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     LES ASPECTS CARNAVALESQUES DANS LE ROMAN DE PAULINE DE CALIXTHE BEYALA

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT BOIGNY

    U.F.R LANGUES, LITTÉRATURES ET CIVILISATION

    Département de Lettres Modernes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
       

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Travail de maison)

    Théorie du Roman

    UE : HTG 6401/ ECU : HTG 6401.2

    Master 1

     

     

     

     

    Présenté par :                                                                                  Chargé du cours :

    BOUATENIN Adou Valery Didier Placide                                 Professeur Adama

                                                                                                             COULIBALY,

                                                                               Maître de Conférence

                                                                          

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Année universitaire

    2012-2013

    SOMMAIRE

     

     

     

     

    Introduction                                                                                                             pp.3-4

     

     

     

    I-                  Le roman de pauline et l’inversion des valeurs                                            pp.5-9

     

     

     

    II-               Le roman de pauline et la vulgarité des propos                                            pp.10-13

     

     

     

    III-            Le roman de pauline et l’humour                                                                 pp.14-17

     

     

     

    Conclusion                                                                                                               p.18

     

     

     

    Bibliographie                                                                                                            pp.19-20

     

     

     

    Table des matières                                                                                                    p.21

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION

     

     

                Le Roman de Pauline est le dernier livre de Calixthe Beyala. Ce livre raconte la vie de Pauline, une adolescente métisse élevée à Pantin, en banlieue parisienne. C’est une sorte d’autobiographie, car c’est Pauline qui raconte sa vie dans un langage vulgaire et sans tabou. C’est une fille hors convenance sociale et morale.

    « Le Roman de Pauline est un roman inclassable : ni un roman d’apprentissage, ni un roman d’amour, ni un roman sur les relations mères-filles et sans doute un peu les trois à la fois. », nous dit Nadège Badina en présentant le livre de Calixthe Beyala sur evene.fr[1]. Paru aux Éditions Albin Michel en 2009 en livre de poche,  Le Roman de Pauline  « aborde un thème quasi inédit dans la littérature française, celui de l’adolescente de la jeunesse noire de banlieue […] », enchérit Paul Yange sur Grioo.com[2]. Toute les critiques portées sur Le Roman de Pauline dès sa parution sont excellentes, et nous disent que Calixthe Beyala adopte « un style baroque d’intuitions tranchantes, balayé de ses éclairs de lumière qui tombent de la boule d’ambiance. » (Claude Imbert,  Le Point)[3]. Notre lecture de cette œuvre nous fait dire que le style de Calixthe Beyala est plutôt carnavalesque. Il s’agira donc pour nous de montrer que  Le Roman de Pauline est un roman carnavalesque. Qu’est-ce que le carnavalesque ? Quels sont les aspects carnavalesques d’une œuvre romanesque ?

    « Le carnavalesque que procédé littéraire bien connu et pourtant difficile à définir à. Dans son acceptation littéraire la plus courante, le carnavalesque désigne une inversion temporaire des hiérarchies et, par conséquence des valeurs »[4]. Nous devons la théorie de la carnavalisation à Mikhaïl Bakhtine. En effet, cette théorie prend naissance, à vrai dire, dans Problèmes de la poétique de Dostoïevski en 1970 mais se théorise dans le même année avec L’œuvre de Français Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance. Pour Bakhtine, la carnavalisation se repose sur le grotesque, l’humour, la grossièreté car « le langage carnavalesque regorge d’injures et de grossièreté. [Et] chacun doit pouvoir s’exprimer, peu importe son statut ou sa capacité à parler le français officiel. »[5]. Cette théorie, surtout les œuvres de Mikhaïl Bakhtine, est vulgarisée par Julia Kristeva en Europe (en France). Et de ce fait, elle deviendra une théorie incontournable dans l’approche critique du roman, et sans doute du théâtre.

    En littérature, le carnavalesque implique un renversement ludique et délirant des hiérarchies de valeurs, grâce notamment à l’emploi d’un comique corrosif, vulgaire et grotesque. Pour appréhender le carnavalesque, notre choix est porté sur Le Roman de Pauline de Calixte Beyala, car après lecture, nous avons constaté « que Calixthe Beyala restitue avec humour, tendresse et liberté »[6] l’itinéraire de Pauline, tenant des propos grossiers dans un langage familier choquant parfois les valeurs morales et sociales. Sous la langue de Pauline et ses amis, les mots sont dénudés ; les adultes censés inculquer les bonnes manières aux adolescents sont ceux qui « foutent la merde ». C’est donc le désordre à Pantin (Banlieue parisienne, et non une personne influençable et versatile).

    De ce fait, pouvons-nous confirmer que Le Roman de Pauline relève-t-elle du carnavalesque ? Si tel est le cas, quels sont les aspects carnavalesques propres à Le Roman de Pauline de Calixthe Beyala ?

    Y répondre revient à relever dans l’œuvre les éléments qui justifient le caractère carnavalesque de Le Roman de Pauline. Ce qui nous amène à mettre en évidence le caractère inversif des valeurs, le caractère vulgaire des propos tenus, et le caractère humoristique. Ces éléments susmentionnés constitueront les différents axes de notre analyse.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    I-                 LE ROMAN DE PAULINE ET L’INVERSION DES VALEURS

     

     

                À Pantin, « [la population est convaincue] que tout le monde doit se plier à [leurs] désirs, parce que la société a été injuste avec [leurs] parents et que ce n’est que justice si [elle bafoue] les règles et [emmerde] tout le monde. (Elle nique tout, crache sur tout], et c’est normal parce qu’[elle est] de la banlieue » (Le Roman de Pauline, p.174)[7]. Voici planter le décor dans lequel baigne Le Roman de Pauline. Nous constatons qu’à Pantin, c’est un monde en dessous et en dessus ; pas de règles de conduite, c’est la bassesse, aucune avaleur en est respectée, chacun fait ce qui lui semble bon, et personne n’ose en parler. C’est vrai qu’ à Pantin il « est plus facile de gifler une nana que de lui dire je t’aime, plus facile de la violer que de lui dire je t’aime, plus facile d’aller lui cueillir des étoiles que de lui dire je t’aime » (p.26), plus facile de braquer une banque sans être dénoncé que de «griller les feux tricolores". L’on ne sait pas si à Pantin, « …c’est l’œil qui prend la décision de capter telle image ou telle image ou bien  […] c’est le cerveau en quête d’excitation nerveuse qui lui en intime l’ordre » (p.149), parce que les Pantinois agissent comme si rien n’était ; comme leur quotidien est le plus normal ; car ce qui est normal à Pantin, c’est ce qui est contre la morale et la société. Pantin est un monde en envers.

     

    1-     L’inversion des valeurs morales

     

     

                Lorsque nous parlons des valeurs morales, nous faisons allusion au bon sens, à la conduite, à ce qui normal. Ce qui est normal, c’est que les adultes sont censés donner des conseils à leurs enfants ; ce qui est normal, c’est que « l’obéissance aux lois est liberté »[8]. À Pantin les adultes ont des relations sexuelles avec les jeunes ; l’on fait l’amour où l’on veut pourvu qu’on se satisfasse. C’est la bassesse morale, la déchéance totale de l’éthique à Pantin. Dans les rues, les adultes n’ont pas honte de se promener bras en dessous et en dessus avec les jeunes filles.

          Une jeune fille entalonnée déambule au côté d’un grand roux barbu. « Merde ma femme », chuchote-t-il en s’écartant de la jeune fille qui s’éloigne en riant. (p.113)

    C’est aussi avoir des relations sexuelles avec l’amie de son fils. C’est l’exemple de Pégase ; il a eu des rapports sexuels avec Pauline, sache bien qu’elle est la petite amie de son fils Nicolas.

          Mon propre père baise ma copine […]

    T’as aucun conseil à me donner après ce que tu viens de faire. (p.172)

    On ne comprend pas l’attitude des adultes ; pour le comprendre, il faut se situer dans un carnaval. C’est dans un carnaval qu’on agisse de la sorte parce que « tous les éléments étaient considérés comme égaux, [il] régnait une forme particulière de contacts libres, familiers entre des individus séparés dans la vie normale par des barrières infranchissables que constituaient leur condition, leur fortune, leur emploi, leur emploi, leur âge et leur situation de famille. »[9]

    Pégase, « ce vieillard de seize ans », l’aîné de Pauline, dit à cette dernière qu’elle soit sa maîtresse, ne sait pas qu’il est irresponsable, mais s’agissant de « servir un gin tonic » (p.166) à Pauline, il sait qu’il est responsable, et qu’  « il y a des domaines dans lesquels une fille de quinze ans reste quand même une enfant » (p.167). L’attitude antithétique de Pégase est en deçà de la morale. Un moment l’on se libère des principes moraux pour se situer à la bassesse de la morale ; un moment l’on inverse temporairement les valeurs morales pour « la bêtise humaine.»[10] Ceci est le propre de la carnavalisation littéraire.

          Dans son acceptation littéraire la plus courante, le carnavalesque désigne une inversion temporaire des hiérarchies et, par conséquence des valeurs.[11]

    C’est cette inversion temporaire des valeurs, peut-être, qui fait que Pauline, consciente de ce qu’elle fait, se déshabille et se laisse « baiser » par Pégase.

          Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à enlever, que nous soyons aussi nus que les paumes de nos mains, un homme et une femme, le mâle quelque peu vieillot et la femelle un brin encore immature dans sa constitution. […] Mon désir pour lui est aussi limpide que les raisons pour lesquelles j’ai  aimé son fils sont obscures. […] Je flotte hors du temps, me libère de la peur, de l’angoisse. Je ne veux pas revenir à la réalité de cet univers froid où mon avenir est si incertain, si grelottant. (p.114)

    De cet extrait, nous constatons que Pauline quitte la réalité, laisse le bon sens pour se satisfaire. Elle laisse donc la vie réelle avec ses barrières morales pour « la seconde vie ». « Dans le silence de la chambre » de Pégase, les lois morales sont abolies, Pauline et Pégase peuvent ‘se dépouiller de tous les artifices que la société [leur] impose pour définir l’égal de l’autre. »[12] Nous pensons que ces quelques exemples pris ici et là suffisent pour mettre en évidence les tensions des individus avec leur sentiment, leur moral. Les personnages de Le Roman de Pauline agissent comme s’ils étaient dans un carnaval (p.171), comme dans une « fête foraine » (p.76 et 131) ; en plus à Pantin, l’on hait la vertu et les personnes vertueuses, tel le cas de Lou, méprisée par ses camarades de classe (p.30).

          S’il est une chose au monde qui a un pouvoir destructeur potentiellement supérieur au vice, c’est bien la vertu. (p.29)

    De cet extrait, nous apprenons que pour vivre heureux et sans problème à Pantin, c’est être en marge de la société, de la morale, de la vertu… C’est donc se comporter bizarrement, car la vertu est signe de folie à Pantin.

          Je n’ai pas envie de lui expliquer qu’il y a en banlieue une manière de se comporter et de parler qui donne son sens à la couleur de sa peau, à sa condition sociale… (p.30)

    Nous concluons cette sous partie avec cet extrait pour aborder l’autre sous partie qui est l’inversion des valeurs sociales.

     

    2-    L’inversion des valeurs sociales

     

     

                La société perd ses repères, les enfants tiennent tête à leurs parents : « Mais la prochaine fois qu’il te prendra l’envie de me frapper, je ne te laisserai peut-être pas faire » (p.54) ; ainsi va la vie à Pantin. Une société en désordre ; une société ou la politesse est le dernier souci de la jeunesse : « Les jeunes d’aujourd’hui ne respectent plus personnes. T’as vu, Pauline, ce gamin m’a bousculée pour passer. » (p.150) Voici la trame de cette sous partie : l’irrespect des valeurs sociales. L’inversion des valeurs sociales consiste à bafouer les règles sociales pour se fixer ses propres règles. À Pantin, on se permet de tout faire ; c’est la liberté exagérée comme dans un carnaval. Et cette liberté exagérée est mise en évidence par Pauline. En classe, elle se maquille croyant sans doute être chez elle, à la maison.

    -          Pauline, hurle M. Denisot, nous ne sommes pas dans un salon de beauté. Si vous voulez vous maquiller, vous n’avez qu’à sortir.

    -          Mes lèvres sont desséchés, alors…. (p.33)

    De cet extrait, nous voyons  que chez Pauline, il n’y a pas de limites. C’est donc tout à fait normal ou naturel qu’elle se repeint les lèvres, parce qu’elles sont desséchées. En plus, elle conteste M. Denisot lorsqu’il lui dit de sortir. Pour elle, cela est injuste car elle n’a rien fait de grave, selon elle, qui mérite d’être au dehors.

    -          Moi ? Pourquoi moi ? J’ai pas dit un seul mot depuis que nous sommes entrés. Alors que les autres n’arrêtent pas de foutre le bordel. Vous ne m’aimez pas , n’est-ce pas ? (p.33)

    Elle a trouvé le prétexte pour culpabiliser M. Denisot : « Vous ne m’aimez pas, n’est-ce pas ? » ; ce qui sous-entend que M. Denisot est un raciste, parce qu’elle est noire. C’est un coup de théâtre, l’astuce magistral ; elle renverse les données pour que cela soit de sa faveur ; le scenario classique, elle, une bonne fille, juste, et M. Denisot, injuste, mauvais, raciste. Finalement, elle reste en classe. Ceci n’est pas notre affaire, ce qui nous intéresse et le fait qu’elle se maquille en classe. La classe n’est pas le lieu pour se maquiller, le faire donc c’est inverser les valeurs de la société, car une société civilisée veut que la classe soit faite pour les études, et que la maison ou le salon de coiffure soit pour le maquillage.

    Nous avons dit, ce qui est anormal est normal à Pantin. En effet le fait de voler est normal puisqu’on ne dénonce pas le voleur. Cependant, il y a des limites qu’il ne faut pas franchir. On ne vole pas les habitants de Pantin lorsque on est à Pantin, mais lorsque on le fait, on n’est pas dénoncé : « on ne fait pas ce genre de coup aux habitants du quartier » (p.66) tout le monde savait que le voleur de mademoiselle Mathilde était Moussa, que les braqueurs de la banque étaient Fabien et Nicolas, mais personne n’osait dénoncer les truands, les voleurs, parce que c’est normal de voleur. Pauline reçoit une gifle de Nicolas, parce qu’elle s’est mêlée dans les affaires de mecs en prenant la clé à Moussa pour la remettre à mademoiselle Mathilde.

    De ces quelques exemples nous pouvons ajouter l’attitude de Lou qui trouve que sa mère « l’éduque bizarrement » alors que cette dernière pense lui apprendre « les bonnes manières » (p.96). Elle a « ras le bol d’être toujours à la maison » (p.132) pour être une « bibliothèque » (p.21). L’inversion des valeurs morales, c’est aussi des gosses qui fument, qui se droguent (p.24), des jeunes filles qui acceptent d’être "baisées" « en échange de quelques euros qu’Ousmane, le propriétaire du Sanctuaire, encaisse » (p.131). Vraiment le renversement des valeurs sociales peut nous amener à nous demander « c’est carnaval aujourd’hui ? » (p.132) En effet, « le renversement des valeurs s’opère ici en ce qui a trait à la différence entre le bien et le mal, par rapport à ce qu’on considère comme étant bon ou mauvais »[13], et les personnages de Le Roman de Pauline bousculent tout ou renversent tout tant dans leur vie vécue que dans leur idéologie du quotidien. Ces différents aspects font de l’œuvre une œuvre carnavalesque. Ce caractère carnavalesque de Le Roman de Pauline est le fait que « …presque toutes les scènes et les événements de la vie réelle, représentés le plus souvent de manière naturaliste, [laissent] entrevoir la place de carnaval.»[14] De ce fait, sans transition, nous abordons la vulgarité des propos des personnages.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    II-             LE ROMAN DE PAULINE ET LA VULGARITÉ DES PROPOS

     

     

                Dans Le Roman de Pauline, il est impossible de ne pas remarquer la brutalité et la cruauté qui caractérisent tous les gestes et les paroles des personnages. En effet, les personnages, tous et sans exception, s’expriment grossièrement et dans un langage familier, voire parfois, tenant des propos injurieux. Les propos vulgaires tenus par les personnages ont le trait d’une langue carnavalesque, car «  la langue carnavalesque regorge d’injures et grossièretés. »[15] Les personnages s’expriment librement, affirment ce qu’ils pensent sans gêne, car avec la langue carnavalesque « chacun doit pouvoir s’exprimer, peu importe son statut ou sa capacité à parler le français officiel.»[16] Sans s’attarder sur les spéculations dénudées de sens, revenons sur l’œuvre de Calixthe Beyala pour appréhender mieux la vulgarité des propos. Nous le saisirons à travers l’emploi de la langue familière, et des injures grossières.

     

    1-     L’emploi de la langue familière

     

     

                « Que c’est joli ça, " enquiquiner", ai-je pensé. C’est vraiment chou comme tout. "Enquiquiner". Il faudrait que j’utilise ce mot. " Faire chier" est vulgaire, grossier, ça fait langage de rue, mais "enquiquiner" est imagé, distingué, élégant, on se croirait dans un téléfilm en costume. » (p.31), affirme Pauline qui ne sait pas que « faire chier » et «  enquiquiner » sont du même registre langagier : le registre familier, la langue de la rue, le « langage si familier de la rue » (p.141). En effet, les personnages emploient des mots usités voire familiers qui désacralisent leur statut (p.141), car « ce qui compte, c’est la libre circulation des paroles et des idées »[17] pour se faire comprendre. En parcourant l’œuvre, Le Roman de Pauline, l’on rencontrera au cours de sa lecture des mots tels « chier » (p.31), « mauviette » (p.24), « gonzesse » (p.34), « bordel » (p.55), « taule » (p.59), « trouillarde » (p.59), « mon pote » (p.100), « fric » (p.117), « sales cons ! » (p.141), « cafarder, petite conne, pute » (p.143) etc. ; et des phrases de type « j’ai besoin de repas, vu ? » (p.9), « […] des hommes qui bouffaient son salaire » (p.10), « j’ai envie de faire pipi » (p.40), « ne me dis pas que tu en pinces encore pour Nicolas, parce qu’il kiffe pas mal Adélaïde… » (p.89), « j’ai petit déj… » (p.89), etc. Ce type de langage est pour les jeunes, les adolescents, et les adultes sont obligés de parler comme eux pour se faire comprendre, tel est le cas de mademoiselle Mathilde (p.174). Souvent, par moment donné, l’on corrige les propos tenus par les jeunes.

    -          No, madame, l’école me faisait chier

    -          On dit « l’école m’ennuyait », m’interrompt-elle. « Chier » est un mot vulgaire, surtout venant de la bouche d’une aussi jolie fille que toi. (p.94)

    Ou

    -          Dites toujours.

    -          On dit « je vous écoute, madame. »

    -          D’accord, madame. Je vous écoute, madame

    -          Bien Pauline. (p152)

    Dans ces deux extraits, nous voyons que l’interlocuteur de Pauline essaie de la ramener à la norme langagière ; et ces passages sont les seuls dans l’œuvre où l’on trouve que la langue est réhabilitée par les interlocuteurs. Vu l’espace entre ces deux passages et leur brièveté, l’on suppose que la langue de rue engloutit ou submerge la langue soutenue ou la langue courante.

    L’emploi de la langue familière, c’est aussi la déconstruction syntaxique des phrases employées. Ce sont des phrases, parfois, employées sans sujet grammatical : « t’es dégoutante » (p.8), « T’approches plus de ma fiancée, t’entends ? Salope ! » (p.30), « T’as peur ? » (p.142) ou des phrases privées de l’adverbe de négation "ne" : « sais pas » (p.127), « Et c’est pas bien ? » (p.127), etc.

    L’emploi de la langue familière carnavalise Le Roman de Pauline, car la carnavalisation de la littérature est le « processus par lequel la culture populaire pénètre et imprègne la culture sérieuse », c’est-à-dire que tous les discours de la culture populaire côtoient tous les discours officielle. On assiste dans, Le Roman de Pauline, à un mélange de discours, mais également à un mélange de source. Calixthe Beyala utilise autant de mots familiers que de mots archaïques, désuets, or « la narration carnavalesque est généralement une hybridation textuelle, un mélange de plusieurs styles (haut et bas), de plusieurs tons sérieux et comiques, d’insertions de lettres, de citations, de dialogues reconstitués, de parodies »[18]. Donc Le Roman de Pauline obéit à la narration carnavalesque. Ce qui sous-entend que l’œuvre de Calixthe Beyala est une œuvre carnavalesque. Cependant en deçà de l’emploi de la langue familière se dévoile un langage injurieux et grossier.

     

    2-    L’emploi des injures grossières

     

     

                À Pantin, tout le monde injure tout le monde. C’est une manière d’exprimer leur sentiment, et cette manière est une sorte de violence, voire une violence verbale, pourrons-nous dire. Dans Le Roman de Pauline, « l’injure est bien présente comme une violence qui est faite au monde en ordre, à la société conformiste. »[19] Si l’injure peut passer par un geste, un regard, un silence, bref par d’autres voix/voies, il est cependant évident que la plupart des injures passent par des mots grossiers chez Calixthe Beyala dans Le Roman de Pauline. Ces injures participent, comme la fête ou le carnaval, d’un espace de liberté, d’un instant de refoulement, de relâchement. Tel est le cas des deux prostituées dévisagées par Pauline (p.143). la conversation qu’elles auront avec Pauline est à la mesure d’une provocation dans laquelle chacune est l’offensive.

    -          Qu’est-ce que tu as à nous dévisager, hein ? me demande l’une d’elles en avançant ses grosses lèvres peintes d’un orange vif

    -          Tu veux une photo ?demande l’autre en battant des cils

    -          Je fais déjà des cauchemars, dis-je. Non, sans façon.

    -          Répète ce que tu viens de dire, font elles en s’approchant

    -          Oh, rien. Je vous trouvais héroïques, c’est tout

    -          Écoutez-moi ça ! Elle nous trouve héroïques. Et pourquoi donc ?

    -          Parce que vous permettez aux mecs de moins cafarder, c’est héroïque, je trouve.

    -          Fiche le camp, petite conne, crient-elles. Remue ton sale cul ! Bouge ton putain de derrière. Héroïque ! Héroïque ! (p.143)

    De cet extrait, nous apprenons que Pauline dévisage les prostituées, son regard est provocateur et indiscret à telle enseigne que l’une des prostituée ose lui demander qu’est-ce qu’elle a à leur regarder de la sorte. Et à la suite de l’échange et sous l’effet de la colère viendront les injures telles que « petite conne », « sale cul ». Nous ne devenons-nous pas nous étonner de voir sous la langue des personnages des propos injurieux de la sorte : [« salope » (p.17 et 30), « cette mauviette » (p.24), sale petite perverse » (p.40), « bordel » (p.55), « bandes de nœuds, enculée de ta mère » (p.66), « espèce de traînée » (p.91), « sales cons » (p.141), « bande de couillons » (p.147), etc.], dans le but de se libérer des émotions un moment, de laisser exploser la violence intériorisée. Il faut bien qu’un moment l’on « pète les plombs » (p.17).

    À Pantin, l’injure fait donc parte de vécu quotidien des habitants, et fait de cette banlieue un monde à part. Cependant l’utilisation des injures grossières n’est pas le seul aspect carnavalesque de Le Roman de Pauline. Il y a aussi l’emploi de l’humour.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    III-         LE ROMAN DE PAULINE ET L’HUMOUR

     

     

                Si l’humour est destiné à divertir et à amuser, son usage permet également de relever un point de vue particulier, de critiquer une situation, de se moquer d’un discours comme conformiste, réactionnaire et inacceptable, et d’interpeler le lecteur donc la complicité active est suscitée par les affirmations ou les « non-dit » de l’œuvre. L’humour peut enfin, et également, ridiculiser. L’humour qui se déploie donc dans l’œuvre Le Roman de Pauline de Calixthe Beyala est particulier à elle en effet, l’on reconnait le caractère humoristique de Le Roman de Pauline. Dominique Mataillet, dans Jeune Afrique, dira qu’ « avec ce livre à l’humour grinçant, Calixthe Beyala dresse un tableau très sombre d’une certaine jeunesse… »[20], et Mémoire des arts d’enchérit en affirmant que « Calixthe Beyala restitue avec verdeur, tendresse et humour la quête d’amour… »[21]. L’on ne saurait s’empêcher de sourire devant la description faite par Pauline des personnages, voire devant leurs faits, gestes et attitudes. En lisant donc Le Roman de Pauline, l’on se trouve « dans une exhibition consciente, [dans] un tourbillon de bouffonnerie » (p.13) ou dans « une fête foraine » (p.76 et 171), et l’on peut alors s’interroger comme Pauline face à l’accoutrement de Lou, « c’est carnaval aujourd’hui ? » (p.132). À cette interrogation de Pauline, nous pouvons répondre « oui », car l’humour qui se dégage de l’œuvre est à la lisière de la dérision et de la raillerie.

     

    1-     La dérision

     

     

                Le sentiment par lequel l’on juge les personnages, surtout Pauline, et sa conduite relève de la ridiculisation voire du mépris. Ce mépris, à vrai dire, incite à rire, à se moquer. Cependant loin de ridiculiser Pauline ou les autres, c’est toute une convention, une hiérarchie qui est ainsi mise en dérision. L’on se moque des mœurs dites de bonnes mœurs, ou des bonnes manières.

    -          Et la fourchette, on n’utilise pas de fourchettes chez toi ?me demande la mère de Lou.

    -          […]

    -          Une fourchette pour manger du riz avec du poulet sauce arachides ? Mais c’est bien meilleur avec les doigts.

    -          À table, on utilise une fourchette, jeune demoiselle. (p.95)

    Cet extrait nous montre bien qu’il y a un effet d’humour ; la mère de Lou interpelle Pauline sur le fait qu’elle mange à la main alors qu’elle devrait manger avec une fourchette à table. Pour la mère de Lou, les bonnes manières veulent qu’on mange donc à table avec cuillers, fourchettes, couteaux, etc. ; ce qui sous-entend que Pauline est mal élevée, que sa mère ne lui ait pas apprise les bonnes manières, parce qu’elle fait feindre de ne pas savoir qu’on mange à table avec fourchette : « Et la fourchette, on n’utilise pas de fourchettes chez toi ? » (p.95). Pour la mère de Lou, Pauline méprise les règles de bonne conduite d’où sa réaction. Cette réaction intrigue Lou, sa fille, qui l’appelle : « Tu peux venir instant, maman ? », et lui dit « Pauline est mon invitée, maman. Tu n’as pas à la critiquer. Si elle veut manger avec ses pieds, tu n’as rien à dire. […] Tu mangeais bien avec tes doigts en Afriques, non ? ». En effet, Lou est intriguée parce que sa camarade Pauline est ridiculisée par sa mère. Lou essayera toujours de défendre Pauline à chaque fois que cette dernière est ridiculisée.

    La dérision est en son paroxysme lorsque la mère de la mère de Pauline, ou si nous voulons, la grand-mère de Pauline se fait aveugle, pouvons-nous dire, (se) ridiculiser, sa fille (p.83). Et lorsque ses petits enfants (Pauline et Fabien) découvrent son jeu, elle dit « il y a tant d’horreur dans la vie qu’il vaut mieux de temps à autre se décréter aveugle pour ne pas les voir ». En effet, elle se moque de sa fille d’être une mauvaise mère alors que cette dernière l’accuse d’être aussi une mauvaise mère ou d’être la cause de ce qu’elle est aujourd’hui. Nous pouvons croiser les mains sur notre poitrine pour ne pas éclater de rire comme Pauline, et nous étonner comme Fabien en disant «  Tu n’es plus aveugle » (p.83). Le comportement de la grand-mère de Pauline relève de l’autodérision. Cette autodérision se perçoit aussi chez Lou dont «  sa robe excessivement courte découvre ses cuisses de grenouilles habituées à être moulées dans de jeans ». Lou se ridiculise dans un tel accoutrement (p.132), et Pauline qui se trouve sa nouvelle vie banale qui fait d’elle une autre personne (p.125).

    La dérision dans l’œuvre de Calixthe Beyala met en relief le mépris des mœurs et des valeurs sociales. Ce n’est pas seulement la dérision qui se dégage du ton humoristique de Calixthe Beyala, il y aussi la raillerie.

     

     

     

     

    2-    La raillerie

     

     

                Dans  Le Roman de Pauline, la raillerie est mise en évidence par la description physique (le portrait physique) qu’établit Pauline des personnages, et par la satisfaction des besoins naturels. Cependant, le fond de la toile de cette raillerie porte sur Sarkozy qui raconte des mensonges, « des bobards » : « Tu pourras un jour comme Sarkozy influencer des foules entières en leur racontant des bobards » (p.133). Calixthe Beyala reconnait qu’ « en arrière fond, il y a la France de Nicolas Sarkozy »[22]. Comme susmentionné, la raillerie est appréhendée à travers la description que fait Pauline. En effet,, « le seul médecin au monde à ne […] terroriser » Pauline, le docteur Benssoussian est si maigre qui flotte dans ses vêtements (p.40).

          C’est le docteur Benssoussian, un homme maigre à la peau basanée, fragile et cassante comme une branche séchée, qui donne l’impression de n’avoir plus un gramme de graisse dans le corps. […] Sa chemise en coton beige pendouille sur ses épaules, son pantalon tombe en accordéon sur ses chevilles et ses chaussures sont étrangement disproportionnées à moins qu’elles ne soient de deux pointures supérieures pour lui donner une meilleure aisance.

    Quant à la mère de Pauline, sa situation d’une femme qui ne sait pas garder un homme fait d’elle la risée de Pantin : « on se moque d’elle, on ricane dès qu’elle tourne le dos » (p.51). En parlant de la mère de Lou, l’on apprend qu’elle est très courte, et très intellectuelle, et qu’elle a rendu sa fille Lou « comme bibliothèque » (p.21). En d’autres mots, la mère de Lou est très laide bien qu’elle soit intellectuelle.

          À part ça, ses seins en torpille sous son chandail rose flottant font le désespoir du vocabulaire ; à part ça, sa taille minuscule ne peut éblouir qu’un étranger aux normes en vigueur à Pantin ; à part, ses cheveux crêpelés ont été aplanis par les chocs sismiques du défrisant Skin Success. Leurs pointes rouges comme cul de guenon frisollent autour de son cou. (p.92)

    Le comble de la laideur est mis à nu à travers le portrait de la concierge, Mme Boudois. En plus d’être laide, elle est idiote

          Ses talons retentissent sur le macadam. Son gros manteau froufroute autour de ses énormes chevilles. Son corps est surchargé de vêtements et de courses qui tanguent lourdement à droit, puis à gauche. Elle me sourit jusqu’aux oreilles. Ses poils noirs au-dessus de ses lèvres se durcissent, le froid sans doute. Elle doit se croire très rafraîchissante, l’idiote [avec ses seins qui la tirent au sol]. (p.149)

    Ses différents portraits permettant d’appréhender la laideur dans toute sa splendeur incite au rire, un rire carnavalesque. Ce rire n’est pas une réaction individuelle devant tel ou tel fait drôle.

    La raillerie se perçoit aussi par la satisfaction des besoins naturels. « De la même que les expressions du corps étaient une forme essentielle de la créativité humaine dans le monde carnaval, aussi la littérature carnavalesque […] se concentre sur le corps et ses produits, la passion et la sensualité et la panne des limites. Le monde du carnaval actuel et la littérature carnavalesque sont ultimement conduits par les mêmes forces qui provoquent toujours l’expression et la liberté »[23] et le rire. Pauline, sans gêne, qui dit «  en réalité, je chante, alors que j’ai envie de faire pipi. Je ne pourrai pas atteindre le troisième étage sans pisser. Je me suis arrêtée entre deux étages et je me suis accroupie…» pour pisser (p.40). Plus loin, elle baise son pantalon pour uriner : «  À l’abri d’un arbuste, je baisse mon pantalon et relâche mon corps. Je pisse longuement ». (p.111)

    Le fait de « pisser » relève du carnavalesque, et non seulement elle «  pisse », mais elle «  baise » quand l’envie lui prend. (p.50 et p.169)

    Calixthe Beyala va néanmoins susciter le rire&n


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